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LE « PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR

La Comédie-Française va reprendre cette semaine le Philosophe sans le savoir, de Sedaine, et elle a résolu, par une innovation heureuse, de revenir au texte original de l'auteur. Elle l'a retrouvé dans ses cartons et va nous le rendre : c'est une petite histoire curieuse et qui vaut la peine d'être contée.

Je no sais si vous vous êtes jamais aperçu, en écoutant le Philosophe sans le savoir, que la scène capitale, celle qui est le point culminant de la pièce, est manquée et tourne court. Pour moi, je ne pouvais l'écouter «ans un vif déplaisir. Ce défaut, chez un si habile homme de théâtre, dérangeait mes théories, et j'étais réduit à y voir une exception tout à fait inexplicable.

Vous vous rappelez la situation : le fils Vanderck a eu, la veille, une altercation avec un officier, dans un café, et il a pris jour pour se battre. Ce jour est précisément celui où se marie sa sœur. Il prévoit que s'il attend l'heure où tout le monde sera sur pied, il sera retenu par tous les embarras de la noce ; il se lève donc de grand matin, et tâche

de se dérober. Mais son père a été plus matinal que lui, l'arrête au passage, et lui demande pourquoi il sort de si bonne heure.

' Le jeune homme cherche des faux-fuyants ; puis, poussé à bout, il finit par lui conter l'histoire de sa querelle, le rendez-vous pris, et la nécessité pour lui de s'y trouver au moment convenu. Ce récit touche sensiblement M. Vanderck, et il est d'autant plus désolé de l'aventure que son fils a tort. Le jeune Vanderck a été le provocateur et le provocateur gratuit.

Que doit-il faire ? Le voilà en face de son fils qui a un duel sur les bras. Il peut ou le retenir ou l'embrasser en lui disant : Va te battre ! Ou l'envoyer se battre en refusant de l'embrasser. Mais il n'y a évidemment que ces trois partis-là, et il faut qu'il choisisse, qu'il en prenne

• nettement, hautement, résolument un des trois. C'est la logique invincible du théâtre.

Vous me présentez un honnête homme d'un certain caractère, que vous m'avez soigneusement décrit ; vous me le montrez aux prises avec une situation arrangée exprès pour mettre ce caractère en jeu ; vous n'avez pas le droit

. de vous dérober par une porte de derrière, avec lui, et d'esquiver une curiosité provoquée par vous-même. Non, vous

- n'avez pas ce droit-là.

Il peut arriver en effet dans la vie ordinaire qu'un père, dans un débat de cette sorte, feigne de ne pas voir ou soit trompé par une supercherie du fils qui s'échappe sur la pointe du pied. Car la vie ne se pique point de logique. Mais

' la logique est l'âme du théâtre. Quand vous m'avez amené

I deux personnages sous les yeux, et que vous les avez mis tous deux en face d'une situation qu'ils doivent trancher, vous êtes forcé d'aller jusqu'au bout. Si vos personnages me plantent là, au beau milieu de la scène, sans m'avoir ap-

pris ce que je tenais à savoir, c'est à vous, auteur, que je m'en prend : car vous témoignez par là ne pas savoir votre métier.

Eh bien, dans la pièce, telle qu'on la joue au Théâtre- Français, telle qu'on l'y a toujours jouée, la scène, cette scène climatérique, ne se terminait pas.

— Faites rentrer vos chevaux, disait le père à son fils, et remontez chez vous. Je vais réfléchir aux moyens qui vous peuvent sauver l'honneur et la vie.

— Me sauver l'honneur ! s'écriait le fils.

Et comme M. Vanderck réitérait l'ordre donné, le jeune homme faisait semblant d'ouvrir la porte qui menait à sa chambre : puis, observant son père, plongé dans une profonde douleur, il profitait de cette distraction pour traverser le théâtre sur la pointe du pied, ouvrir sans bruit la porte qui ouvrait sur la cour, sauter à cheval et disparaître.

Sentez- vous qu'ici la scène se dérobe au lieu d'aller franchement à son but ?

— Je vais réfléchir, dit M. Vanderck père, aux moyens qui vous peuvent sauver à la fois l'honneur et la vie.

Ces moyens, quels sont-ils ? L'auteur ne les dit pas ; il ne les dira jamais, parce qu'en effet, il n'y en a point. Cette phrase, qui n'a pas de sens, n'est qu'un prétexte à suspendre la situation, pour donner le temps au jeune homme de s'enfuir. Mais est-ce là ce que nous avait promis Sedaine ? H manque à tous ses engagements. Il n'y a guère de faute plus grave en art dramatique, et jamais un écrivain, né pour le théâtre, n'y tombe. Il peut se tromper assurément de bien des façons, jamais de celle-là. 11 voit la scène à faire et il la fait.

Comment Sedaine avait-il pu gâter ainsi une pièce qui est un chef-d'œuvre? Nous savions vaguement que Sedaine, au moment de la faire jouer, avait eu des démêlés avec les cen-

seurs du temps, qui ue la voulaient point laisser passer. Griinm, en sa correspondance (novembre 1765), nous avait mis au courant de ces querelles :

« Je ne connais pas M. Sedaine, dit-il avec son esprit ordinaire ; il est maître maçon et je ne lui donnerais pas ma maison à bâtir, de peur qu'il ne songeât au plan d'une jolie pièce, lorsqu'il faudrait songer au plan de mon appartement. Je ne connais pas sa comédie du Philosophe sans le savoir; mais je sais que cette pièce au moment d'être jouée a été arrêtée par ordre de la police ; et l'auteur n'ayant pu s'arranger avec la censure, il est fort douteux aujourd'hui qu'elle paraisse jamais sur le théâtre. Un duel conseillé par un père a mis toute la police en alarmes,.. »

Un duel conseillé par un père, ces seuls mots indiquent suffisamment que, dans le texte primitif, la faute que nous avons signalée n'existait pas. Le père prenait parti, et comme il était naturel de le penser, il disait à son fils : « Va te battre, » et il s'occupait du soin d'assurer sa fuite après le combat. Car on sait qu'à cette époque les lois sur le duel étaient fort sévères, et c'était chose grave que de les enfreindre.

Mais ce texte, nous ne le connaissions pas. Toutes les éditions qui m'ont passé entre les mains ne nous donnaient que la pièce telle qu'elle fut jouée, après les retranchements demandés par la censure et consentis par l'auteur. M. Perrin a eu la chance de retrouver dans les archives de la Comédie-Française le manuscrit sur lequel on a répété; toutes les corrections s'y trouvent, et l'autorité de ce manuscrit se trouve confirmée par la première édition du Philosophe sans le savoir où Sedaine, après avoir donné le texte approuvé par la censure, n'avait pu se tenir d'ajouter quelques-uns des passages dont la suppression lui avait été le plus sensible.

Parmi ces variantes, quelques-unes sont peu importantes ; celle de la scène dont j'ai parlé est capitale. Vanderck, au lieu de cette phrase énigmatique que la censure lui a mise dans la bouche, disait à son fils de remonter à son appartement, d'attendre qu'il eût écrit les lettres de recommandation pour l'Angleterre, et qu'il eût pris ses précautions pour des relais en cas de fuite.

— Vous aurez des relais, lui disait-il, et puissiez- vous en avoir besoin ?

Il lui recommandait d'entrer dans la chambre de sa mère et de l'embrasser une dernière fois avant de partir. Puis il se ravisait, trouvait qu'il valait mieux ne pas la jeter par avance dans quelque inquiétude. Le fils revenait, et son père lui remettant ses lettres, lui disait :

— Vous n'avez rendez-vous qu'à trois heures. Ne pouvez-vous rester jusque-là ?

— Ah! mon père, imaginez...

— Vous avez raison, mon fils, adieu.

Et c'est alors que le jeune homme s'avançait vers son père et le suppliait de l'embrasser. Mais le père, voulant punir son fils de la faute qu'il avait commise, faisait effort sur lui-même et le repoussait de ses bras.

Voilà la scène telle qu'elle avait été primitivement écrite par l'auteur ; elle est ainsi plus simple et plus grande ; mais ce n'est pas cela encore le point important : elle est logique. Chacun des personnages y dit ce qu'il doit dire, et la situation est poussée jusqu'à son dernier terme. La scène est achevée ; elle demeurait en suspens dans le texte imposé par la censure.

Il est bien probable que Sedaine n'a cédé qu'à contrecœur et après bien des discussions. Un auteur se résigne encore assez aisément à se voir enlever un trait d'esprit, une répartie heureuse, une scène épisodique vivement en-

levée ; mais les trois ou quatre phrases qui sont en quelque sorte le pivot sur lequel tourne la comédie, en vue desquelles elle a été faite, vous pouvez penser quelle douleur ce doit être pour lui de les retrancher, de donner aux connaisseurs son œuvre mutilée et dès lors inintelligible.

Sedaine le sentait si bien que, dans l'édition princeps, il a eu soin de mettre en tête des variantes une préface, que je copie tout entière ; car l'édition est rarissime, et il serait sans doute impossible à aucun de mes lecteurs de se la procurer. J'imagine qu'ils liront avec plaisir cette curiosité :

« De tous les défauts de ma pièce, celui qui n'échappe pas à la plus légère attention, est qu'elle ne remplit pas son titre ; j'ai été le premier à le dire après les changements. Mon Philosophe sans le savoir était un homme d'honneur, qui voit toute la cruauté d'un préjugé terrible et qui y cède en gémissant. C'était sous un autre aspect, Brutus, qui pénétré de ce qu'il doit à sa patrie, étouffe la voix de la raison, le cri de la nature et envoie ses fils à la mort.

« Les considérations les plus sages m'ont forcé de changer la situation et d'affaiblir mon caractère principal; javoue que le titre de philosophe paraissait proposer Vanderck comme un modèle de conduite, et ce prétendu modèle, malheureusement trop près de nos mœurs, était trop loin de nos lois ; mais si cet ouvrage a le bonheur d'être représenté dans les pays étrangers, les considérations nationales n'y subsistant plus, puisque le lieu de la scène n'est plus le même pour eux, je crois que le caractère de mon philosophe, tel qu'il était, aura plus de ressort, et le personnage plus de jeu ; les passages de la fermeté à la tendresse seront marqués avec plus de force et les situations deviendront plus théâtrales.

« C'est cette raison qui m'a fait ajouter à la pièce, telle qu'on la joue, les scènes telles qu'elles étaient avant d'être

changées, et j'ai remis même ce que le public m'a forcé de supprimer, l'or donné après la reconnaissance, l'arrivée des musiciens, etc. Ce n'est pas que le public n'ait bien ou si bien décidé. J'avais diminué la force, le nerf, la vigueur de mon athlète, et je lui laissais le même fardeau à porter ; les proportions étaient ôtées ; je désire que la représentation, en quelque lieu qu'elle se fasse, assure la justesse de ma réflexion. »

Tout ce morceau est écrit, hélas ! d'un style pitoyable, et par un maître maçon ; mais n'importe ! vous voyez par la dernière phrase que Sedaine prévoyait et désirait le jour où l'on restituerait à la représentation son véritable drame. Il est étrange que personne n'y ait pensé, et cette insouciance ne s'explique que par des raisons de routine. Le Philosophe sans le savoir était resté au répertoire courant : je l'ai, pour moi, vu jouer plus d'une fois par Geffroy, qui était excellent dans le rôle principal. On ne s'occupait donc point de remonter à nouveau une comédie, qui n'avait pas besoin d'être rapprise par les acteurs, et qui pouvait, du jour au lendemain, mise sur les affiches, se jouer au pied levé.

C'est ainsi que l'on a, pendant près d'un siècle et demi, représenté le Don Juan de Molière, en se servant de la traduction en vers exécutée par Thomas Corneille. Comme ce texte était familier aux oreilles, personne n'en sentait plus le ridicule ; il fallut qu'on méditât, après une assez longue interruption, une reprise éclatante de l'œuvre, pour qu'on eût l'idée de revenir au texte du maître. C'est ainsi que M. Perrin, faisant du Philosophe sans le savoir une distribution toute nouvelle, s'avise de recourir au manuscrit original de Sedaine.

Nous aurons donc bientôt une représentation qui sera le pendant de celle que Grimm conte si plaisamment dans sa Correspondance. La censure de nos jours n'est pas beaucoup

plus tolérante que celle du temps passé ; mais ce sont les idées sur le duel qui ont beaucoup changé depuis lors, et l'exemple donné par le père du jeune Vanderck ne tire plus à conséquence. Il fallut bien des démarches pour attendrir la police du dix -huitième siècle ; le souvenir delà dernière qui fut faite nous a été conservé par G-rimm ; il pane a une commission qui avait été nommée pour écouter la répétition générale du Philosophe sans le savoir, et en donner son avis :

«r Cette commission, dit-il, était composée de M. de Sartines, lieutenant général de police ; de M. du Lys, lieutenant criminel, et de M. le procureur du roi au Châtelet. Le poète, très sagement, avait prié ces magistrats de vouloir bien mettre leurs femmes de la commission... — Mais elles n'entendent rien à la partie de la législation, a dit M. de Sartines... — N'importe, a dit M. Sedaine, elles jugeront le reste. M. Sedaine a de l'esprit. Sans cette précaution, nous n'aurions peut-être jamais eu la satisfaction de voir sa pièce. Mrae de Sartines est fort aimable ; Mme la lieutenante criminelle a de fort beaux yeux, sans compter un naturel charmant.

« Les beaux yeux de ces dames ont fondu en larmes pendant toute la répétition. La sévérité des magistrats n'a pu tenir contre de beaux yeux en larmes. D'un autre côté, on a obligé le poète à quelques sacrifices désavoués à la vérité par le bon sens et par la raison, mais convenables à l'esprit de pédanterie qui souffle depuis quelque temps... »

L'esprit de pédanterie! vous voyez qu'on n'était déjà pas bien tendre pour la censure en ce temps-là ! Pauvres censeurs ! toujours pris entre l'enclume et le marteau : ou destitués, s'ils laissent passer un mot dangereux, ou bafoués par le public, s'ils le retranchent.

28 août 1876.

La Comédie-Française vient de reprendre le Philosophe sans le savoir, de Sedaine. J'ai conté il y a trois ou quatre semaines, ici même, comment M. Perrin se proposait de restituer le premier texte de Sedaine, celui qui avait été mutilé par la censure. La chose a été faite; mais il est inutile de revenir sur ce point, que je crois avoir suffisamment éclairci.

On ne saurait se dissimuler que la représentation d'hier soir a été froide. Bien des gens ont mis sur le compte de la chaleur, qui était intolérable, cet affaissement du public.

Je suis convaincu que le résultat n'eût pas sensiblement changé, alors même que la température n'eût pas accablé les esprits.

Une longue expérience m'a appris que, depuis longtemps déjà, le Philosophe sans le savoir ne faisait plus d'effet au théâtre. Je l'ai vu assez souvent jouer, depuis une quinzaine d'années que je m'occupe de critique théâtrale : la pièce était au répertoire courant, sous l'administration de M. Thierry. Elle était fort bien montée en ce temps-là, et le rôle de Vanderck père, le principal rôle, était tenu par Geffroy, qui s'y montrait tout à fait supérieur. La pièce était écoutée avec une sympathie respectueuse ; mais il était visible qu'elle ne touchait pas, qu'à aucun endroit le public n'était pris par les entrailles. Peut-être même quelques-uns s'y ennuyaient-ils tout bas.

J'ai interrogé les personnes qui ont pratiqué le théâtre avant moi; elles m'ont toutes répondu que l'impression faite par la pièce de Sedaine avait toujours été médiocre, et la chose leur avait paru d'autant plus singulière qu'il n'y a guère de drame plus touchant à la lecture, que la

composition en est merveilleuse, et que jadis, nous le savons par le témoignage des contemporains, il a fait couler des torrents de larmes.

Il y a là une énigme dont je n'ai pas encore le mot. Le fait en lui-même n'est pas contestable. A la représentation, le Philosophe n'intéresse plus guère et la lecture en est très émouvante. Or, il faut bien reconnaître que ce même Philosophe est une œuvre dramatique excellente, écrite par un homme qui avait l'instinct du théâtre à un degré prodigieux ; que toutes les qualités en sont plutôt scéniques que littéraires, car ce n'est pas par le style que brille Sedaine.

Toutes les raisons que je me suis données (car voilà longtemps que ce petit problème me tracasse) ne sont pas suffisantes à m'expliquer ce mécompte.

Je vois bien que tout l'intérêt du drame est fondé sur un danger qui ne nous paraît plus trop réel aujourd'hui. Nous trouvons tout naturel, à cette heure, qu'un jeune homme qui est militaire et qui a pris querelle dans un café, se batte en duel, et nous jugeons qu'il n'y a pas tant là de quoi s'effaroucher. Il nous est difficile de nous reporter au temps où le duel étant sévèrement puni, tout combat singulier était sérieux et avait des conséquences fort graves, puisque l'un des deux adversaires était blessé grièvement ou peutêtre tué, tandis que l'autre était condamné à un exil qui pouvait être fort long.

Je vois bien encore que nombre de scènes qui ont dû plaire énormément au public du dix-huitième siècle ont perdu pour nous toute leur saveur. Ainsi, l'éloge du commerce, dans la bouche de M. Vanderck père, les grands airs de la marquise, les maximes sur l'égalité que la vertu met entre les hommes ; mais ce sont là des détails qui ne peuvent peser d'un poids bien considérable sur la fortune de l'ensemble.

Non, je soupçonne là quelque motif plus général. Diderot prétendait dans sa poétique, qui était nouvelle en ce temps-là, que les infortunes d'un simple bourgeois nous touchent aussi sensiblement que celles d'un personnage héroïque ; que le style le plus simple, le plus naturel est le plus propre à émouvoir, puisqu'il traduit les douleurs et les joies humaines de la façon dont elles s'expriment dans la vie ordinaire. Sentir comme tout le monde sent, parler comme tout le monde parle, c'était le fond de sa théorie, qu'il a voulu mettre lui-même en pratique. Mais il n'était pas homme de théâtre ; il n'avait pas le don ; et son Père de famille est illisible.

Eh bien ! il s'est trouvé un écrivain qui, sans le savoir, sans aucun parti pris, poussé par son seul instinct et peutêtre aussi sous l'influence de cette atmosphère d'idées ambiantes dont les hommes de génie sont enveloppés comme les autres, a travaillé sur ces données. Il a composé le chefd'œuvre du genre ; un vrai, un immortel chef-d'œuvre. Les douleurs les plus vives et les sentiments les plus nobles y sont exposés tout du long de la pièce, et cette pièce est une merveille de construction dramatique.

Tout cela est très touchant, et nous ne sommes qu'à demi touchés! N'est-ce pas qu'en dépit de Diderot, l'héroïsme aurait besoin d'être relevé par la grandeur des personnages et par la sublimité de l'expression ? N'est-ce pas qu'au théâtre ce ne serait pas assez pour la vérité d'être vraie, simplement, bourgeoisement vraie? Ne faudrait-il pas encore qu'elle fût éclatante et noble?

— Je me suis, dit M. Vanderck, couché hier le plus tranquille, le plus heureux des hommes, et me voilà !...

C'est un mot délicieux. A la lecture, les larmes montent aux yeux. La phrase au théâtre passe inaperçue. Que lui manque- t-il ? Il lui manque le panache. Imaginez tous

les sentiments qui se résument dans ce mot si simple : Et me voilà! développé dans une langue sonore et superbe...

Vous m'interrompez là-dessus : « C'est un négociant, un brave négociant. Il ne saurait parler la langue que vous dites. »

— A la bonne heure! mais pourquoi se mêle-t-il, lui, simple négociant, d'avoir, au théâtre, des douleur/s de héros?

Il faudra que nous revenions ensemble un jour sur cette question.

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