‹ La Comedie en France Au XIX SiecleChapitre 53 sur 122 · Acte nij se. IV · texte numérisé non relu

Acte nij se. IV

rêvant toujours à sa République, les supplications de ladvStrafford, attendant d'une révolution le retour des Stuarts, les promesses et les obsessions insidieuses du journaliste vénal Godwin,lui offrant ses services auprès des électeurs, les remontrances de Thomas Goff lui enjoignant de se rendre aux désirs du peuple, les cris de la foule ameutée, qui s'impatiente et gronde, ne peuvent fléchir son àme : il demeurera fidèle à la loi, à Tordre, à la dynastie que la nation s'est librement donnée.

Casimir Delavigne a voulu tracer ici l'image du politique libéral tel qu'il Ta rêvé, le héros d'un âge nouveau où le courage civique a pris souvent la place de la valeur guerrière, où il est parfois plus difficile et plus douloureux de braver les coups de langue et les coups de plume que les coups d'épée. En nous offrant ce portrait, songeait-il h Casimir Perier, à ce ministre intègre et résolu qui sut passer de l'opposition au pouvoir sans devenir jamais le courtisan du peuple ni du roi, alliant le libéralisme le plus sincère à l'énergie du gouvernement, et ne reconnaissant d'autre guide que le bien public, l'honneur du pays, le respect du droit et de la loi?

Autour d'Edouard se dessinent un certain nombre de portraits qui représentent les différentes nuances de Topinion et des partis. C'est d'abord Sir Gilbert Lindsey, son père, un vieux pilote qui a traversé jadis les orages de la vie politique et qui, maintenant retiré à la campagne, épris des charmes de la solitude, essaye de les faire comprendre à son fils en le préservant des ivresses trompeuses de la popularité. Quand Edouard aura vu s'évanouir devant lui ce brillant fantôme qui l'avait séduit, le vieux Gilbert lui ouvrira ses bras en

lui rappelant qu'il est une autre popularité plus solide

et plus durable :

... Celle qui couronne Des travaux accomplis et des jours sans remords ; Mais son laurier, mon fils, n'ombrage que les morts *.

A la droiture, à la loyauté patriotique de Sir Gilbert, Tauteur oppose la du[)licité cauteleuse de lord Derby, ami des Stuarts, mais ami discret et prudent, ne voulant pas se brouiller ouvertement avec la nouvelle dynastie qu'il déteste et mine sourdement; s'alliant à tous les partis , même révolutionnaires , pour les exploiter ; employant la plume de Godwdn, dont il fait son confident et son collaborateur tout en le méprisant; aristocrate renforcé, très dur, très hautain avec ses domestiques, mais se couvrant du masque de la démocratie à l'approche des élections, où il brigue le titre de lord-maire. L'appel au peuple, dont la Gazette de France avait donné l'idée avec sa fameuse devise : Vox populi vox Dei^ est au nombre de ses moyens diplomatiques. Partisan de la politique expectante, laissant aux autres les périls et les horions, il compte sur les imprudences ou le courage d'autrui pour obtenir les résultats qu'il attend :

Les révolutions sont une grande affaire :

Courageux qui les fait, sage qui les fait faire 2.

Cette allure féline et ambiguë du vieux caméléon jacobite, qui se ménage et se réserve en vue de l'avenir tout en jouissant du présent, contraste avec l'emportement, l'intempérance et la fougue du jeune républicain Mortins. Celui-ci est un enthousiaste et un

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