VALI ANO, PABLO
VALIANO.
Dis-moi, Pablo, est-ce vrai ce que tu me racontes, que tu as été chez cette Eufemia, la sœur de ce vaurien de Leonardo, à qui j'ai fait une situation aussi élevée?
PABLO
Oui, Seigneur, j'y ai été.
VALIANO.
Et toi-même, tu as dormi avec elle, dans son lit même ?
PABLO
Moi-même j'ai dormi dans son lit même, avec elle. Que veux-tu de plus ?
VALIANO.
Maintenant, mon très fidèle Pablo, il te reste à me conter comment cela s'est passé entre elle et toi.
LOPE DE RUEDA
PABLO
Seigneur, il m'est arrivé avec elle ce qui arrive avec les dames. Il n'y a pas eu besoin de faire beaucoup de façons. Elle m'a vu passer dans sa rue et regarder à sa fenêtre; elle m'a envoyé une petite servante qu'elle a, et qui, pour être plus précis, s'appelle Cristina.
v ALIANO.
Et que te dit la servante ?
PABLO
Elle me demanda si j'avais besoin de quelque chose dans la maison. Moi, qui savais de quoi il retourne, et qui vous ai dit qu'il n'y a pas besoin de beaucoup de façons, je pris au mot la proposition, d'autant mieux que la dame me connaissait depuis d'autres voyages, et m'avait déjà donné des gages. Je fus son hôte dès cette nuit, et ensuite trois autres, et quand j'eus bien eu connaissance de la personne, ■comme je te l'avais promis, Seigneur, je suis venu te rendre compte de ce qui s'était passé.
VALI ANO
Enfin ?
PABLO
Enfin, elle me donna, pour me le mettre au cha-
EUFEMIA.
peau ou au bonnet, un bout d'un cheveu qui lui croît sur un signe qu'elle porte à l'épaule gauche, et je me suis empressé de te l'apporter, parce que ce sera un témoignage que ne pourra nier le seigneur Leonardo, son frère et ton favori. Le voici. Maintenant j'ai accompli à ton égard mon devoir avec la fidélité que je te dois, puisque je suis ton vassal. Toi, Seigneur, tu dois ne permettre à aucun traître de se rire de toi, et surtout n'autoriser personne, et encore moins un homme qui est ton serviteur, à te conseiller, comme dans le cas actuel, des choses d'où dépend si particulièrement ton honneur.
VALI ANO
Naie point de souci, Pablo; j'avais bien compris que ce traître, sous l'apparence de me rendre un service signalé, voulait apporter le déshonneur dans cette ancienne maison. Je te promets qu'il ne me paiera pas cette traîtrise de moins que de la vie, et qu'en même temps tu recevras, par de grandes faveurs, la récompense de ce service.
PABLO
Et c'est ainsi qu'il convient, Seigneur, que le traître soit traité selon qu'il est connu, et que celui qui est bon et loyal reçoive le fruit de sa fidélité.
v ALIANO.
Marchons, Pablo, je te certifie que son châtiment
LOPE DE RUEDA
sera un exemple pour ceux du pre'sent et ceux qui viendront plus tard.
PABLO
Vois, Seigneur, c'est comme cela qu'il faut que la justice atteigne les traîtres.