CHAPITRE XXXV
ALFRED DE MUSSET {Suite).
On ne badine pas avec l'amour. — La Quenouille de Barherine,
— Le Chandelier. — // ne faut jurer de rien. — Un caprice.
— // faut qu'une porte soit ouverte ou fermée.
Parmi ces brillantes fantaisies que Musset s'amuse à parer des grâces de son style et de son esprit, il n'en est guère qui, par leur structure, soient moins adaptées aux traditions et aux exigences théâtrales que la pièce intitulée : On ne badine pas avec Vamour, Publiée en 1834, elle attendit jusqu'en 1861 les honneurs de la représentation.
Il y a là d'abord un chœur en prose qui se trouve mêlé à l'action comme dans la tragédie et la comédie antiques; premier obstacle à vaincre dans l'exécution. Ce chœur, d'un lyrisme bouffon, semé de paillettes étincelantes et de vives couleurs à la façon d'Aristophane, se charge de nous annoncer l'arrivée de maître Blazius, le précepteur de Perdican, et celle de dame Pluche, la gouvernante de Camille.
Doucement bercé sur sa mule fringante, messer Blazius s'avance dans les bluets fleuris, vêtu de neuf, Técritoire au côté. Comme un poupon sur l'oreiller, il se ballotte sur son
ventre rebondi, et, les yeux à demi fermés, il marmotte un Pater noster dans son triple menton. Salut maître Blazius ; vous arrivez au temps de la vendange, pareil à une amphore antique *.
Puis vient l'antistrophe faisant pendant à la strophe précédente :
Durement cahotée sur son âne essoufflé, dame Pluche gravit la colline ; son écuyer transi gourdine à tour de bras Je pauvre animal qui hoche la tête, un chardon entre les dents. Ses longues jambes maigres trépignent de colère, tandis que de ses mains osseuses elle égratigne son chapelet. Bonjour donc, dame Pluche; vous arrivez comme la fièvre avec le vent qui fuit jaunir les bois.
Cette poésie descriptive en prose, que Sainte-Beuve pouvait être tenté de prendre pour une traduction, mais qui est bien du cru de Fauteur, a tout le rayonnement et le pittoresque d'une toile de Ribeira ou de Goya. Le tableau se complète à la scène suivante dans le salon du baron, avec maître Bridaine, le curé de la paroisse, 1 émule et le rival de Blazius en influence, en gourmandise et en latinité. Les deux cuistres se jalousent et se dénoncent réciproquement. S'adressant au baron, maître Brideune lui communique ses soupçons :
Vous dirai-je ma pensée, monseigneur ? Le gouverneur de votre fils sent le vin à pleine bouche 2.
Blazius, à son tour, lui rendra la pareille après le dîner :
Seigneur, j*ai un mot à vous dire : le curé do la paroisse est un ivrogne 3.
Au fond, tous deux ont raison. Mais le baron, qui