‹ La comédie espagnoleChapitre 32 sur 34 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

VALIANO, PABLO, VALLE J O, Les Précédents, Su i te.

val i ANO.

Dis-moi, Pablo, tout est-il prêt?

PABLO

Oui, Seigneur, j'ai mis toute la diligence possible pour que le traître reçoive son châtiment, et que tu n'aies aucun sujet de plainte.

EUFEMIA.

VALI ANO

Tu as bien fait. Mais quelles sont ces personnes ?

PABLO

Seigneur, je ne les connais pas, elles me paraissent étrangères.

VALLE JO

Sur ma parole, celle qui est en avant doit être une dame de condition ; d'ici je la retiens pour qu'elle veuille bien manger au plat où mange le fils de mon père.

EUFEMIA.

Illustre Seigneur, je suis étrangère, je suis sur tes terres, et je te demande justice.

VALIANO.

Je me réjouirai infiniment s'il est en mes mains de faire quelque chose qui vous soit agréable, et quand même vous ne seriez pas étrangère, votre apparence et votre langage font à quiconque vous voit l'obligation de se mettre à votre service. Ainsi donc demandez ce que vous voudrez ; aussi bien que la justice que vous réclamez, rien ne vous sera refusé.

EUFEMIA.

Justice, Seigneur, j'ai été méchamment offensée.

í8# LOPE DE RUEDA.

Offensée, sur mes terres ? C'est une chose que je ne supporterai pas.

VALLEJO

Vite, Seigneur, armons toute la maison et donnemoi la main. Tu verras comment je vais, sans perdre un instant, fouiller tous les coins de la ville et faire justice sans bruit.

VALI ANO

Tais-toi, Vallejo. Dites-moi, Madame, quel est celui qui a eu le malheur de vous offenser?

EUFEMIA.

Seigneur, ce traître que tu as à côté de toi.

PABLO

Moi ? Vous vous moquez de moi, Madame, ou bien vous cherchez à passer le temps avec les gens?

Je ne plaisante pas, traître ! Après avoir passé plusieurs nuits avec moi, dans mon lit, la dernière nuit tu m'as volé un riche bijou, sous la tête de mon lit.

PABLO

Que dites-vous là, Madame ? sans doute vous m'aurez pris pour un autre ; je ne vous connais pas, je ne

EUFEMIA.

sais pas qui vous êtes. Comment m'attribuez-vous une chose à laquelle je n'ai pu penser de ma vie ?

EUFEMIA.

Ah ! don traître ! Il ne t'a pas suffi de faire ton profit de ma personne, ainsi que tu l'as fait, il faut encore que tu me voles mon bien ?

VALIANO.

Pablo, réponds ; est-ce vrai ce que dit cette dame ?

PABLO

Je dis, Seigneur, que c'est le plus grand mensonge du monde. Je ne la connais pas ; je ne l'ai vue de ma vie.

EUFEMIA. , •

Ah ! Seigneur, ce traître nie pour ne pas me payer mon bijou.

, PABLO

N'appelez traître personne. S'il y a trahison ici, c'est votre œuvre, car vous injuriez un homme qui ne vous a jamais vu.

Comment, traître ! Tu n'as pas dormi avec moi ?

PABLO

Je dis que je ne vous connais pas, que je ne sais qui vous êtes.

LOPE DE RUEDA

EUFEMIA.

Ah ! Seigneur ! Demandez-lui le serment ; il dira la vérité.

VALIANO.

Mettez la main sur votre épée, Pablo.

Je jure, Seigneur, par tout ce que l'on peut invoquer, que je n'ai pas dormi avec elle; que je ne connais pas sa demeure; que je ne la connais pas; que je ne sais pas de quoi il s'agit.

EUFEMIA.

Alors, traître, que tes oreilles entendent ce qu'a dit ta bouche infernale, car tes paroles elles-mêmes sont ta condamnation.

PABLO

De quelle manière ? Que dites-vous ? Que vous dois-je?

Dis-moi, malheureux, si tu ne me connais pas, comment as-tu porté contre moi un aussi faux témoignage ?

PABLO

Moi, un témoignage ? Cette femme est folle.

EUFEMIA.

EUFEMIA.

Moi folle? Tu n'as pas dit que tu as dormi avec moi ?

PABLO

Moi, j'ai dit cela ? Seigneur, si cela peut être, que je sois condamné par un juste jugement, et que je sois frappé de malemort, en votre présence, par la main du bourreau.

EUFEMIA.

Alors, perfide, si tu n'as pas dormi avec moi, comment s'est fait en ce pays l'indigne scandale provenant du. témoignage que tu as porté contre moi sans me connaître?

PABLO

Finis-en avec ton témoignage et tes sottises.

EUFEMIA.

Dis-moi, homme sans foi, n'as-tu pas dit que tu as dormi avec la sœur de Leonardo?

PABLO

Oui je l'ai dit, et j'en ai apporté la preuve prise sur sa personne.

EUFEMIA.

Et ces preuves, comment te les es-tu procurées?

Car, traître, comment ne me reconnais-tu pas, puisque tu as dit tant de fois que tu as dormi avec moi, puisque je suis devant toi, et puisque je suis la sœur de Leonardo?

Il y a ici, d'après ce que je comprends, une grande trahison.

CRISTINA

Homme sans loi. N'est-ce pas toi qui m'a demandé un signe de ma maîtresse? Tu ne me reconnais pas maintenant parce que je suis déguisée. Mais, cédant à tes prières instantes, je lui ai coupé la moitié d'un cheveu qui lui vient à un signe qu'elle porte sur l'épaule, et je te l'ai donné ne pensant pas que cela pût offenser personne.

VALIANO.

Ah! imposteur, tu ne peux plus nier la vérité, c'est toi-même qui l'as confessée par ta bouche.

VALLE JO

Holà! holà ! Il a aussi essayé de m'y prendre.

VALIANO.

Comment cela?

Il m'a demandé, lorsque nous revenions ensemble,

EUFEMIA.

d'attester qu'il avait dormi avec la'sœur de Leonardo, et il m'avait promis pour cela de me donner de quoi me faire des chausses. Il m'en eût coûté si, au lieu de chausses, on m'eût donné une camisole de pénitent.

VALI ANO

Sus! qu'on saisisse ce misérable et qu'il reçoive la peine du talion. Je savais bien ce qu'était pour moi mon fidèle Leonardo. Qu'on le délivre de sa prison, qu'on lui rende les honneurs qu'il mérite, et à ce traître, qu'on lui coupe à l'instant la tête, à la place même qu'on avait préparée pour mon pauvre Leonardo.

VALLEJO

Seigneur mon maître, vos ordres vont être aussitôt exécutés.

VALI ANO

Quant à cette noble dame, qui a su si bien sauver la vie de son frère, qu'elle reste sur nos terres, qu'elle en soit la dame et la mienne. Et je ne pense pas, par là, lui payer suffisamment les tribulations de son frère, et les peines qu'elle a souffertes pour parvenir à le sauver.

VALLEJO

Seigneur, votre grâce est obéie. Le fabricateur de faux témoignages, le malheureux Pablo est entre les

mains de l'alcade, avec toutes les recommandations dont Votre Grâce m'a chargé.

VALI ANO

Sus donc. Que l'on fasse des livrées à tous les serviteurs de ma maison ; et vous, Madame, donnezmoi la main et allons dîner. Je veux que vous et votre frère vous preniez part avec moi à cette bien légitime réjouissance, et ensuite je ferai ce que je dois pour l'accomplissement de la parole que j'avais donnée à Leonardo.

EUFEMIA.

Ainsi que tu le commanderas, Seigneur, je me trouverai heureuse.

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