‹ La comédie de société au 18e siècleChapitre 3 sur 31 · Voici la distribution de la pièce · texte numérisé non relu

Voici la distribution de la pièce

M.uBPiNCKMAii. LE M. dc Torpaniic.

iSAHELLE, sa fille M"« de Moras.

FINEMOUCHE, suivaule d'Isabclle. . . . La duchesse du Maine.

CHOTE8QUA8, valct du uiarquis . . . . M. de Malczieu.

IIHU8CA1IBILLB , valel de M. de Pincemaille M. de Dampierre.

LEDOCTEuaBHt'DARnxniN M. dcCaraniont.

M. FATOLBL M. de Mavercroni.

LBMARQL'iSDEPAiNcoLHT M. Landais.

plusieurs jours : de la sorte on ajournera le mariage, on gagnera du temps, et le temps est une bonne mère de famille qui arrange bien des choses. Cependant les vieillards ont imaginé d'appeler le docteur Rhubarbarin : paraît Isabelle, les yeux égarés, qui crache au visage du docteur, lui casse les dents d'un maître soufflet ; il s'enfuit, furieux; Fatolet et Pincemaille courent après lui pour l'apaiser. — Second acte. Bruscambille vante à son maître un médecin incomparable, l'homme le plus savant et le plus désintéressé du monde, qui fuirait à une lieue si on lui offrait une pistole. Seulement, il a avec lui un secrétaire chargé de vendre prix coûtant les liqueurs spiritueuses qu'il emploie. Pincemaille apprend avec terreur que, pour composer certain remède appelé pot-pourri, il met dans une grande cuve d'argent un œil d'éléphant vif, le foie d'une baleine, la grosse dent d'un crocodile, huit cent quarante germes d'œufs d'autruche, vingt cœurs de lions, un estomac de phénix, une pinte d'urine de sirène, et qu'il fait bouillir le tout au feu de cannelle pendant trois ans. « Ah ! gémit le grigou, s'il faut du potpourri pour guérir ma fille, je suis perdu ! » Arrivent Paincourt et Crotesquas déguisés en Turcs. Après avoir examiné la malade, Crotesquas prononce solenlement qu'elle a été piquée de la Tarentule, qu'elle entrera bientôt en fureur, que déjà Bruscambille et Finemouche présentent tous les symptômes du même

LES CO.MKDIK.N.NKS IJ K LA COUR -'ô

mal, et qu'il gagnera le père et le fiancé s'ils s'exposent à l'haleine d'Isabelle. Pas d'autres remèdes que la danse et la musique. — Au troisième acte, le valet .'t la servante feignent d'êtres victimes de la tarentole rt jouent mille tours aux vieillards : ainsi, Bruscambille prend la tète de Fatolet et lui met le nez au derrière de Pincemaille ; il les force à danser à perdre haleine, les menace de son grand couteau. Survient le docteur avec des musiciens, des danseurs. Balou exécute un joli pas de deux, on chante un aimable morceau sur des paroles italiennes composées par le duc de Nevers. Bruscambille et sa commère vont mieux, la folie d'Isabelle ne diminue point. Alors Crotesquas déclare qu'il n'y a plus d'espoir ; Fatolet renonce au mariage et, après bien des détours, le faux Esculape fait allusion à un remède suprême, mais sa conscience ne lui permet pas de le conseiller. 11 faudrait marier Isabelle dans les vingt-quatre heures, et l'époux court à une mort certaine. Paincourt se présente, se dévoue, et, cette fois, Pincemaille lui accorde sa fille avec transport. — Après le souper, il y eut un feu d'artifice et l'on dansa bien avant dans la nuit.

C'est encore pour madame du Maine que Malézieu composa sa scène de Polichinelle et son Voisin^,

1. Pièces échappées du feu, 1717. IMaisance, in-12. — Tome IV du Recueil des pièces rares et facélieuses : chez iiarraud. 1873.

représentée en 1705 par les marionnettes devant la cour de Sceaux. Les comédiens de bois faisaient fureur à cette époque, et ce plaisir des petits était devenu le plaisir des grands : ils jouaient à Versailles, à Marly, devant le roi, dans la chambre de la duchesse de Bourgogne. On sait que nos aïeux ne reculaient pas devant le mot cru ; ces gens si raffinés se complaisaient parfois en d'étranges distractions, et ce serait matière à beaux développements qu'une histoire de la pudeur où l'on raconterait les métamorphoses accomplies dans le code des bienséances. Qui donc expliquera ces variations, non seulement de pays à pays, mais de salon à salon, et dans la même société, dans la même personne ? ces élans de gaîté succédant à des sursauts d'indignation en présence du même mot ? Qui rendra compte des ruades de l'être humain, de ces boutades grossières qui jaillissent parfois du gentilhomme le plus distingué, revanche terrible de la bête, éternel point d'interrogation des penseurs ? Est-il vrai qu'ici non plus il n'y ait point de règles fixes, que les individus, comme les peuples, n'aient de brillant que les surfaces ; que l'extrême politesse soit aussi proche de la grossièreté que la rouille l'est du fer ? De voir, par exemple, un Malézieu, membre de l'Académie française, un des esprits les plus délicats de son temps, s'amuser à écrire une farce scatologique, et son illustre auditoire l'entendre avec délices, ce serait de quoi s'étonner,

si tous les siècles ne nous donnaient le spectacle de telles antinomies. Voici d'ailleurs une scène expurgée de cette facétie singulière :

POLICHINELLE. — BonjouF, voisin ; sais-tu le dessein qui m'a p... par la tète ?

LE VOISIN. — Gomment ! p...? C'est passé. Que veuxtu dire?

POLICHINELLE. — Par la sanguenne ! il n'est pas passé, puisqu'il y est encore !

LE VOISIN. — Eh bien, quel est ce dessein ?

POLICHINELLE. — C'cst quc jc vcux demander à être reçu au cas de ma mie Françoise.

LE COMPÈRE. — ... Ha! j'entends! tu voudrais être de l'Académie française, pour avoir des jetons.

POLICHINELLE. — Eh! oui. T'y voilà, palsangué ! On dit que ces jetons-là valent pour le moins vingt sols, et je n'en gagne que cinq à porter mes crochets. C'est un grand profil, compère, que je ferai là... Il y a pourtant une chose qui m'embarrasse.

LE VOISIN. — Qu'est-ce que c'est?

poLicuiN ELLE. — C'cst quc je ne sais pas comment je ferai pour manger du foin.

LE VOISIN . — Que veux-tu dire? Manger du foin... Estu fou ?

POLICHINELLE. — Je VCUX dire que j'ai trouvé deux charrettes de foin qui faisaient un embarras devant leur porte, et l'on disait que c'était pour ces messieurs.

LE VOISIN. -- Gros sot ! c'est pour leurs chevaux.

POLICHINELLE. — Oh ! oh ! Ce sont donc des chevaux qui sont là ! Palsangué ! je m'en vais demander une place pour le mien ;... le foin sera pour lui et les jetons seront pour moi.

LE VOISIN. — Impf^rtincnl! Sais-lu bien qu'il faut faire des vers pour être do celle compagnie ?

POLICHINELLE. — J'en ai peut-ôlre fait, sans y prendre garde. . Quoi, sont-ce des vers de fougère ?

LE voi siN. — Les vers sonl des ouvrages d'esprit que font les poètes; cela rime.

POLICHINELLE. — Cela lime, dis-lu ? Oh ! s'il ne faut qu'une lime, j'en ai une chez nous.

LE VOISIN. — Rime, te dis-je. Voilà un plaisant animal! Tu ne sais pas dire deux mots de suite : comment ferais-lu pour haranguer, le jour de ta réception?

POLICHINELLE. — Poupquoi nou ? Je suis de race.

LE VOISIN. — Comment ? De race ?

POLICHINELLE. — Oui, de racc *, mon père vendait des harengs et ma mère était harengère ; comment ne saurais-je pas haranguer'!

LE VOISIN. — Allons. Voyons comment tu ferais : imagine-toi que je suis l'Académie.

POLICHINELLE. — Oui da, compèrc. (11 p..., tousse et crache.) Meschieurs... depuis que le grand cardinal de Richelieu a tiré l'Académie de cette profonde et vaste rïi'ilrice du néant, elle a si bien rivé le clou aux autres académies, qu'elles sont comme une (crotte) auprès d'un pain de sucre ; ainsi je ne prétends pas vous ennuyer par des losanges ;.. je veux d'abord vous fourbir une occasion de manifester vos talons et vos génisses.

LE VOISIN. — Quel diable de patois! T'imagines-tu que ce soit là le style de l'Académie? Tu veux dire: vos talents et vos génies.

Ici, Polichinelle propose à ses confrères de purifier le dictionnaire d'un certain nombre d'ordures sur lesquelles il disserte copieusement, et comme le compère l'avertit qu'il pourrait bien en même temps embourser quelques coups de bâton :

— Bon, repart-il, je n'en aurais pas plus que tant d'autres de là dedans, qui en méritent, et auxquels on n'en donne point.

Mal en prit à Malézieu, plus mal encore à ses hauts et puissants patrons. L'Académie s'indigna de la plaisanterie comme d'une trahison, ils furent bernés, chansonnés d'importance, une petite guerre de brocards, de satires s'engagea, et, à leur tour, les immortels, les jetonniers n'eurent pas toujours les rieurs de leur côté *.

Voici quelques-unes des aménités qui furent échangées.

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