‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 17 sur 122 · Acte IV, se. m · texte numérisé non relu

Acte IV, se. m

de se reconnaître, de s'expliquer et de se repentir. La situation n'en est pas nrjoins des plus embarrassantes et des plus tendues. L'auteur lui-même, après s'être jeté dans cette impasse, ne savait plus comment en sortir, lorsqu'il rencontra son ami Scribe, le grand dêbrouilleur d'imbroglios, l'homme aux dénouements imprévus, ayant toujours en poche sa petite clef ou son crochet pour ouvrir une issue dans les cas les plus désespérés. Celui-ci venait de terminer pour son propre compte une comédie-vaudeville en un acte, Michel et Christine^ où le dénouement est amené par une lettre. En bon camarade, il offrit à Delavigne de partager avec lui ce truc dramatique, dont il n'était pas du reste le premier inventeur. Molière en avait déjà usé dans le Misanthrope et Voltaire dans Zaïre, L'honnête Casimir éprouvait quelques scrupules : " Sois tranquille, lui dit Scribe, qui connaissait son public : personne ne s en apercevra. » Ce qu'il avait prévu arriva, et la scène obtint un succès complet. Cette lettre, qui devait être en apparence une preuve accusatrice saisie par le mari jaloux, devient pour Hortense la plus éclatante justification. La coquette a disparu pour ne laisser voir que l'honnête femme revenue des illusions et des ivresses du monde parisien et demandant elle-même à son mari de la ramener en province, où elle se sentira mieux à l'abri du danger :

Oanville, emmenez-moi, mon ami, mon époux,

Je ne crains rien, je n'aime et n'aimerai que vous*.

L'é[)reuve a été assez rude pour que tous en aient 1. Acte V, se. v.

profité, à Texception pourtant de Mme Sinclair, qui regrette toujours les grandes réunions et la partie du chevalier. Hortense se résigne à être heureuse loin de Paris, sans plus songer au duc, qui l'aura bientôt oubliée de son côté. Valentin est enchanté de retrouver son port du Havre ; Danville ne sera pas receveur général et se contentera d'administrer sa propre fortune : l'ami Bonnard continuera de faire ses quatre repas, et se tiendra plus que jamais attaché à l'ancre du célibat. Cette pièce, qui semblait un moment tourner au mélodrame, revient en finissant au ton de la comédie avec un doux sourire. Tout s'arrange, à la grande satisfaction de la morale, des personnages et du public.

Après le magnifique succès de V Ecole des Vieillards, Casimir Delavigne abordait un autre genre plus épineux, la comédie politique, avec la Princesse Aurélie (1828). L'auteur des Vêpres Siciliennes savait quel appoint et quel concours l'opinion libérale, dont il s'était fait l'interprète, pouvait apporter au théâtre. Dans un article élogieux sur r École des Vieillards, Etienne, tout en vantant la magie du talent et du style chez le jeune poète, avait exprimé le regret qu'il n'eût pas abordé les vices et les scandales du temps; qu'il se fût borné à nous montrer de profil ce duc d'Elmar, neveu du ministre, usant du crédit de son oncle pour payer en faveurs et en places ses bonnes fortunes galantes. L'ancien auteur de V Intrigante, le directeur du Constitutionnel, journal d'opposition, poussait la jeunesse et le théâtre h la guerre. Casimir Delavigne répondit à cet appel, mais en

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