SCÈNE PREMIÈRE
livre, regardant U pendule, et avec valubililé.) D’ici à l'iiulel de Salins il faut trente-cinq minutes au plus. La rt!pélition d’un proverbe, en admellanl même des inlorruplions à chaque scène, ne peut pas dépasser une heure et demie!,.. Le temps de prendre son chapeau et de dire les banalités de sortie... vingt minutes... trente-cinq pour revenir. Total maximum : trois heures!... 11 est parti à une heure et il en est cinq!. .. — (Avec nn cri.) Ah! mais non !...Mais pas du tout!. ..Je m’en souviens maintenant très-bien... Hier, Gaston a remarqué que cette pendule retardait d’une heure... Ilc.etdonc six heures !... et j’entends qu’elle le lui dise.. , (Elte fait avancer raigniUe d’one henre.) En avant, marche!... Je t’ai calomniée tout à l’heure... Mon chapeau et mes gants pour qu’il soit visible que j’ai attendu... (Motiani son chapeau.) Que voulez-vousl... Les heures sont des minutes!... On répète avec madame de Salins... l’élégante veuve, qui excelle dans l’interprétation de nos délicieux proverbes,... comme disent les feuilletons au miell... Pendez vous, mesdames de la Comédie-Française! ..Madame de Salins excellel... — (Regardant la pendule.) Il ne vient pas!... (Prenant la brochure et la parcourant.) Cc Village qu’il répète... Deux hommes et madame... Dupuis... Cinquante ans!... Une vieille femme!... (Se regardant dans la gl.ace.) J’ai l'air de me faire une visite avec ce chapeau I...— C’est la première fois qu’il larde ainsi!... Pourquoi?... Un embarras do voiture?.,. Non!.. Une rencontre d’ami?... Non... Il sait que je l’attends... Quoi donc, alors?... (Se tâtant aUcrnalivemenl les deux pouU.) Vrai !... J’ai la fièvre à droite età gauchel... — C’est cette madame de Salins... C’est elle qui le retient !... J’en suis sûre. .. Je le sens... — Moi, aussi, je me suis éprise de lui en le voyant jouer dans un de ces Proverbes de salon,... ce Caprice justement!,.. J’admiraissa tournure, .son aisance, et je fus tout oreille en entendant quelqu’un s’écrier : La Comédie-Française ne ferait pas mieux!... — Maintenant son succès m’est un supplice,! — Ces ovations grisent la tète, dissipent le cœur!... Il dépense en ce moment, au dehors, son sourire, son esprit, l’éclair de ses yeux... tout ce qui m’appartient enfin et dont je suis avare!... Oui... — Oh! comme ça fait mal, la jalousie... (Défaisant tes brides de son chapeau.) Cc chapeau de sœur Anne m’agace I... — C’est pour les pauvres, dit-on !... Je ne
i LA COMÉDIE DE SALON
me suis pas mariée pour faire l’aumône de mon mari I... Venez quêter à domicile, mesdames, et c’est moi qui donnerai!... — Ah ! je suis triste et désenchantée I... — J’ôte mes gants... — J’aurais dû rester, rue de Sèvres... à mon couvent des Oiseaux... où on iio se marie pas... où on n’est pas abonnée à VEnlr’acte, où il n’y a ni Village, m Cheveu blanc, ni Caprice, ni Porte ouverte... ni madame de Salins... avec ses yeux verts... — Mais ilne viendra donc pas!... D’ailleurs, c'est trop tard maintenant!... Mes gants ôtés, où iraisje?... Dîner . 7 ... Je no pourrais pas manger une pastille de Vichy I , Aux Italiens? — Quaud j’ai le cœur serré, je suis sourde. (Vhement.) On a sonné I (Écoulaut) Est-ce lui, cette fois? (regardant par la glace sans tain.jOui... Il traverse le jardin!... — AhI lajoieet la faim qui me reviennent tout à coup I (Se ravisant.) Mais non, cela ne duit pas être... Je ne suis pas joyeuse du tout, du tout I... Je n’ai plus l’ombre de faim... Pour le principe, je dois être outrée I... (Elle met son chapeau, se compose une attitude et consultant le miroir.) Oui, ainsi.