Acte II, se. VI
ioG LA COMÉDIE EN FRANCE AU XIX" SIÈCLE.
celte passion des aventures devait rapprocher naturellement la jeune royaliste et le jeune républicain Mortins. Tous deux s'entendent pour épouvanter lord Derby et le décider à quitter Londres le jour des funérailles. Quand le eomplot a échoué par la faute d'Edouard et de son courageux abandon, lady Strafford, menacée dans sa liberté et dans sa vie, ne s'effraye point. Elle pardonne à Edouard d'avoir obéi à sa conscience : elle saura en faire autant. Mise en demeure de choisir entre Texil et la main de celui qu'elle aime, elle va rejoindre sur la terre étrangère les seuls souverains qu'elle reconnaisse. Le devoir l'emporte dans ces deux âmes généreuses faites pour se comprendre et pour s'aimer.
Nous avons pris plaisir à exposer cette suite de portraits qui nous olfrent une sorte d'étude psychologique et morale sur la société contemporaine. C'est là son principal intérêt, à défaut de l'émotion dramatique. Nulle œuvre ne fait plus d'honneur à la raison et au caractère de Casimir Delavigne. Quel autre que lui eut alors osé ou pu l'écrire? Victor Hugo, trop engagé dans les liens des partis, des camaraderies littéraires ou politiques, n'eut pas réussi à s'affranchir de certaines influences qui pesaient déjà sur lui. Scribe et Alexandre Dumas n'avaient point la touche magistrale, la forme élégante et pure qui convient à la haute comédie en vers. 11 fallait le talent sobre et mesuré, la sagesse impartiale, la méditation recueillie et la courageuse modération de l'auteur de la Popularité pour faire comparaître à la barre tous les partis et leur dire à tous la vérité. Tl fut aussi peu écouté des uns que des autres, et ne réussit à se faire que des ennemis. Digne prix de sa franchise et de sa probité.