LA DUCHESSE, MATHILDK LA DUCHESSE
Ma bonne Mathilde, vous l'entendez, il autorise toutes les indiscrétions. Apprenez-moi d'abord comment vous avez connu Dagrenat ?
MATHILDE
Nous sommes de la même ville. No$ familles étaient liées. Je voyais continuellement le futur auteur. Il n'avait pas encore la moindre idée d'écrire Malgré cela il faisait impression.
LA DUCHESSE
C'est cela ! Vous en étiez toquée ?
MATHILDE
Oui. Seulement, je le lui cachais de mon mieux,
car il ne dissimulait pas son intention de rester célibataire. Sur les entrefaites, ma mère est morte, je me suis mariée et il a disparu. Pendant cinq ans il n'y a plus eu le moindre Dagrenat dans mon existence.
Comment l'avez-vous retrouvé?
MATHILDE
Je venais d'avoir ma seconde fille. Mon mari a pensé qu'un petit voyage d'agrément était tout indiqué pour me remettre, et il m'a menée à Paris. J'y venais pour la première fois... Nous étions comme des écoliers en vacances. Musées, restaurants, théâtres, tout y passait I...
LA DUCHESSE
Théâtres?... Nous brûlons!...
MATHILDE
Un soir, au Théâtre-Français, je suis tellement transportée par le drame qu'on représentait, que machinalement, je cherche sur le programme le nom de l'auteur. Qu'est-ce que je lis?... Félix Dagrenat!... Il y avait bien Félix!... C'était mon Dagrenat!... Aussitôt, je secoue mon mari. — Alfred, quelle surprise!... Le monsieur qui a fait cette pièce, je le connais beaucoup ! — Alors, tu connais un homme remarquable ! répond tranquillement Alfred. Là-dessus je déclare : — Alfred, je veux absolument revoir Dagrenat. Me permets-tu de lui