‹ La comédie espagnoleChapitre 6 sur 34 · SAM ADEL · texte numérisé non relu

SAM ADEL

C'est bien ; va-t'en avec Dieu.

CEVADON.

Et aussi Votre Grâce, et j'offre au diable l'emplâtre que vous portez, car je crains bien que vous ne m'ayez trompé.

BREZANO.

Holà ! Cevadon, la commission est-elle faite ?

LOPE DE RUEDA

CEVADON.

Oui, Seigneur; voilà la commission, voilà la quittance, voilà toute l'affaire.

BREZANO.

L'as-tu bien regardé ? as-tu bien vu s'il avait un emplâtre ?

CEVADON.

Oui, Seigneur, il avait un emplâtrement aussi grand que mon bonnet.

BREZANO.

L'as-tu vu ?

Non, Seigneur ; mais il m'a dit qu'il l'avait.

BREZANO.

Et alors tu t'en es rapporté à sa parole ?

CEVADON.

Oui, Seigneur; je pense bien qu'il ne voulait pas envoyer son âme en enfer en échange d'un emplâtre, ni pour quinze réaux.

BREZANO.

Allons, sus, voilà une commission bien faite. Et dismoi, traînait-il la jambe ?

PAYER ET NE PAS PAYER. 63

CEVADON.

Oui, Seigneur. Jusqu'à ce que je lui aie donné l'argent, il traînait la jambe comme ceci ; mais lorsqu'il s'en alla, il marchait plus droit qu'un pin.

BREZANO.

Suffit ; voyons le reçu.

CEVADON.

Prenez, Seigneur.

BREZANO.

(( Seigneur, mon frère. »

CEVADON.

11 dit là : « Seigneur mon frère » ?

Oui, il dit : « Seigneur, mon frère. »

CEVADON.

C'est sans doute le frère de celui qui a reçu l'argent.

BREZANO.

Cela doit être. « Les livres de safran... »

CEVADON.

Il dit là : « des livres de safran » ?

LOPE DE RUEDA

BREZ ANO.

Oui, il dit cela ici.

C EVADO N.

Des livres de safran ? Est-ce que j'ai apporté à Votre Grâce des livres de safran ?

BREZANO.

A moi, non.

CE VADON.

Alors d'où vient ce papier safrané ?

Tu ne vois pas qu'il t'a joué, et qu'au lieu de te donner une quittance, il t'a remis une lettre de commande !

CE VADON.

Ah ! parbleu, si vous dites vrai, il a agi bien vilainement.

BREZANO.

Quel remède, Seigneur ?

CE VADON.

Je vais dire à Votre Grâce quel remède. Prenons chacun un bâton, et allons vers lui tout doucement, vous d'abord. Et si par bonheur nous le rencontrons,

PAYER ET NE PAS PAYER

nous reprendrons notre argent. Sinon, vous me servirez de serviteur.

BREZANO.

Qu'est-ce cela, te servir de serviteur ?

CEVADON.

Qu'est-ce, Seigneur? Que je vous pousserai devant lui ; que vous lui direz qu'il a agi comme un méchant homme, en prenant cet argent sans emplâtre et sans traîner la jambe, et alors Votre Grâce tombera dessus avec son bâton.

BREZANO.

Eh bien, sus, allons.

Allons.

Dans une autre rue.

SAMADEL.

On a raison de dire que si ce qui est bien gagné se perd , le bien mal gagné se perd et perd son maître. Je dis cela, parce que de cet argent que j'ai pris à cet innocent garçon, la moitié s'en est allée sur une carte, l'autre moitié est restée au cabaret. On dit qu'ils me cherchent, je n'ai d'autre ressource que de changer de langage.

LOPE DE RUEDA

BREZANO.

Tâche de bien le reconnaître.

CEVADON.

Que Votre Grâce ne craigne rien, je le connaîtrai très bien. Venez pas à pas derrière moi.

BREZANO.

Marche.

CEVADON.

Seigneur, Seigneur!

Quoi?

CEVADON.

Voilà notre chasse ; c'est l'homme au chapeau.

BREZANO.

Vois bien si c'est lui.

CEVADON.

Oui, oui, Seigneur. C'est celui qui m'a pris l'argent.

BREZANO.

Va, parle-lui.

CEVADON.

Homme de bien.

PAYER ET NE PAS PAYER

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