‹ La Comédie de salon, proverbeChapitre 16 sur 17 · SCÈNE CINQUIÈME ' Î · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME ' Î

ALICB.

OÙ voulez-vous en venir ?

r. ASTON.

Dans ces duos d’amours, je ma suis souvent demandé ce que devait éprouver, dans la salle, le mari de l’artiste assiégée...

ALICE

Et que vous êtes-vous répondu ?

GASTON

' Qu’il fallait être d’une trempe très-supérieure, ou fort inférieure,... pour supporter stoïquement l’épreuve.

ALICE

Ah! c’est une épreuve?

GASTON

Parmi les artistes, je crois qu’au théâtre, le calme du mari devientia croix d’honneur de sa femme... Seulement...

ALICE

Seulement...

GASTON

Ce calme est une conquête qui doit coûter de premières anxiétés... auxquelles répugnent, formellement, les maris^ artistes de salon...

t ALICE.

Formellement...

Alice, faites-moi l’amitié de ne pas jouer chez la marquise.

ALICE, réprimant sa joie.

Mais Gaston, réfléchissez donc.

GASTON

C’est tout réfléchi.

ALICE

La quête est pour les pauvres...

GASTON, avec hiimoDr.

Les pauvres!...

, ALICE

Créanciers sacrés... Vous l’avez dit...

GA ST ON

Cependant votre réponse, jetée au feu, était un refus.

LA COM^DlIi; DE SALON

ALICE

El une inconvenance dont m’a préservée noire petite discussion... Ma jalousie fut vraiment un enfantillage.

Je n’ai pas prétendu cela...

ALICE

Ces distractions sont, en effet, un passe-temps littéraire dont les petites coquetteries...

GASTON

Nedoivent pas plus effaroucher, etc... J’ai pu avancer cela,... et cependant, je vous conseille de ne pas vous en autoriser...

ALICE

Pourquoi?

GASTON

Alice,... je me suis habitué à vous voir de ces qualités pour lesquelles je redoute les promenades au soleil,... comme vous dites... Vous aimez comme les enfants, bras et cœur ouverts. Ce n’est pas la mode générale.— Vous pensez tout haut, et toujours de bonnes choses, — parce que vous ignorez les mauvaises. — Les pauvres et jusqu’aux domestiques vous aiment et disent du bien de vous.— Vous avez parfois de ces réflexions,... qui me donnent envie de vous remettre au front votre couronne blanche. — J’ai entendu des Célimènes vous traiter de pensionnaire; je les aurais embrassées dans ma joie. — Vous possédez enfin celle rareté charmante niais si fragile : Une âme d’enfant! — Alice, si mon bonheur est le frère du vôtre, — croyez-moi, — gardez votrechère ignorance et ses suaves simplicités dont je suis heureux, fier et jaloux.

ALICE

Jaloux?

GASTON

Oui, jaloux,... et si j’ai tardé à vous l’avouer... C'est que trop souvent,... nous ne sommes pas dignes de vous...

GASTON

N’esl-ce pas que vous resterez telle que vous êtes, afin que je puisse encore longtemps, — toujours,— vous appeler; Chèreenfant !

Continuez.

Page 1