ACTE III
Une chartreuse pour moi. (Le garçon s'éloigne et, pendant les répliques suivantes, servira les consommations demandées.)
CÉLINE
Vois-tu ces deux individus, là, devant nous !
FÉLIX
Ceux qui discutent avec tant d'animation ?
CÉLINE
Justement. Le plus petit est mon frère...
FÉLIX
Tu n'es pas contrariée qu'il te rencontre avec moi ?
CÉLINE
Lui ! Si tu crois qu'il ne sait pas que je fais la noce!...
FÉLIX
Aïe !... Il exerce un joli métier ton frère !
CÉLINE
Son métier!... Il est curé! Mauvais curé, par exemple !... Il était à peine sorti du séminaire qu'il s'est sauA'é avec une fille de sa paroisse... Mais pour être instruit et parler latin, il n'y en a pas deux comme lui... L'autre est un de ses amis, un instituteur. 11 faut l'entendre dans les réunions publiques !... En fait d'éloquence, il vaut presque mon frère...
FÉLIX, ironiquement.
Et comme lui sans préjugés !...
CÉLINE
Naturellement !... Va un peu leur dire que je n'ai pas le droit de gagner ma vie à ma guise, tu verras ce que tu prendras. La liberté, ils ne connaissent que cela!... Ce sont des anarchistes.
FÉLIX
Des aveugles !
CÉLINE, rianf.
Les anarchistes voient aussi clair que toi, eh, l'aristo !...
FÉLIX
Je ne les traite pas d'aveugles à cause de leurs opinions politiques, mais parce que les voici tout près de toi et qu'ils ne te voient pas...
CÉLINE
Ils font exprès, pour ne pas t'embêter... Puisque tu cherches à tuer le temps jusqu'à minuit, cela te ferait-il plaisir qu'ils viennent un instant bavarder avec nous ?...
FÉLIX
Bonne idée !... Appelle ! (Céline se lève. Aussitôt Pergain, son frère, regarde :de ]|son côté et, sur un signe d'elle, s'approche suivi de son compagnon.)