‹ La comédie et les comédiensChapitre 21 sur 21 · CXI.I8TI · texte numérisé non relu

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comme tu y es entré; fais plus : guide, sauve les antres maintenant^ chacun son tour.

Le regard baissé vers la terre, accablé sous le poids de la pensée qui roulait dans sa tëte^ tinûde et chancelant^ Lucien se rapprocha de Weber et lui dit :

— - Je n'ai pas achevé.

— Je t'écoute^ mon ami^ lui répondit Weber aussi préoccupé, aussi entrepris que lui.

— J'ai une bien grave révélation à vous faire. n va me parler de Céleste. — Je la devine déjà.

— Peut-être

— J'en suis sûr.

— Céleste est libre par la mort de son mari. — - Je ne me trompais pas.

— Céleste peut disposer de sa main.

— Après?

-~ Son cœur fut à moi ; cette femme fut ma destinée comme je fus la sienne. N'ayant pas pu mourir ensemble^ nous avons langui^ elle sous la dépendance d'un mari, moi tantôt dans le désespoir, tantôt dans la résignation^ cet autre désespoir tranquille.

— Ce passée Lucien, m'est aussi connu qu'à toimême.

— C'est la dernière fois de ma vie que je l'aurai rappelé.

— Je crois à toutes tes paroles.

— J'avais besoin de ramener ce passé dans votre

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souvenir pour vous faire comprendre de quel sentiment je fus pénétré quand je sus, il y a trois mois, que Céleste était redevenue maltresse de ses actions. J'essayai de briser les portes de mon cachot pour accourir ici ; mais les Russes sont de bons geôliers.

— Pauvre Lucien !

—Je dévorai mon impatience: j'attendis le jour de ma délivrance. Et me voici!

— Te voici !

— Que feriez-vous, je vous parle, Weber, comme à mon ami^ si votre cœur ne ressentait plus pour une femme, autrefois aimée jusqu'au délire^ la même passion que nourrissait votre cœur plus jeune ou plus ardent? Que feriez-vous, je vous parle, Weber, comme à mon père, si cet amour, changé en une amitié sainte, n'était plus à la hauteur des engagements que vous aviez contractés envers cette femme et envers vousmême? Que feriez-vous enfin, Weber, je vous parle comme à Dieu, si cette femme, dégagée d'un premier mariage, attendait que vous vous offrissiez pour en contracter un second? Oseriez-vous lui cacher la fausseté de votre situation pour être consciencieux envers un passé dont elle aurait peut-être le droit de s'armer contre vous, ou bien lui diriez-vous....

— Tais-toiy Lucien ! es-tu bien sûr que tu n'aimes plus Céleste? es-tu bien sûr que, quand tu la reverras, tu ne regretteras pas ta confession qui m'étonne?

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— Sûr, comme je suis disposé à tomber à ses pieds et à lui demander en grâce d'être ma fcmme^ si vous croyez que l'honneur me conseille ce dernier parti. Je reviens de l'exil exprès pour dégager ou engager à tou. jours la parole donnée.

«— Malheur à moi si tu mens I s^éctia Wober.

— Malheur à lui 1 dit-il.

Weber alla dans Tappartement où étaient Céleste; madame Weber et Denise^ et il en revint avec elles trois.

En présentant Céleste à Lucien^ il dit:

— Madame Weber, embrassez notre amî.

— Céleste est madameWeber ! eÛe est votre femme' Denise répéta :

— - Sa femme !

— Je salue avec respect madameWebei^, dît Lucien; Weber demanda à Céleste, en la pressant sur son

cœur:

»— Êles-vous fâchée d'avoir vécut

— Et vous, mon ami? demanda la vieille madame Weber à Lucien. ^

— Vous le voyez f

Lucien tendit ses deux mains à Weber et à Céleste.

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