Acte I, se. VII
ORANVILLE.
Artiste si tu veux ; si bien que ton appui
Peut m'impatroniser dans la troupe aujourd'hui.
BELROSB.
Tu te feras chasser avec ignominie :
La troupe ! Eh ! d'où viens-tu? Dis donc la compagnie *.
En s'attaquant ainsi, dès le début de sa carrière dramatique, aux acteurs, aux romantiques, aux femmes auteurs, Casimir Delavigne, malgré la douceur et la placidité de son caractère, éveillait contre lui des rancunes qui durèrent jusqu'après sa mort. Sans doute, nous sommes encore en 1820, à l'heure où le romantisme commence à poindre seulement, où Victor Hugo n'est encore qu'un enfant sublime, sans prétendre au rang de chef d'école : mais la lutte va s'engager le lendemain, et Casimir Delavigne a pris position dès ce jour.
Cette pièce des Comédiens est peut-être de toutes ses œuvres la plus personnelle et la plus hardie qu'il ait écrite. Lui-même, en effet, s'est mis en scène sous le pseudonyme de Victor, le jeune auteur dramatique entravé, arrêté, dégoûté par le mauvais vouloir des comédiens. Sans doute il s'est rappelé le jour où il rentrait chez lui désespéré, jetant au feu son manuscrit des Vêpres Siciliennes, que son frère, le bon Germain, ressaisissait bien vite et allait porter à Picard. Il a trouvé l'occasion, non seulement de protester, au nom des gens de lettres, contre le despotisme des comités, contre les lenteurs apportées à la lecture des manuscrits, qu'on ne se donne pas la peine