‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 12 sur 181 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les mêmes, (le vieux Baal monte à la tribune, des tonnerres d'applaudissements l'accueillent, l'excitation est à son comble)

j BAAL.

Je le vois, l'enfer est resté fidèle à ses vieux chefs.

Eh bien! si mes forces ne manquent pas à l’élan de mon esprit, je veux vous prouver que les vieux, eux aussi, sont demeurés attachés à l'enfer. (Applaudissements frénétiques.)

Les vieux chefs sont demeurés fidèles à l'enfer, savezvous pourquoi? Parceque le monde s’use, et s’en va; es crises terribles qui le secouent si violemment de nos jours annoncent sa dernière agonie : encore quelque temps, et tout sera fini; l'ennemi viendra faire sa moisson, il prendra le

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bon grain, et nous abandonnera le reste; puis sur nous, pour toujours, l’abime se refermera; plus de combats, plus de luttes, plus de triomphes possibles; mais la rage et la haine désormais impuissantes.

Seul, le souvenir du mal opéré, des âmes perdues, sera alors notre consolation.

Comprenez-vous maintenant pourquoi ceux qui ont vieilli, et qui ne peuvent plus guerroyer comme autrefois, s’at-

tachent à ceux qui sont encore capables des grandes fatigues et des rudes combats ?

Comprenez-vous l'intérêt que les veillards portent aux luttes qui doivent être les dernières? Ah! je le confesse, quand j'entrevois la fin des temps, et derrière l'éternité, il me semble qu'un sang généreux circule dans mes veines ; parfois je voudrais m’élancer comme autrefois pour ravir à l'Eternel des peuples entiers; mais si le fardeau des ans me rappelle la triste vérité, je bénis ces jeunes et vigoureuses phalanges qui combattent pour les invalides.

Tous.

Hourra! Hourra !

Baaz.

Et puisqu'il s’agit de dresser un plan d'attaque pour ruiner ’Eglise chez un peuple élu et profondément religieux, avec T'ucifer, qui est la sagesse, je airai : laissez de côté les armes « schisme et de l’hérésie qui ne peuvent plus rien, car eiles ont fait leur temps et leurs efforts. Bornez-vous à empêcher que l’autorité de l'Eglise soit acceptée dans la société politique; proclamez que les rois, les pouvoirs, les législations, les lois sont indépendantes de l'Eglise, que la famille, le mariage, l'éducation sont des institutions purement civiles et qu'ainsi l'Eglise n’a aucun contrôle sur elles ; par là vous priverez l'Etat des lumières divines, des forces secourables dont il a besoin pour marcher dans les droits sentiers.

Séparer l'Eglise de l'Etat, c’est saper dans sa bâse l’œuvre du salut, car c’est retirer aux nations et aux gouvernants les grâces d'Etat dont ils ont besoin pour se sauver.

Tous.

Très bien.

BaAAL.

Mais j'aperçois ici Belzebuth, Belial et Axaphat qui sont tous trois pères d'erreurs politiques admirables, je crois prudent de leur laisser la parole.

L'exposition de ces trois systèmes nous aidera considérablement dans le choix des moyens à employer pour amener la perte du Canada,

(Il descend au milieu des applaudissements.)

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