‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 119 sur 181 · IDEUX POUVOIRS, LE DROIT CIVIL PRÉVAUT · texte numérisé non relu

IDEUX POUVOIRS, LE DROIT CIVIL PRÉVAUT

L'autorité pesait à Caïn, insensément il 8e flattait d’en secouer le joug et voilà ce qui le détermina à la révolte. — L'autorité épiscopale pèse aux Sulpiciens, ils veulent s'en affranchir à tout prix et leur insubordination n’a qu’un but, celui de jouir des privilèges absürdes que voici :

‘1, Que sans l'intervention de l’Evêque, le Supérieur ‘“ du Séminaire puisse permettre aux Sulpiciens de pré ‘ cher, d'entendre les confessions, d'absoudre les cas « réservés ;

« 2, Que sans l'intervention de l’Evêque, et avec la “ permission de leur Supérieur, les Sulpiciens puissent « sortir de leur diocèse ;

#3, Que sans l'intervention de l’Evêque, le Supérieur “ nomme qu'il veut pour ia desserte du Lac des Deux- « Montagnes ;

“4, Que sans l'intervention ni la sarction de l'Evêque, ‘“ les confesseurs, les chapelains et les Supérieurs prêtres “ des communautés de femmes soient nommés par le Su- ‘“ périeur du Séminaire ;

5. ‘ Que sans l'intervention de l’Evêque, le Supérieur «“ du Séminaire puisss nommer ses prêtres pour la desserte “ des succursales ;

60. “ Que sans le consentement de l'Évêque, le Sémi- « naire reçoive dans son sein les prêtres du diocèse ;

To. Que sans le consentement de l’Evêque les Sulpi- “ciens puissent ouvrir aux étrangers une école de theo- “Jngie et ce dans le diocèse ;

8. “ Que sans le consentement du Séminaire, l’Fvêque “ ne puisse ériger de nouvelles églises dans sa ville épis- ‘“ copale ;

9. “ Que sans le consentement du Séminaire, l’Evêque “ne puisse établir de nouvelles communautés dans «1 « ville épiscopale. (1) ”

Caïn murmurait contre l'autorité et l’injuriait.—Les Sulpiciens, Très-Saint Père, murmurent contre leur Evé que et l’injurient. Plusieurs d'entre eux parlent de Mon:

(1) Extrait d’un mémtoire des Sulpiciens, présenté À la Suerée Congrégr tion, en février, 1865.

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seigneur de Montréal comme d’un TYRAN, d'un EN- TÊTÉ, d’un VOLEUR!

Jaïn était jaloux ; il ne voulait pas que son frère Abel offrit des dons au Seigneur.—Les Sulpiciens font un crime à l'Evêque d'avoir permis aux Pères Jésuites et au Pères Oblats de Marie Immaculée d'élever des autels à Montréal et d’y offrir les plus purs dons du dévouement et de la soumission gpostolique.

Pour perpétrer son crime, Caïn a recours au mensonge, à un faux prétexte. —Pour couronner leur insurboidination les Sulpiciens font de même. En 1865 ils promirent de se soumettre au Décret Apostolique, ils ont trouvé depuis des expédients pour le combattre, comme le prouvent leurs assertions touchant l’Ætat des esprits à Montréal, la dette de la Fabrique, la disposition des lois, l'intention de l'évêque de les dépouiller ; leur bonne volonté à l'égard des paroisses civéles qu'ils combattent aujourd'hui au point d'engager la Fabrique de Montréal à porter la cause devant les TRIBU- NAUX CIVILS.

Quand Caïn eut parfait son crime, il repondit à Dieu qu'il était innocent de la mort d’Abel.—Après les scandales de leur lutte contre l'autorité diocésaine, les Sulpiciens se déclarent innocents: ils s’abritent derrière le droit d'Appel à Rome.

Mais l’excuse de Caïn n’empêcha pas l’Anathème divin. —Malgré les appels des Sulpiciens, Votre Sainteté, n’a pas craint, le 24 Septembre, 1867, de leur faire ce terrible reproche: “ Posuit Episcopos et non Sulpicianos regere KW Woclesiam Dei... Les Sulpiciens sont orgueilleux, “ voilà pourquoi ils ne veulent pas se soumettre à leur véné- “ rable évêque.”

Et comme il est prouvé que les Sulpiciens n’en appellent à Rome qu’afin de se soustraire à l’ordinaire, les Paroles que Votre Sainteté adressait, à l’époque du Concile du Vatican, aux Arméniens, ne retombent-elles pas de tout leur poids sur ces pauvres Prêtres de St. Sulpice: “ J7 ne «faut jamais fairè appel à l'autorité des Papes pour dimi- “ nuer ou amoïindrir celle des Evêques. C'ar si le droit d'en- ‘appeler au Pontife Romain est sacré parce qu'il a lepou-

“ voir divin de délier tout ce qui est lié par quelque juge ( qne ce soit, droit qui a été scrupuleusemert conservé dans “ tous les siècles, cependant le Pape ne souffrira jamais ‘qu'on l'allèque pour “ouvrir la désobéissance aux Hvêques. «Ceux qui agissent ainsi sont plutôt des PERTURBA: « TEURS DE L'ORDRE ECCLESTASTIQUE, QUE DES « FIDELES SOUMIS DU SIEGE APOSTOLIQUE?’

La malédiction paternelle descendit aussi sur la tête du coupable et malheureux Caïn.—Or voici ce que le Pieux Olier, Père de St. Sulpice, souhaitait à ceux de ses enfants qui choqueraient lesordres de nos Seigneursles Prélats, ow appuieraient le violement de leur respect : “QUE LEUR “MAISON FUT DÉTRUITE ET DEVINE UN OBJET « d'ANATHÈME A LA FACE DE TOUT L'UNIVERS LA PET et s'il y avait quelque chose au delà de L'AN ATHÈ- « ME ET DE L'EXÉCRATION, üs en seraient dignes.”

Le mépris des bons fut le partage de Caïn.—Plus les menées des Sulpiciens deviennent publiques, et plus les bons se sentent incapables de les respecter, de ce respect dû à l'humilité et à la soumission sacerdotales,

Enfin les Sainte: Tceritures nous apprennent que Caïn fu: le Père d’une race de géants, c’est-à-dire, selon le texte hébreux, de déserteurs, de renégats, hommes puissants et fameux dans le siècle. Au service des Sulpiciens, ils s'est formé, on Canada, une école d'hommes puissants déserteurs et renégats de nos traditions qui, dans la politique, dans la magistrature et dans la presse, émettent les principes maudits du vieux gallicanisme, Bien plus, les quelques voltairiens de Montréal, profitant de l’exemple des Sulpiciens, en ont appelé à Rome des condamnations épiscopales et quand le St. Siège se fut prononcer, ils jouèrent à l’instar de St. Sulpice, sur les mots, et prétextèrent le besoin d’une nouvelle explication ävant que de se soumettre purement et simplement.

11 y a donc, Très-Saint Père, une similitude frac bnnts entre CAIN et les SULPICIENS, entre le péché de: çeuxci et le crime de celui-là. Et si l'historien sacré a trouvé des larmes pour raconter la malheureuse histoire du pre

uelque j'uge onservé dans rira ‘jamais rux Hrêques.

ERTURBA" }, QUE DES IQUE?” ur la tête du que le Pieux x de ses enrsles Prélats, QUE LEUR UN OBJET L'UNIVERS L'ANATHEnt dignes.” in.—Plus les 8, ot plus les de ce respect 8, ent que Cain lire, selon le mes puissants julpiciens, ils es puissants dans la poli- , émettent les Bien plus, nt de l’exembg condamnaprononci;, ils ts, et prétexavant que de

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mier, dois-je m'étonner de l’amertume, profonde qui s’empare de mon âme et la domine toute, entière, lorsque je parle de la conduite des derniers ?

Voilà, Très Saint Père, toute la vérité sur la désolation de l'Aglise de Montréal: les Sulpiciens y r'uinent l'autorité ecclésiastique et contribuent à soumettre ÉPOUSER DE JESUS-CHRIST AU BRAS SECULIER,

Un tel scandale devait être combattu ouvertement. Il devenait urgent d'aller à la rencontre de la mauvaise foi, du mensonge et du gallicanisme des Sulpiciens et de leurs partisans, et, d'opposer à tant d'erreurs, l’énergique et: vigoureuse force dela vérité. Mais pour le faire avec succès, il fallait attaquer, l'ennemi dans le champ même de 863 ravages, je veux dire dans l’opimon publique. At cependant une telle mission, à cause des moyens employés par les adversaires, demandait une lutte rude et amère qui convenait peu à un laîque, mais qui convenait encore moins à un prêtre, à un ministre de la paix. D'ailleurs les membres de l'Episcopat et du clergé qui auraient pu opposer aux Sulpiciens un énergique démenti, avaient plus ou moins souffert d’eux et ils auraient pu, paraître alors exercer une vengeance.

Longtemps j'ai hésité, longtemps j'ai ättendu ;, mais, voyant que, personne ne se levait pour opposer une digue au mal toujours croissant, sentant que le prêtre ne pouvait décemment faire une telle lutte, comprenant qu'elle ne pouvait plus longtemps être différée sans préjudice pour les mes comme pour l'Eglise, j’aitenté l'assaut. À travers mes larmes et mes soupirs, j'ai dirigé le feu. de la vérité contre la forteresse de St. Sulpice de Montréal, où s'étaient réfugiés le gallicanisme et le Libéralisme catholique,

J'ai parlé de choses publiques; j'ai traité de difficultés déplorables, mais connues ; je n’ai rien rappelé que ce qui était écrit dans des mémoires destinés, un jour ou l’autre

1ùla publicité.

Entxe l'alternative de, laisser, aux Sulpiciens la faculté de calomnier, impunément nos Evêques, de fourvoyer les, esprits, d'égarer les politiques et de subjuguer l'Eglise, et

l'alternative de les confondre en rétablissant les principes et en prouvant que nos dignes Prélats ne sont ni des TY- RANS, nides VOLEURS, ni des ENTÊTÉS ni des IM- BECILES, j'ai préféré la dernière ; parce qu’il m'a paru qu’il valait mieux conserver le peuple dans le respect aux Evêques et à leur autorité, que de le laisser sous l’impression que le gallicanismo, l’insubordination et la mauvaise foi des Sulpiciens sont choses respectables.

Ce n’est pas le mal que j'ai cherché, mais le bien, en produisant un moindre mal que celui qui existait, selon ce conseil de St. Alphonse de Liguori, mon patron: Hsse minus malum suadere, si alter jam determinatus « fuerit ad majus malum. Ratio qui tunc suadens non ‘quaerit malum sed bonum, seulicet electionem minoris ma- ‘6 Jum.”

Et cependant, en écrivant, j'ai contenu mon indignation et J'ai réservé mon amertume, toute mon amertume pour ma lettre à Votre Béatitude.

En effet, cette lettre est bien de toutes les pages de mon œuvre, celle où perce le plus, le mépris profond de mon âme pour le gallicanisme.

Toutefois, Trèg-Saint Père, la Divine Providence n’a pas permis, dans sa bonté, que la misère de St. Sulpice fut complète et entière. Il y a encore à Montréal quelques Sulpiciens dignes de ieur Pieux Fondateur et de l’Eglise.

Abîmés dans une douleur muette, mais profonde comme l'amour de l'Eglise qui en est la source, ces quelques vénérables prêtres gémissent devant Dieu des fautes de leurs frères et appellant, à grands cris, le retour de leur maison à la soumission à l'autorité ecclésiastique.

Depuis que mon œuvre est devant le public, j'ai rencontré le Sulpicien non dégénéré, le Sulpicien soumis à son Evêque, le Sulpicien tel que M. Olier l’a donné à l'Eglise, et nous nous sommes compris, et nous avons gémi ensemble, et nous nous sommes raconté nos amertumes qui ne sont’ autrés que celle de l’Eglise de Montréal et

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nous avons demandé à Dieu pour le Séminaire de St. Sulpice, avec le retour à la discipline, des jours meilleurs et plus heureux,

Quant à la forme de mon œuvre, je n'en veux dire qu’une chose à Votre Sainteté.

S'il n’y avait pas dans le gallicanisme et dans le libéralisme catholique, avec une TLLUSION SATANIQUE déplorable, un côté ridicule et absurde, jamais je n'aurais pensé à donner à mon livre le titre de “ COMEDIE IN- FERNALE”. La Comédie appelle le rire, mais il y a bien des rires. Ni le rire est souvent l'expression du plaisir, de la gaieté, quelquefois aussi il trahit la tristesse et la douleur : rire amer que les Livres Saints représentent même comme le reflet suprême des colères du Seigneur : Dominus irridebit eos. C’est pour rendre ce rire plein de larmes que le corrique atitristant a été créé (1). Aussi, en empruntant ce genre, ai-je cru donner la bonne note, comme j'ai cru combattre la grande erreur du temps en fesant jouer aux esprits ténébreux le rôle à jamais funeste qu'ils remplissent auprès de tous ceux, laîques, prêtres ou évêques, qui se font les apôtres du libéralisme catholique et du gallicanisme.

Après avoir écrit la moitié de mon œuvre, j'ai reçu, d’un éminent dignitaire de l'Eglise, un Livre (LA POLI- TIQUE DE SATAN) fait en France, année 1844, par un A grand catholique, qui traite de l’Eglise de Paris, au moyen & de lettres supposées entre BELIAL ET SATAN ; ce qui n’a pas peu contribué à m’engager à conserver à mon travail sa forme primitive.

Je dois encore déclarer à Votre Sainteté que j'ai écrit sous m4 seule inspiration, que je n’ai communiqué mon dessein ni à mon Vénérable Evêque, ni aux membres de son chapitre: tous n'ont connu la Comédie Infernale qu'après sa publication; que je n’ai reçu de l'autorité

(1) Quant à son origine, il faut n’avoir jamais lu les anciens pour en ettribuer i’ invention à notre sièele, On ne conçoit même pas que cette erreur ait pu subsister un instant chez une nation accoutumée à voir jouer l’ Andrienne de Térence, où l’on pleure dès le premier acte. (Mar-

È montel.)

ecclésiastique aucun encouragement, mais aussi aucun blôme; enfin, que les documents qui m'ont servi ne me sont venus, ni directement, ni indirectement, de Sa Grandeur Mgr. de Montréal ou de ses chanoines. Je me suis procuré toutes ces pièces à la longue et sans prévoir l'usage que j'en ferais un jour.

Les Sulpiciens après avoir Aypocritement affirmé par la voix des journaux qu'ils ne voulaient rien dire pour se justifier des attaques de ma Comédie, m'ont, dans la chaire de vérité, accusé de calomnie, d’hérésie et de toutes les horreurs possibles.

J'aurais pu en appeler à l’Ordinaire; je ne l'ai pas voulu, pour des raisons de convenance. J'ai préferé en appeler à Vous, Très-Saint Père, à Votre Charité, à Votre Sagesse, à Votre Prudence, à Votre Infaillibilité, me soumettant d'avance, purement, simplement et entièrement à Votre Jugement quel qu’il soit.

L’éminent et illustre Prélat qui déposera, pour moi, à Vos pieds, ma “ Comédie Infernale ?” a toujours été tenu au courant de ce qui la concernait, il pourra donc donner à Votre Sainteté tous les renseignements qu’Elle pourrait désirer.

En attendant que Vous ayez parlé, Auguste Pontife, je demeure humblement prosterné à Vos Pieds, afin que Votre Parole Infaillible me trouve,

de Votre Béatitude le très humble, très soumis et très aimant fils, ALPH. VILLENEUVE.

Montréal, 13 Juin 1872, En la ! Ixsr.

fête de St. Antoine, dent l’ême s’est iluminée en combattant les légions infernales.

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