Acte I, se. II
de Schiller. Le succès des romans comme Werther, des drames comme Misanthropie et Repentir de Kotzebiie, semblaient annoncer l'invasion du g-enre lugubre et ennuyeux, auquel Diderot et Beaumarchais lui-même n'avaient pas toujours su échapper. L'Allemagne nous renvoyait à forte dose ce qu'elle nous avait jadis emprunté. C'est contre ce danger que proteste Granville, un partisan de la tradition française.
Je trouve à vos auteurs un air de Germanie, On se perd dans les cieux, chacun vise au génie ; Pour ces penseurs profonds le rire est trop bourgeois, Et leur comique est gai comme ï Esprit des lois *.
Bien qu'il s'interdise, ainsi qu'il a soin de le dire dans son prologue, toute personnalité blessante, l'auteur ne s'est pas fait faute de recueillir autour de lui certains traits dont il a formé, sinon des caractères, au moins des pastels et des croquis assez plaisants. Ses comédiens ont à coup sûr moins de relief et d'éclat que ceux de Scarron dans le Roman comique et de Le Sage dans Gil Blas : cependant ils ont aussi leur cachet contemporain, la prétention à la dignité, une certaine morgue parfois outrecuidante à l'égard des gens de lettres, dont ils croient faire le succès. S'ils n'aspirent point encore à jouer un rôle politique, ils réclament une considération et des égards qu'on leur a refusés trop souvent. Lorsque Granville, rencontrant son ancien camarade Belrose, lui dit :
Te voilà donc acteur : c'est un métier fort triste.
Gèlui-ci lui répond :
En nous parlant, vois-tu, le mot propre est artiste.