ACTE I
ouvre dans sonarmure morale?... Si le visiteur n'y glisse pas un regard curieux...
ARMANDE
C'est qu'il court au plus pressé... Est-ce tant pis pour lui ?... La psychologie dont il se prive est si peu de chose !...
FÉLIX
Il n'y a pas de petite psychologie pour un amateur !... Je suis devant une déchéance doublée d'une misère... Excellente occasion pour témoigner une sympathie mêlée de pitié et relevée par un brin de lubricité que la circonstance exige.
ARMANDE
Oui, A^ous jouez à celle que vous appelez une martyre la comédie de la pitié !
FÉLIX
Je fais servir à mes desseins une pitié très réelle, et, en admettant que je force un peu la note, je n'en deviens pas moins le bienfaiteur de la malheurevise à laquelle je m'adresse. Habituée à être la proie des blutes, elle est surprise et ravie de l'intérêt que je lui porte.
Donnant, donnant... Spectacle pour vous, consolation pour elle.
FÉLIX
Dame, écoutez, ce n'est pas en apôtre que je vais chez les filles !...
18 L\ COMEDIE DU GEME
ARMANDE
Et tout en cueillant le grossier plaisir qui fait l'objet du marché, vous exécutez l'amusant cambriolage d'une âme, plaisir que vous ne pavez pas !
FÉLIX, riant.
Appelez-moi voleur, tout de suite I
ARMANDE
Tout bonnement auteur dramatique. Oui, je jure que vous l'êtes! J'ai travaillé avec les plus grands de notre époque, et je fréquente beaucoup ces messieurs. Les qualités d'esprit que j'ai observées chez tous, grands et petits, je les retrouve en vous. Goût de l'observation ; manie d'intervenir dans les affaires du prochain avec des moyens de comédie; lorsqu'on cause, recherche de l'eflet à produire sur l'interlocuteur, effet qu'on se fera largement paver en émotions et confidences. Vos rêveries même sont d'accord avec moi pour vous proclamer auteur dramatique, puisque votre esprit produit à jet continu des fragments de drames.
FÉLIX
Au fait, vous avez raison ! A force de bâtir des scènes dont je suis le héros, j'ai acquis, sans y faire attention, une véritable pratique du métier d'auteur. Il ne me reste plus qu'à prendre la plume et à noter les dialogues qui se pressent dans mon cerveau.
ARMANDE, riant.
C'est cela. Courez vite écrire une comédie, et dans deux mois revenez me la lire.
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FÉLIX
C'est me faire spirituellement observer, mademoiselle, que vous m'avez assez vu. Je vous remercie pour ce charmant après-midi. Peut-être vous dois-je mieux cju^un remerciement : de la reconnaissance. J'étais las de l'existence inutile que je menais. Je sentais en moi une force créatrice et cherchais en vain le moyen de la dépenser : vous me l'indiquez.
ARMANDE, souriant.
Décidément cet entretien aura des suites !...
FÉLIX
N'en doutez pas !...
ARMANDE
Et en attendant, aurai-je le plaisir de vous re- ■soir?
FÉLIX
Lorsque vous jouerez, laissez errer votre regard sur les spectateurs de l'orchestre. Il rencontrera peut-être le mien.
ARMANDE
Monsieur Félix, je ne connais que votre prénom. C'était bien lorsque je contrefaisais la grue, mais à présent que j'ai repris mon état civil, ne serait-il pas juste de me renseigner sur le vôtre ?
FÉLIX
• Très juste!... Malgré cela, souflrez que je parte
sans dire mon nom. J'ai une excellente raison pour le tenir secret.
ARMANDE
Quel genre de raison ?
FÉLIX
C'est un moyen de comédie ! Au revoir, (ii sort en
riant.)
UIDEAU
DEUXIÈME TABLEAU
Chez Félix. Grande salle, modestement meublée, servant à la fois de salon, cabinet de travail et bibliothèque.