‹ La comédie grecqueChapitre 15 sur 109 · J'admettrais volontiers que ce vers · texte numérisé non relu

J'admettrais volontiers que ce vers

N6o5 ôp^ xàt vooç àxouet, t' aXÀa y.coçà xa\ xuçXà,

a été calqué sur celui-ci de Xénophane :

OuXoç opa, ouXoî Ô£ voeî, ouXoç 61 T'àxoust.

Mais l'explication de Welker, admise par M. Girard, me paraît bien tirée par les cheveux. Épicharme aurait opposé ^insi l'opinion pythagoricienne sur la distinction de l'âme intelligente et du corps au panthéisme éléatique, qui voyait dans toutes les opérations de l'intelligence et des sens la divinité elle-même une et indivisible!! Et le rapport des deux vers quant à la facture mettrait en relief cette opposition!!

2. Si je traduis par le mot latin viatique le terme grec qui signifie

sentences, comme on le voit, n'offrent rien de pareil à ces développements dialectiques, que les modernes ont bénévolement acceptés pour des fragments d'Épicharme, sur la foi de Diogène, s'appuyant lui-même sur l'autorité d'Alkimos, un inconnu. La philosophie ainsi présentée ne jure point avec l'esprit de la comédie, et l'on pourrait en trouver une toute pareille dans les grands comiques anciens ou modernes, sans qu'on fût en droit d'en rien conclure sur leur froideur d'esprit et leur pédantisme.

La question ainsi déblayée, il nous reste à voir ce que pouvait être la comédie d'Épicharme. Nous savons certainement que, concurremment avec Phormis, et sans doute avec plus de génie que Phormis, il fit un art véritable de la comédie, qui n'existait jusqu'alors qu'en germe, à rétat de dispersion, dit Platonius, et j'ajoute à l'état d'enveloppement. A l'état d'enveloppement : car la tragédie et la comédie, le sérieux et le burlesque, comme cela se voit dans le drame satyrique, paraissent avoir fait d'abord un tout confus, d'où Thespis et, s'ils ont existé, Susarion et Anthéas de Rhodes Mes avaient encore mal dégagés. Gomme Thespis mêlait le burlesque à la

provisions de route ou de voyage, c'est que l'Église a consacré ce terme pour désigner le dernier voyage, celui qui mène à l'éteruité, et qu'Épicharme me paraît avoir parlé du môme voyage final.

i. On ne sait vraiment ce qu'a fait pour la comédie ou pour l'art dramatique cet Anthéas, mentionné par Athénée. Ce qui n'empêche pas Collin d'écrire : « Un troisième créateur, après Thespis et Épigène de Sicyone, du drame complexe (tragique et comique à la fois), c'est le compatriote, le contemporain, le parent de Cléobule, un des sept sages, Anthéas de Rhodes, directeur de troupe, acteur et poète trop oublié, quand il s'agit des origines du théâtre grec. Agé déjà et fort riche, il se mit à célébrer sans relâche les fêtes de Bacchus avec des compagnons de plaisir qu'il entretenait. Tous, ils portaient toujours le costume des ministres de Bacchus. Un fait grave, c'est la liberté qu'il s'arrogea de donner des représentations à volonté ; c'est une sorte de sécularisation des spectacles, le plus souvent chez les Grecs inséparables des grandes solennités religieuses. On lui attribue aussi l'invention et l'emploi de

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tragédie, Susarion et Anthéas, empruntant vraisemblablement leurs sujets à la tradition mythologique, qui était toute l'histoire et à peu près toute Texpérience de leur temps, devaient laisser subsister dans leurs essais dramatiques bien des éléments peu compatibles avec l'esprit comique, « ennemi des soupirs et des pleurs ». A l'état de dispersion; car si la comédie était partout, au fond des fêtes religieuses, comme dans les colloques plus ou moins spirituels et plaisants qui étaient venus s'y mêler, elle ne consistait que dans une série de scènes décousues sans rapport les unes avec les autres, comme sans but déterminé. Au lieu de se disperser ainsi à l'aventure, les différentes scènes, grâce aux innovations de Phormis et d'Épicharme, apprirent à se lier vraiment les unes aux autres, à se subordonner plus étroitement à un sujet, à développer une action. C'est ce qu'Aristote paraît vouloir dire, lorsqu'il écrit que « Phormis et Épicharme introduisirent la fable comique, et qu'ainsi cette partie de l'art est d'origine sicilienne ». Cette explication n'offre, ce semble, aucune difficulté; mais elle n'est pas assez savante, à ce qu'il paraît.

Grysar est venu, qui, au lieu de prendre les mots « comédie dispersée, x(0[i.w8ia 0 ispp t. jjljjlsvti )),dans leur sens large et tout littéraire, les a pris dans un sens précis, étroit et tout matériel, que la vue de certains vases peints de Sicile et d'Italie lui a suggéré. En voyant représentées par ces peintures l'estrade de Bacchus où l'on montait par une échelle, et des petites scènes comiques, comme Jupiter entrant chez Alcmène, Hercule combat-

vers rythmiques familiers, voisins de la prose, et la composition de poèmes divertissants qu'il jouait avec ses amis. » {Clef de la Comédie grecque^ p. 159.)

tant contre les Pygmées, et autres senriblables, il s'est imaginé que ces scènes étaient originairement des comédies, et par conséquent que ces comédies avaient de petites fables ([j.ixpol p-OBoi) et une action imparfaite ; que plusieurs de ces comédies ne représentaient chacune qu'un moment ou une partie d'une action légendaire plus étendue et plus complète; que c'était là ce que Platonius appelle la comédie dispersée, et qu'il suffisait de la réunir pour faire un tout véritable, une action conforme aux règles de l'art. Ainsi (et c'est l'exemple même qu'il cite de ces peintures et ces sculptures), l'enchaînement de Junon par Vulcain, sur un commandement de Jupiter, représenté par un artiste de la Sicile ou de la grande Grèce, formerait une de ces courtes et maigres fables mentionnées par Aristote; le tumulte et la querelle qui s'élevèrent dans l'Olympe à l'occasion de cet acte de sévérité et qui furent suivis de la retraite boudeuse d'Héphaistos, en formeraient une autre; le retour d'Héphaistos, ramené dans l'Olympe par Dionysos, qui l'a enivré et juché sur un âne, en formerait une troisième; et chacun de ces moments de la légende aurait été le sujet de quelqu'une de ces comédies imparfaites antérieures à Épicharme. Voilà, selon Grysar, la KwiJKoSia oi£pp(.|jLjjL£vyi. Épicharme vint, qui réunit en une seule les petites fables représentant les différents moments d'une même légende, et qui, pour nous en tenir à l'exemple choisi par Grysar, composa la fable de ses Komastes des trois fables suivantes : 1° l'enchaînement de Junon; 2** le tumulte qui s'éleva dans l'Olympe à ce sujet, et qui força Vulcain de s'exiler à Lemnos; 3° le retour burlesque de ce dieu et sa réconciliation avec les autres Olympiens. Son œuvre serait donc, dans cette hypothèse, d'avoir réuni

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en une fable unique plusieurs fables partielles se rapportant au même sujet, mais jusqu'alors éparses; d'avoir composé une seule comédie, ayant une juste étendue, de plusieurs comédies, roulant sur une action incomplète en elle-même, et se renfermant par conséquent dans des limites et dimensions trop étroites. C'est ce qui a fait dire à Platonius que ce poète « le premier rassembla (fit un corps de) la comédie jusqu'alors dispersée en y mettant beaucoup d'art * ».

Cette explication très savante me paraît, je l'avoue, malgré tout son appareil d'érudition, aussi peu fondée que peu nécessaire. Admettons que les mots [aixooI ijl'jQo», s'appliquent dans Aristote aussi bien à la comédie qu'à la tragédie, ce qui n'est pas : car Aristote semble dire quMl n'y avait pas de fable dans les premiers essais de comédie. Admettons de plus (car je n'aime point à pressurer les mots, comme le fait Grysar pour l'expression 8i.£pp'.iJijjL£V7) xwjjitooLa; c'est le plus sûr moyen de ne pas entendre un texte); admettons, dis-je, qu'on ne doit pas prendre trop à la lettre les paroles de la Poétique sur Torigine de la comédie, et qu'en dépit de la proposition TwpwTo; sla-r.vr^TaTo jjlGOov, il y avait un embryon de fable, et par conséquent un commencement d'action, dans les œuvres éphémères et à demi improvisées des poètes des deuxMégare : s'ensuit-il que le meilleur moyen et le plus naturel de constituer l'action et la fable fût de mettre bout à bout plusieurs fables et plusieurs actions imparfaites, et que rassembler la comédie dispersée consistât simplement à rassembler les membres d'une même fable épars dans des œuvres différentes? Autant vaudrait dire,

1. Ouxo; TipcûToç TTjv x(0[jL(o6'!av 6ifppi[j.[j.£v/)v àvaxTrjaaTO 7ioX).à upoa^tXoTî;^-

selon moi, que les tragédies dites implexes sont résultées de l'addition de plusieurs tragédies simples sur un même sujet. La constitution de la fable dut résulter du développement interne et d'une conception particulière de la comédie, non d'une simple juxtaposition. Car les mêmes» données premières peuvent donner lieu ou à une fable écourtée qui existe à peine, ou à une fable d'une juste étendue, qui se soutient dans toutes ses parties, selon que l'on s'abandonne aux saillies capricieuses de la plaisanterie et de l'imagination, ou qu'on les contient et qu'on les règle en vue d'une fin déterminée, qui ne peut être autre dans la comédie que le développement d'une action ridicule. Supposons que les pièces antérieures à Épicharme et à Phormis fussent des espèces de saturœ ou de potspourris, dans lesquels il y avait, il est vrai, une fable embryonnaire et un commencement d'action, mais qui étaient surtout remplis par un flux de bons mots et de lazzis et par des chants lyriques plus ou moins appropriés soit à la fête de Bacchus, soit au sujet de la pièce. Les plaisanteries pleuvaient désordonnées, capricieuses; les chants venaient les couper ou les redoubler, et pendant ce temps la fable se développait, l'action marchait comme elle pouvait. Que firent Épicharme et Phormis? Ils s'attachèrent particulièrement à ce qui n'était qu'un accident dans ce déchaînement de la gaieté sollicitée par la licence de la fête ou de l'orgie, à ce que leurs devanciers ne traitaient que comme un accessoire, tandis qu'il était la chose principale et sans laquelle tout le reste n'est que vaine mascarade et qu'esprit perdu. Ils donnèrent une attention toute nouvelle et toute spéciale à la fable, fondement de l'action comique : c'est ce qui fait dire à Aristote que Phormis et Épicharme, surtout ce dernier, intro^

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duisirent la fable dans la comédie. Dès lors racfîon ne marcha plus à Taventure; les scènes, au lieu de se succéder fortuitement, s'enchaînèrent; le décousu et le caprice cessèrent; et tout tendit à une môme fin. C'est ce qui fait dire à Platonius qu'Épicharme fit un tout artistique de la comédie auparavant dispersée. Il n'y a pas plus de finesse à chercher dans son texte. Mais qu'était-ce que cette innovation? C'était la création même de la comédie, qui jusqu'alors s'était inutilement cherchée.

Voyons maintenant de quelle nature était cette fable. Ressemblait-elle à celle des comédies d'Aristophane ou à celle des comédies d'Antiphane et d'Alexis, ou à celle des comédies de Philémon et de Ménandre? Aristote nous indique indirectement la solution de cette question. Immédiatement après les mots : « Épicharme introduisit la fable dans la comédie ; cette partie est donc d'origine sicilienne », il ajoute : « à Athènes, Cratès fut le premier qui renonça à la satire personnelle pour traiter des fables ou des sujets généraux ([jl'jBou; tj xa^oXo-j Aôyou;) i ». Tous les critiques modernes infèrent de ce texte que Cratès ne fit en cela que suivre les comiques syracusains, et je crois inutile de raffiner ici avec Grysar et de distinguer les Mythi et les Catholici logi. Soit qu'Aristote emploie ces

1. La particule rj est-elle disjonctivc ou explicative? et faut-il traduire : « traita des sujets fabuleux ou des sujets généraux », en séparant les uns des autres, ou bien : « traita des fables ou sujets généraux », en expliquant et déterminant le mot fable par le mot sujoÀs r/énéraux? Dans le premier cas, les (xOôot désigneraient les sujets empruntés par Épicharme ou par Cratès à la tradition mythologique, et les xa66Xou Xôyo'., les sujets imaginés par le poète et qui avaient une portée générale. Dans le second cas, les îxOôot seraient les histoires fictives sur lesquelles repose la comédie, que ces histoires soient traditionnelles ou non, et elles auraient pour caractère d'avoir une signification générale, d'être des xa6ôXou Xoyot. Crysar est pour le premier sens; j'incline pour le second sans rien décider. Toutefois je dois dire que l'interprétation •stricte de ces quatre mots d'Aristote est indiiïérente à mes conclusions.

deux termes comme synonymes, le second expliquant le premier, soit que les fables signifient une chose et les sujets généraux une autre, cela n'a aucun intérêt pour l'objet de nos recherches. Car dans un cas comme dans l'autre, ce qui domine c'est que la comédie de Gratès, et par conséquent celle d'Épicharme s'éloigna du genre iambique ou arkhilokhien, et se désintéressa des passions et des événements du moment.

Il est trop évident d'ailleurs, vu les rapports de Phormis et d'Épicharme avec Gélon et Hiéron, que la comédie siciliote ne put être ni personnelle ni politique; la sûreté et l'autorité des tyrans ou chefs populaires ne s'accommodaient guère de la licence du théâtre. Non que les grands événements contemporains n'aient été touchés quelquefois, peut-être même peints en détail dans les pièces d'Épicharme. On peut en effet prouver le rapport de quelques-unes avec l'histoire contemporaine, par exemple des Harpagai ou Rapines avec les troubles qui agitèrent la Sicile de 496 à 488. Mais la comédie d'Épicharme ne prenait point parti, comme celle d'Aristophane, dans la mêlée des factions et des tendances politiques ; elle ne se donnait pas la tâche de démontrer sensiblement que telle espèce, ou telle nuance de gouvernement était bonne et heureuse pour l'État, telle autre mauvaise et funeste ; et loin de s'arroger le droit de railler et de vilipender sur la scène des personnes vivantes avec leur masque, elle se gardait même d'insulter leurs noms. On peut prouver, par exemple, qu'Épicharme se moquait des grands mots d'Eschyle, son confrère à la cour de Hiéron, ou de son affectation pour certaines locutions extraordinaires; il parodia peut-être quelques pièces ou du moins quelques scènes du grand tragique ; il ne le

prit jamais à partie comme un ennemi; il s'abstint même de le nommer \ La muse d'Épicharme eut donc une tendance générale, riant des travers qui se retrouvent partout aux différents degrés de la vie sociale. Jusqu'ici Gollin et du Méril, que je suis en grande partie, s'accordent entre eux et avec 01. Miiller et Bernhardy. Mais ils se séparent bientôt. Selon Gollin, Épicharme inventa non seulement la comédie purement grecque, mais encore la comédie de mœurs ou la comédie humaine par excellence, dont l'essence est de railler agréablement et innocemment les vices et les travers des hommes, sans jamais attaquer personne en particulier. Il aurait donc devancé non seulement Cratès, non seulement Antiphane, mais Ménandre, de tout point. Car, outre que sa comédie se serait principalement attachée à peindre les mœurs et les caractères, elle se serait encore passée (chose qui me paraît incroyable) du chœur, cette œuvre de fantaisie si favorable à la satire personnelle. Au contraire, aux yeux de du Méril, Épicharme ne serait qu'un esprit froid et observateur, qu'un pédant philosophant à contre-temps dans des comédies toutes pédagogiques. Au lieu de cette belle et fière liberté, réglée uniquement par la raison et par l'amour du vrai, que lui prête Gollin, du Méril veut qu'il ait été arrêté dans son essor et par la froideur de son esprit philosophique, et par les habitudes de discipline et d'aristocratie routinière des Dorions, et par la peur de déplaire aux maîtres de Syracuse. « Le jour, dit-il, où il ne lui fut

1. Si Épicharme se moqua d'IIéraclitc dans une pièce qui avait son nom pour titre, ce qui n'est rien moins que certain, s'il maltraita Xéuophane, comme le donne à croire un mot d'ailleurs assez obscur de la Métaphysique, il faut remarquer que ni Xénopliane ni Heraclite n'étaient des citoyens de Syracuse. Ces personnalités n'infirmeraient donc en rien mon affirmation. ^

plus permis d'être libre et insolente à son aise, la comédie bachique était impossible... Elle dut modifier son ton et ses allures... De personnelle et acariâtre qu'elle était, elle se fit générale et sermonneuse, attaqua le vice avec acharnement et ménagea le plus possible les vicieux. La scène ne fut plus sur des planches à Mégare ^ ou à Syracuse, et ne reproduisit plus comme dans une glace grossissante les sottises qui se donnaient en spectacle dans les rues. Elle fut transportée sur un théâtre fictif, loin de la ville, souvent plusieurs siècles en arrière; et pour ménager plus complètement les susceptibilités chatouilleuses des autorités constituées, on y représentait de préférence des héros et des dieux. » Mais où pouvait se trouver le comique, dans des drames ainsi conçus? « La parade, continue du Méril, occupait une place considérable dans le théâtre dorien; les personnages de la plus haute condition y affectaient des sentiments grossiers, des mœurs brutales et cyniques; ils recherchaient les termes malsonnants qui n'appartiennent qu'à la canaille, et donnaient à la prose plate et bête le sublime systématique et les élégances prétentieuses d'une poésie élevée... Le burlesque, tel était l'élément principal, le caractère distinctif de la comédie d'Épicharme. »

Que tel eût été le caractère de la comédie dorienne en général, s'il en avait existé une, je ne saurais le nier ni Taffirmer : en histoire, on raisonne sur des faits constatés, non sur des possibilités. Mais il n'y eut point de comédie dorienne à proprement parler; il n'y eut que la comédie mégariqueet la comédie sicilienne, aussi différentes l'une

1. 11 faudrait dire de quelle Mégare on veut parler. Ce qui est vrai de la Mégare de Sicile est l'antipode de la vérité pour la Mégare de Grèce.

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de l'autre que les circonstances clans lesquelles elles se sont développées. L'une ne paraît avoir été qu'une longue saturnale, souvent cruelle et impitoyable dans ses jeux et ses plaisanteries d'esclaves émancipés : à peine peut-on la ranger dans le domaine de Fart, quoiqu'elle doive être considérée comme le point de départ de toute la comédie grecque. L'autre, correcte et modérée, quoique non sans verve, est une œuvre complète en son genre, et si elle n'évitait pas les trivialités et les dictons populaires, on peut affirmer hardiment qu'elle fut étrangère aux violences et aux allures licencieuses de la comédie mégarique. Aussi du Méril, qui parle de mœurs brutales et cyniques, est-il obligé et a-t-il la bonne foi de convenir qu'on ne rencontre pas un seul fragment d^Épicharme obscène et positivement licencieux ^ Le savant historien, dans tout ce qu'il a écrit sur la comédie sicilienne et sur son principal représentant, procède beaucoup trop à la façon de ceux qui font la philosophie de l'histoire. Se faisant tout d'abord une idée générale, peut-être vraie, peut-être fausse, du génie dorien, il en tire intrépidement les conséquences, comme si les Doriens de la Sicile étaient semblables à ceux de Sparte, lorsqu'il y avait déjà des différences si sensibles entre les populations doriennes de la Grèce proprement dite.

Pour moi, je pencherais volontiers du côté de Gollin, quoique avec de grandes réserves; car il m'est impossible de ne pas tenir compte de la réputation de ce poète dans l'antiquité. Platon, qui devait s'y connaître en fait d'art

1. Le seul mot, à ma connaissance, qui rappelle les fonctions génératrices si souvent et si brutalement nommées par l'ancienne comédie attique, est le terme ayxupa, ancre, pris métaphoriquement pour désigner les pudenda de l'homme.

et d'esprit, Platon, qui lisait Épicharme même, tandis que nous n'en possédons que des fragments conservés au hasard, et qui le lisait à côté des comédies d'Aristophane, écrit dans le Théétète : « Parmi les poètes, les deux qui occupent le sommet de la poésie sérieuse et celui de la poésie plaisante sont : Épicharme, le prince de la comédie, et Homère, le prince de la tragédie*. » Un pareil rapprochement est bien significatif, ce semble, dans la bouche d'un Grec, lors même que nous ne saurions point d'ailleurs qu'Épicharme brillait par l'art et par l'invention ^ Loin d'être un lourd pédant sermonneur, comme le veut du Méril, Épicharme semblait à Gicéron, autre connaisseur, un homme fin et plein de sel (acutus, nec insulsus). Et, de plus, il devait avoir beaucoup de verve, de mouvement et d'entrain, comme l'indique l'expression d'Horace : properare. l\ est vrai qu'elle ne semble à du Méril désigner que la négligence d'une composition hâtive. Mais le savant historien fait ici un contre-sens pour le' besoin de sa cause ^ Horace ne peut marquer par le vf\oi properare qu'une qualité et non un défaut, ou bien il manque de logique et ne sait pas écrire. H suffit pour s'en convaincre de remettre à sa place le vers où l'auteur de VÉpitre aux Pisom emploie cette expression : « Toutes les fois, dit-il, qu'on dispute sur le rang (et le mérite relatif) de nos poètes, Pacuvius emporte la réputation de docte vieillard, Accius de vieillard plein d'élévation; on dit que la toge d'Afranius n'aurait pas été mes-

1. Ka\ T('j)v uof/jTibv 01 axpot tyj; TroiTiTcw; Éxa-cspa;, xto;j.(o8ta; [xàv 'ETri^apjxo?, Tpaywôiaç ô' "Ofxrjpo;.

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