SCENE VII
Les précédents et les derniers nommes.
LuoIFrR.
Bien-aimé Carreau, je t’attendais avec impatience. Les dernières nouvelles que j'ai reçues de toi m'apprenaient tes succès et aussi tes craintes.
J'ai voulu te recevoir au sein même de mon conseil. Parle donc ouvertement; dis nous tes craintes et tes espérances afin que nous puissions délibérer ensuite sagement et procéder avec ordre.
CARREAU
Iilustre monarque, je parlerai ouvertement puisque c’est ton bon plaisir, mais les choses que j'ai à dire sont graves, la moindre indiserétion peut tout perdre.
LucIFER.
Sois sans inquiétude : cette salle est entourée par les légions de Cercueil, chef des démons sourds-muets, et tous ceux que tu vois ici sont des princes éprouvés.
CARREAU
Je parlerai done avec confiance. Illustre monarque, j'ai suivi à la lettre tes derniers conseils.
J'ai négligé un peu l’impiété pour m'occuper plus spécialement d'erreurs aux 2pparences catholiques. J'ai profité de la question brûlante de la division des paroisses de Montréal ; un livre, le Code des Curés par le Juge Beaudry, a paru proclamant des doctrines perverses, mais possédant un certain mirage eatholique.
LucIFER.
Le fond de ce livre ?
CARREAU
L'auteur, tout en protestant de son dévouement à l'Eglise et de son respect pour l’autorité ecclésiastique, tout en affr-
mont qu'il ne ni de la subo
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Ecoutez, at
L'auteur, t sacre son ter sées,
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Il établit er à l’Evèque de paroisse quel attendre pour même le sal que les canon:
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Vive le Cod
Deuxièment les biens cons:
par exemple l'Eglise Catho
Vive l’auteu
Troisièment
mont qu'il ne veut pas la séparation de l'Eglise et de l'Etat ni de la subordination de l'Eglise à l'Etat............,.,..
PLusreurs DEmons.
Pourquoi faire affirmer de telles doctrines ? LuoirER.
Ecoutez, attendez la fin avant de blâmer.
CARREAU
L'auteur, tout en affirmant ces doctrines catholiques, consacre son temps, sa plume à en établir d’entièrement opposées,.
LucirER.
Je le savais bien.
CARREAU
Il établit on premier lieu: qu'il n’est pas libre en Canada à l’Evêque de prencre l'initiative dans la formation d’une paroisse quelconque, ni canonique, ni civile; qu'il faut attendre pour cela la fequète de la majorité du peuple, quand même le salut de toute une ville l’exigerait évidemment, que les canons de l'Eglise seraient formels et la conscience du pasteur engagée.
Tous EN CHŒUR.
Vive le Code des Curés !
CARREAU
Deuxièment: Qu'un Evèque n’est pas libre de dire que les biens consacrés à Dieu et sortis de la masse commune, par exemple les biens des Fabriques, sont la propriété de l'Eglise Catholique.
Tous EN CHŒUR.
Vive l’auteur du Code des Curés ! !
CARREAU
Troisièment: Que l'Eglise n’est pas libre de faire ce que
30 LA COMED:E INFERNALE.
le droit public de ce pays entend par un baptème, un mariage où une sépulture religieuse, attendu que, pour remplir les fonctions sacrées du ministère eurial, il faut que le prètre y soit autorisé par le gouvernement civil.
Tous D'UNE VOIX INFERNALE.
Hourra! Bravo! Vivent Carrear et son fameux juge!!! Comment ce livre a-t-il été reçu?
D'abord, la réputation de probité et d'honnêteté de l'auteur a rangé un certain nombre de son cote.
LucirzRr.
Jete félicite, Carreau, d’avoir choisi un homme respecté et respectable pour énoncer de tels principes ; c'est une admirable ruse: la réputation de l'autour couvre alors le danger de l’œuvre.
CARREAU
Toutefois, un journal, “Le Nouveau-Monde,” à jeté le cri d'alarme; il a, tout en reconnaissant le mérite de l'auteur, prouvé que l’œuvre renfermait, a côté de certaines bonnes doctrines, pluseurs principes faux et erronnés.
Luctrer.
Et tu as fait contredire ce journal ?
CARREAU
Oui, j'ai commencé. Depuis longtemps j'ai fait compromettre certains hommes politiques, en les associant aux Curés perpétuels contre l'Evèque, les journaux, organes de ces hommes, sont engagés aussi; et puis, je tâche ces joursci d’avoir des correspondants pour réfuter ie Nouveau-Monde, en opposant des sophismes à ses raisonnements el à ses principes.
Cr'ois-tu
J'ai déjà perpétuels, ge. Seulun suffire seul :
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Je dois e abandonner béralisme ca cile du Vati Canada conti
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Avant la p de Dupanlou] tés en Canads
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La Revue C panloup, sur l’
Et depuis le
Ces mêmes réserve, à l’éga
LA COMEDIE (NFERNALE, Lucirenr.
Crois-tu en avoir ?
CARREAU
J'ai déjà presque décidé un prêtre de la société des Curés
perpétuels, et un certain laïque, homme pieux, mais préju-
gé. Seulument, il me faut de l'aide; je sens que je ne puis
suflire seul à la tâche.
LuUCIFER.
Tu en auras.
CARREAU
Je dois encore avouer qu’il vaudrait peut-être mieux abandonner l'affaire des paroisses, le gallicanisme, et le libéralisme catholique; car, depuis ies grands débats du Concile du Vatican, je remarque qu'on se met en garde ou Canada contre ces doctrines.
Lucirer.
Explique-toi.
CARREAU
Avant la polémique sur l’infaillibilité, les écrits libéraux de Dupunloup, de Montalembert et des autres, étaient vantés en Canada.
La Minerve, le Journal de Québec, l'Echo du Cabinet de Lecture, par exemple, ont publié, en les louant, les discours prononcés aux différents congrés de Malines par ces libé- ‘aux catholiques.
La Revue Canadienne elle-même a vanté le livre de Dupanloup, sur l’Encyclique du 8 Décembre.
LucIFER.
Et depuis le Concile ?
Ces mêmes journaux, n’ont plus usé quesd’une extrème ) réserve, à l'égard de ces illustres écrivains.
LucIFER, Israël fut
Ces mèmes journeaux, sont-ils pour l’ultramontanisme ? fait ou prép
Kome fut
CARREAU. cle du bien,
Le Journal de Québec, non: mais la Minerve, oui ! La Francs
a été le bras
Luorrer. Le Canad:
de sa vie l’at C’est sur !.
l'enfer doit ce
Y at-il de ces journaux qui ont, même depuis le Concile et tout en admirant l’utramontanisme écrit sur la question des rapports de l'Eglise et de l'Etat, dans le sens du livre du fameux juge ?
CARREAU
Bravo! Br:
Oui, plusieurs.
Lucrrer.
; | Ft To i Dans ce cas, il ne faut pas désespérer. Vois-tu, le libéra- utefois c«
ÿ | A . No lisme est la grande erreur du temps: erreur subtile, s’il en a $ ressou: SAR : | octr ; fut jamais et qui s’enfiltre facilement partout, sans qu’on le “LT TDeS GFOP rien.
sache. APE C'ARREAU. rFAPSHENC Ce qui est sûr, c’est que le gallicanisme, qui est la bâse du libéralisme catholique, a penetré en Canada avec la loi fran- D'autant pl çaise, et qu'il a aussi, dans l’éducation des légistes, des ressources admirables.
LuciFer. Et puis ce q dise que ce pe politiques qui, ne laissent poi] De plus, es favorables pour repose au fond et les Oprosants
En tous cas, nous allons délibérer.
Le Canada est un pays profondément religieux. | Tu as vu par toi-même, et Belzebuth, qui vient @e visiter 1 à ton insu ce pays, a reconnu, comme toi, que l’impiété prononcée ne pourrait pas grand chose contre les consciences religieuses des Canadiens. Cependant, et c'est à vous tous, princes et conseillers de mon sombre empire, que je m'’a- qu’en subiu dresse ; le Canada. il n’est pas permis d'en douter, est un Dans NE pays élu et choisi par la Providence. | Li politique Le Vous savez de quelle importance est dans l’économie de la F1 plus A % ie
ser : ’L: tu T4 : ; rs.
Providence et de l’histoire l'élection d’un peuple. côté:
Israël fut élu et, malgré ses fautes et ses malheurs, il a fait ou préparé le salut d'une multitude de nations.
Kome fut élue e5 elle a été pendant des siècles le tabernacle du bien, en étant le siége de la Papauté.
La France fut élue, et depuis Tolbiac jusqu’à Sédan, elle a été le bras droit de l'Eglise.
Le Canada fut élu ; toute son histoire, toutes les pre de sa vie l’attestent,.
C’est sur 10 Canada que le ciei se repose : c’est sur lui que l'enfer doit concentrer toutes ses forces.
Tous.
Bravo! Bravo! Bravissimo !
LuCIFER.
Toutefois ce peuple n’est pas un peuple ordinaire.
Nos ressources habituelles, les hérésies, les schismes, les doctrines trop ostensiblement anti-catholiques n’ÿ pourront rien.
L'expérience d’ailleurs est là pour le démontrer.
BELrAL.
D'autant plus que ces armes ont ‘ait leur temps. LucIFER.
Et puis ce que nous rapporte Carreau prouve quoiqu'il en dise que ce peuple serait disposé à donner dans les doctrines politiques qui, tout en protestant de leur respect à l'Eglise, ne laissent point de vouloir la soumettre à l'Etat.
De plus, est-ce que les circonstances ne paraissent pas favorables pour cela ? Cette affaire des paroisses de Montréal repose au fond sur la liberté de l'Eglise, sur sa suprématie, et les opposants, prêtres et séculiers, ne peuvent triompher qu’en subjuguant l'Eglise.
1 Dans tous les cas, c’est à la politique qu’il en faut venir.
| La politique est profondément viciée, même chez les peupies
les plus chrétiens, elle est fausse et erronnée par plus d’un côté.
Et quand la politique a cessé d’être catholique, les peuples ne tardent pas à suivre son impulsion.
BeLzEBUTH.
Est-ce que sans une politique erronnée, nous serions jamais parvenus à triompher en Europe ?
LuctrFer.
Aussi, devons-nous commencer, en Canada, par fourvoyer la politique: cela fait, le reste sera facile.
Mais quel système erronné choisir ?
Là est toute la question. Et c’est pour m'aider à la résoudre, que j'ai voulu vous réunir tous.
J'invite chacun de vous à exprimer ses sentiments et à
faire part de ses lumières sur un aussi grave sujet. Dixi. Tous.
Vive Lucifer !