DES ARMOIRIES
On se souvient que M. Scribe, justement fier de la fortune conquise par son talent, s'était composé des armoiries qu’il avait fait peindre sur les panneaux de son coupé.
Deux plumes d’or en champ d’azur, surmontées d’une couronne d’étoiles, avec cette devise :
Inde Fortuna.
À ce propos on demandait à Alexandre Dumas père : — Eh bien! et vous, mon cher Dumas, quelles sont vos armes? — Mes armes, les voilà, dit-il en riant :
Beaucoup de queules sur trop peu d'argent.
Il est très-important pour celui qui est pris du goût de l’anoblissement, des armes et des armoiries, de ne pas se livrer à des fantaisies tout à fait en dehors des règles du blason.
Toutes les différentes couronnes font bien au coin d’un mouchoir.
Cependant la couronne de baron est un peu maigre.
La couronne de vicomte passe pour exhaler un parfum très-aristocratique.
Celle de comte est une couronne plus courante.
Celle de marquis est peut-être trop prétentieuse.
Le titre de marquis (marchese), ne datant, du reste, que de l’arrivée des Médicis à la cour de France, excite moins la convoitise, comme ne présentant pas suffisamment de caractère d’antiquité.
La couronne de prince est une couronne fermée, ce qui fait bien sur un panneau et complète merveilleusement un mouchoir.
Mais il faut trop d’aplomb pour s’improviser prince; — il est vrai que l’on a la ressource, chose assez coûteuse, de se faire fabriquer prince romain, si la fabrique existe encore, ou bien de s’intituler tout bonnement prince russe. — Pour cela, il ne faut pas avoir été connu trop jeune à Paris.
La couronne de duc, couronne fermée aussi, est la plus inabordable. Pour
celle-là, il faut prendre son parti de l’abstention. Malgré la petite fournée des ducs improvisés par le dernier règne, les ducs sont rares et cotés trop
officiellement sur la place.
La vieille aristocratie, qui se conserve tant qu’elle peut et comme elle peut, rit de cette comédie qui se joue sous ses yeux, mais ne s’en indigne pas.
En effet, l'hommage de la contrefaçon donne à ses titres et à ses armoiries parfaitement authentiques, une valeur et un attrait d’un ordre tout à fait supérieur.
Plus le goût des bibelots antiques et nobiliaires est général et répandu, mieux se placent ceux dont le caractère est complétement indiscutable.
Mieux se nichent dans les nids bien capitonnés d’un opulent mariage les jeunes sujets de race qui ont besoin d’ajouter quelques plumes d’or sur leur authentique champ d’azur.
Mais ce qui est encore maintenant, subsistera-t-il longtemps encore?
Le fils de la fille de M. Poirier n’est plus noble que d'une fesse, comme on disait au vieux temps.
Comment sera noble son arrière-petit-fils ?
La multitude de filles de M. Poirier ou de ses confrères, introduites dans les familles et salons aristocratiques à la faveur de leur dot, détruit fatalement la noblesse telle que nos pères l'avaient comprise.
Trois générations de demoiselles Poirier, Dufour ou Durand, dans une famille aristocratique, peuvent l’enrichir, mais lui enlèvent complétement son caractère, sa tradition et sa raison d’être, et jusqu’à ses manières.
Il ne reste plus que l'étiquette, — ce qui suffit pour la galerie.
Mais il faut le dire, il existe encore des familles qui ne courent pas après les dots, et qui persistent malgré tout à faire souche.
— Celles-là, me disait encore tout à l'heure le vieux chevalier de X... (pensez qu’il y a encore des chevaliers par le temps qui courtl), ce sont celles
COSTUMES ET VISAGES
nn pres ai DRE és te cirche citiotoihs ist it