‹ La Comédie de salon, proverbeChapitre 2 sur 17 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ALICE, assise devant la table et finissant d’écrire une lettre.

Voiià qiii est fait... un petit refus très-poli. (Tout en pliant la lettre.) Oui, décidément, chère marquise, lecture faite do la pièce que vous m’avez envoyée, je m’abstiens d’y jouer... Le théâtre de salon n’entre pas dans mes goûts. Je crois tnôme que je l’ai en aversion 1 ^Écrivant l’adresse.) Mais vos pauvres n’en pâliront point... Je viendrai en spectatrice dame de charité. (Relisant l’adresse.) Madame la tnarquise de Yersin. (Avec un soupir, en regardant la lettre.) Ce n’est pas Gaston qui écrirait une pareille lettre 1... L’aime-t-il ce théâtre I... (Comme se résignant.) Enfin I... Ce serait trop de bonheur, s’il le délestait aussi. (Tout en mettant un bracelet et s’adressant au portrait-carie de Gaston, sur la cheminée.) Cependant, mon-

sieur le comlc, j’espère que vous vous souviendrez qu’en parlant à une heure, vous m’avez dit : Alice, je cours répéter notre petit proverbe viilageois chez madame de Salins et je reviens à cinq heures pour vous conduire dîner... puis aux Italiens... Donnez congé ce soir à nos gens et soyez prêle... Les gens viennent de partir, — madame la comtesse n’a plus qu’à mettre ses gants et son chapeau,... l’appétit commence,... voici mes jumelles,... les chevaux sont attelés,... et cinq heures vont sonner... —Vos précédents, monsieur le comte, depuis nos trois mois de mariage, m’assurent que vous serez royalement exact... (Pause.) Qu’esl-ce que j’éprouvedonc?... comme des inquiétudes... je crois 1 (Désignant la pendnle.) L’heure qui va sonner m’efTraie comme si c’était un petit tocsin I — C’est son absence!... — Ah! je donnerais une année de ma vie pour qu’il fût en avance, d’un quart d’heure... ce n’est plus possible!... mais d’une minute,... puisqu’il n’y en a plus qu’une! (Écoulant ) On vient? (Atcc joie.) C’est lui ! (La pendule sonne cinq heures... Tressaillant.) Non, c’est elle! .. (Achevant de cotnpier les coups.) Quatre,... cinq!... C’est fini!... — Elle est laide celte pendule en marbre!... et elle doit avancer... d’au moins dix minutes !... Ça ne compte pas... (Elle recnle l’aiguille.) Au printemps, les pendules avancent toujours... (Elle va au piano, joue et chante un morceau mélancolique, puis s’interrompant.) Mais c’est un De profundis que je chante-là!... (Regardant un bouquet sur le piano.) Mon beau bouquet d’hier déjà' fané!... Mon Dieu, c’est comme si tout me prédisait malheur!... (Allant à la table et apercevant le journal VEntr'acte, les brochures.) Encore tout un arsenal dramatique ! (Prenant le journal.) h' Entr’acte... (Lisant la bande.) Votre abonnement finit le 2 avril... Aujourd’hui... Ce ne sera pas moi qui vous renouvellerai!... (Jetant lejournal déployé et prenant des brochures.) Le Cheveu blanc, le Village! Ce que répète Gaston... (Regardant la dernière f ago.)Quarante-ciuq pages! ...Ce n’est cependant pas long à débiter !... — (Prenant un volume.) Comédies d’Alfred de Musset. [Oa'iriui et trcs.s.aillant.) « Un Caprice... i (Lisant.) t Mathilde. — Écoutezmoi,je vous en prie, et laissez-moi votre main dans les miennes. » (Elle l’embrasse.) Elle l’embrasse ! (Lisant ) a M’aimez-vous, Henri, répondez. — Chavigntj. — Je vous aime et je tous écoute. — Mathilde. — Je vous jure que je ne suis pas jalouse... » (Jetant le

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