Acte II, se. II
CASIMIR DELAVIGNE. io5
frappant le père, Sir Gilbert, au moyen d'une lettre tronquée et falsifiée dont il compte faire un instrument de chantage, et qui tourne à sa confusion.
Les femmes, trop souvent mêlées chez nous aux scandales de la vie pubUque et de la vie privée, tiennent peu de place, comme nous l'avons dit, dans la pièce de Casimir Delavig-ne. Une seule, lady Strafford^V Emilie jacobite, nièce de lord Derby et amante
d'Edouard, jeune et romanesque héroïne dont l'allure rappelle un peu celle des femmes de la Fronde, soutient dignement l'honneur de son sexe. Dévouée à la cause des Stuarts, agissant par ses journaux, par ses intrigues, par son argent, sous le nom de lady Montrose, dénoncée, poursuivie, traquée parla police, elle a bravé tous les obstacles, et vient fomenter la sédition au cœur môme de Londres. Son audace, sa pétulance, son mépris du danger, sa gaieté insouciante offrent un singulier contraste avec les précautions, la couardise et les frayeurs de lord Derby. La conspiration devient pour elle une partie de plaisir, un chapitre de roman mis en action :
Rêve où le cœur s'exalte, où la tête fermente !
Un vague enivrement qui charme et qui tourmente,
Je ne sais quel attrait plus doux que le repos,
Ardent comme l'amour, se mêle à ce chaos
De sentiments confus, d'émotions rapides ;
Et c'est la volupté des âmes intrépides *.
Le goût des conspirations, mis à la mode par les Carbonan sous la Restauration, s'était maintenu encore au temps de Louis-Philippe et donnait lieu à plus d'un procès retentissant. Cette fièvre d'émotions,