ACTE I
FÉLIX
La fièvre dans laquelle j'ai vécu secouait mon imagination comme un prunier et les idées pleuvaient sur mon papier. Le monde qui m'entourait ne me laisse que d'agréables souvenirs... Quels êtres délicieux que les comédiens !... On prétend qu'ils rendent la vie dure aux auteurs... A ceux dont ils méprisent la banalité, c'est possible ; mais lorsqu'ils rencontrent le talent, comme ils deviennent attentifs et soumis !...
ARMAXDK
Fa les actrices ?... Il m'est revenu que vous étiez d'une sagesse exemplaire... Cela m'étonnait, car les occasions n'ont pas dû vous manquer... A présent que je connais l'auteur du Tombeau, je comprends encore moins, ^'ous êtes l'homme qui va chez les filles pour violer leurs âmes, et lorsque vous passez vos journées avec des personnes tout de même plus intéressantes que de lamentables épaves, l'envie ne vous vient pas de les étudier de près?
FÉLIX
Les femmes qui ne seraient pas fâchées qu'on leur manquât d'égards se livrent d'autant mieux qu'on les respecte davantage.
ARMANDE
Ainsi votre réserve est un procédé d'observation, comme votre dévergondage en était un ?
FÉLIX, riant.
Il y a mille façons d'apprendre.
ARMANDE, ironiquement.
Vous est-il arrivé, une fois dans votre vie, d'aimer, d'aimer bêtement, d'aimer à en perdre l'appétit et le sommeil, d'aimer au point d'oublier votre loupe à la maison quand vous alliez chez l'objet de vos désirs ?
FÉLIX
Je suis amoureux... La jeune fille habite la même ville que mes parents...
Sait-elle que vous l'aimez ?
FÉLIX
Je le pense.
ARMANDE
L'épouserez-vous ?
FÉLIX
Non.
ARMANDE
Pas de fortune?.,. Famille récalcitrante?
FÉLIX
Je ne me marierai pas.
ARMANDE
Quand avez-vous résolu cela? Depuis que vous écrivez?
FÉLIX
Depuis toujours... Alors que je ne songeais aucu-