SCÈNE CINQUIÈME ' Î
ALICB.
OÙ voulez-vous en venir ?
r. ASTON.
Dans ces duos d’amours, je ma suis souvent demandé ce que devait éprouver, dans la salle, le mari de l’artiste assiégée...
ALICE
Et que vous êtes-vous répondu ?
GASTON
' Qu’il fallait être d’une trempe très-supérieure, ou fort inférieure,... pour supporter stoïquement l’épreuve.
ALICE
Ah! c’est une épreuve?
GASTON
Parmi les artistes, je crois qu’au théâtre, le calme du mari devientia croix d’honneur de sa femme... Seulement...
ALICE
Seulement...
GASTON
Ce calme est une conquête qui doit coûter de premières anxiétés... auxquelles répugnent, formellement, les maris^ artistes de salon...
t ALICE.
Formellement...
Alice, faites-moi l’amitié de ne pas jouer chez la marquise.
ALICE, réprimant sa joie.
Mais Gaston, réfléchissez donc.
GASTON
C’est tout réfléchi.
ALICE
La quête est pour les pauvres...
GASTON, avec hiimoDr.
Les pauvres!...
, ALICE
Créanciers sacrés... Vous l’avez dit...
GA ST ON
Cependant votre réponse, jetée au feu, était un refus.
LA COM^DlIi; DE SALON
ALICE
El une inconvenance dont m’a préservée noire petite discussion... Ma jalousie fut vraiment un enfantillage.
Je n’ai pas prétendu cela...
ALICE
Ces distractions sont, en effet, un passe-temps littéraire dont les petites coquetteries...
GASTON
Nedoivent pas plus effaroucher, etc... J’ai pu avancer cela,... et cependant, je vous conseille de ne pas vous en autoriser...
ALICE
Pourquoi?
GASTON
Alice,... je me suis habitué à vous voir de ces qualités pour lesquelles je redoute les promenades au soleil,... comme vous dites... Vous aimez comme les enfants, bras et cœur ouverts. Ce n’est pas la mode générale.— Vous pensez tout haut, et toujours de bonnes choses, — parce que vous ignorez les mauvaises. — Les pauvres et jusqu’aux domestiques vous aiment et disent du bien de vous.— Vous avez parfois de ces réflexions,... qui me donnent envie de vous remettre au front votre couronne blanche. — J’ai entendu des Célimènes vous traiter de pensionnaire; je les aurais embrassées dans ma joie. — Vous possédez enfin celle rareté charmante niais si fragile : Une âme d’enfant! — Alice, si mon bonheur est le frère du vôtre, — croyez-moi, — gardez votrechère ignorance et ses suaves simplicités dont je suis heureux, fier et jaloux.
ALICE
Jaloux?
GASTON
Oui, jaloux,... et si j’ai tardé à vous l’avouer... C'est que trop souvent,... nous ne sommes pas dignes de vous...
GASTON
N’esl-ce pas que vous resterez telle que vous êtes, afin que je puisse encore longtemps, — toujours,— vous appeler; Chèreenfant !
Continuez.