LEONARDO, POLO
POLO
Dieu garde le gentilhomme.
LEONARDO
Soyez le bienvenu, jeune homme.
POLO
Veuillez me dire : êtes- vous un étranger qui est arrivé les jours passés dans ce village, en compagnie du majordome de la seigneurie?
LEONARDO
Je crois que je suis celui dont vous vous informez. Mais pourquoi me le demandez-vous?
LOPE DE RUEDA
POLO
Parce que, hier soir après le dîner, on a parlé de votre habileté; on a dit que vous étiez un excellent écrivain et un parfait conteur, et finalement que vous conviendriez complètement pour comprendre et pour remplir les fonctions de secrétaire de Valiano, mon maître; parce que, comme il est jeune et bon à marier, il n'a pas l'ensemble d'officiers qui convient à son état et à sa fortune. Je me réjouirais de vous voir rester dans ce pays et au service de son seigneur, celui-ci étant un des plus vertueux cavaliers qu'il y ait dans toute cette contrée.
LEONARDO
Je serai certainement heureux de rester ici. Je me suis rencontré, à une journée d'ici, avec un cavalier que je ne connais pas, et lorsqu'il sut que mon désir était de me placer au service d'un seigneur qui fût tel que vous me le dites, il voulut bien me diriger sur ce pays. Et comme je n'ai d'autre mérite que cette science .d'écrire et de conter que mes parents, — qu'ils soient avec le Seigneur, — m'ont donnée quand j'étais enfant, ce gentilhomme m'offrit de donner avis à celuici, votre maître et le mien, pour qu'il voulût bien apprécier si je serais suffisamment propre àson service.
POLO
Assurément, Seigneur, il est bien évident que vous
EUFEMIA.
devez être une personne de laquelle il faut penser plus de bien* que vous ne le dites. Mais je crois que l'on parcourt la ville à votre recherche. Vous pouvez aller au palais, où Ton vous attend, et il ne serait pas raisonnable à vous de laisser passer une si bonne occasion sans la tenir ferme ; et nous tous serons tout disposés à vous être agréables.
LEONARDO
Mille grâces, je vous suis très reconnaissant, et je m'en vais.
POLO
Allez avec Dieu.
LEONARDO
Je vous baise les mains.