‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 26 sur 181 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Les mêmes.

BELZEBUTH à la tribune.

J'avais promis, l'année dernière, d’endormir beaucoup de catholiques, j'ai tenu ma parole en partie.

Je n'en veux pour preuve que le fait qu'un seul journal, pendant plusieurs mois, a osé parler.

PLUSIEURS voix.

C’est vrai!

BELZEBUTH

Et si ensuite j'ai été impuissant à comprimer les voix, c'est dû à l’imprudence avec laquelle plusieurs délégués

ont fait proclamer certaines doctrines.

CARREAU

C'est faux !

$ ASTAROTH

Je proteste !

BBLIAL.

Ki C’est une indignité !

RosIER.

Belzebuth est le dépit personnifié |

BAALY5CRITH.

[l n'a pas vécu pour rien pendant piusieurs mois avec Jalousie et Egoisme.

BELZEBUTH

Vous pouvez discuter mes à rancés, mais je ne vous recon-

nais point le droit de m’insulter et... TS RS ete

LUCIFER

De grâce, du calme. Une discussion sage et modérée au contraire.

BELZEBUTH

Je disais qu’on a éte im prudent.

Les correspondants de la Minerve, par exemple, sont Ils ont posé ouvertement des principes que

allés trop loin.

roitement sous les dehors

nouë étions convenus de dérober ad de la vérité.

CARREAU

Ce n’est pas vrai!

Ce n’est qu’ parviendrons :

Cesse donc nous dire ce q

Tu me perm tes espérances

Non, elle ne ont appellé uw ques, en cela r

Quelque soi que le Christ à sions Avec une sur le champ,

Très bien !

Je puis avoi défaite, ii y a:

et voilà pourq:

Le Christ se l'enfer ne peu nombreux enn leur influence.

C’est ce que ticulièrement Rivières et le Monde.

As-tu d’abor

au

Ce n’est qu’à la longue, et à prix de patience, que nous parviendrons à asseoir solidement le libéralisme en Canada.

Cesse donc de parler de ce qui n’a pas été accompli, pour nous dire ce qui a été fait.

BELZEBUTH

Tu me permettras, illustre monarque, de ne pas partager tes espérances. Je crois notre cause compromise et...

LuciFer.

Non, elle ne l’est point. Les correspondances de la Minerve ont appellé une concentration puissante des forces catholiques, en cela rien de plus naturel.

Quelque soit notre adresse, nous n'empêcherons jamais que le Christ n'ait des défenseurs. Il suffitque nous paraissions avec une erreur, toute derobée qu'elle soit, pour que sur le champ, surgissent des athlétes chrétiens,

Tous.

Très bien !

Je puis avoir tort. Toutefois, je l'ai appris par une triste défaite, ii y a des âmes en Canada qu’en ne vaincra jamais, et voilà pourquoi j'espère peu.

LuciFER.

Le Christ se ménage partout des âmes intrépides. Quand l'enfer ne peut les vaincre, il faut alors leur susciter de nombreux ennemis, les calomnier, et p?r ce moyen ruiner leur influence.

BELZEBUTH

C’est ce que j'ai fait avec tous les invincibles, et plns particulièrement avec les évêques de Montréal et de Troisivières et le chanoine Lamarche, directeur du VNouveaur- Monde.

LuctFrer.

As-tu d’abord essayé de leur imposer silence ?

BELZEBUTH

N'ont-ils pas écrit crûment que l'Etat avait le droit de ne pas reconnaitre civilement les paroisses canoniques ?

CARREAU

Oui, mais qu'est-ce que celi fait ?

Eh bien! Voilà ce qui a jeté l'alarme, ce qui a appelé le

programme catholique.

PERRIER

Qu'est-ce que le programme catholique ?

BELZEBUTH

Une œuvre maudite; une sorte de compromis entre les politiques et les électeurs, en vertu duquel ceux-là s’engagent vis à vis ceux-ci à seconder en tout les vues de l'Eglise.

ROSIER

Le programme n'at-il pas été vaincu ?

BELZEBUTH

Je prouverai le contraire en temps et lieu.

Pour le moment j'ai à me justifier.

On a donc compromis notre œuvre, et mes defaites s'expliquent ainsi.

J'ai eu beau me transformer en apôtre, je n'ai pu imposer silence aux Evèques de Montréal et de Trois-Rivières, ainsi qu'au Nouveau-Monde, au Courrier du Canada, à l'Ordre, au Journal des Trois-Rivières, au Franc-Parleur, au Pionnier d Sherbrooke, à l'Union des Cantons de l'Est, et au Courrier d Beauharnots.

LuCIFER.

Il n’y a là rien de bien étonnant.

ntayr {tout

Aussi bien, nous n'avous pas p'tit d’abord un triomphe complet.

Oui. Qua sous Ja form viens de nom tions, mais 8

Rapporte I

J'en rappor Montréal, les fait semblable

C’est bien !

Je tremblai ment du véné Montréal,

Jamais, de n pu approcher «

En effet.

Vous dire ce lat est im possi |

Il était ager ctière ardente ; l'Eglise et, en venaient de s’o

Des anges tu sement sublime larmes ; d’autre lesquelles réson

Dau sein de cette Bprière prophéti

BELZEBUTH

Oui. Quand a paru le programme, je me suis montré sous la forme de Raphaël aux saints personnages que je viens de nommer, et j'ai eu avec chacun d'eux des conversations, mais sans résultat.

LucIFER.

Rapporte nous ces entretiens ?

BELZEBUTH

J'en rapporterai un seul, celui que j'ai eu avec l'évêque de Montréal, les autres étant, à quelque différence près, tout à fait semblables.

LuCIFER.

C’est bien !

BELZEBUTH

Je tremblais étrangement en pénétrant dans l’appartement du vénérable viellard, qui est l’ange du diocèse de Montréal,

Jamais, de mémoire de démon, personne de nous n'avait pu approcher de si près le saint évèque.

CARREAU

En effet.

BELZEBUTH

Vous dire ce que j'ai ressenti en voyant ce vénérable prélat est impossible.

[Il était agenouillé sur son prie-Dieu, abimé dans une -rière ardente; son âme attristée gémissait sur les maux de l'Eglise et, en particulier, sur les derniers événements qui venaient de s’opérer en Canada,

Des anges tutélaires se tenaient près de lui dans un ravis sement sublime ; quelques uns recueillaient sa prière et ses larmes ; d’autres chantaient d’admirables symphonies dans lesquelles résonnait l’hymme de l'espérance ; comme perdu Rau sein de cette harmonie sacrée, le saint prélai exhalait une Lrière prophétique.

ty taper gas rm dl RS EP et manner maman om —

LucirFER.

Et que disait-il ?

BELZEBUTH

‘“ Seigneur, sauvez nous, Car nous périssons. Les flots de l'impiété contre la barque du salut, se soulèvent avec vio- ‘ lence et menacent de l’engloutir.”

pour le Pape, pour l’Europe, il ajouta: “ Notre chère Eglise

Puis, après avoir prié

‘“ du Canada, se voit aujourd’hui aux prises avec le libéra- “ lisme catholique et le gallicanisme, ces deux terribles en- ‘“ nemis de la vérité.

“ Nous laisserez-vous périr, Seigneur? Est-ce que les “ péchés du peuple canadien ont appelé votre courroux ? ‘ Ah! «“ivin “faut une victime d’expiation, frappez, frappez votre in- ‘ digne serviteur.

“ Livrez-le à tous les maux passagers ; couvrez-le, s’il le “ faut, de toutes les ignominies, frappez, frappez, Seigneur, “ votre indigne fils, mais, de grâce, sauvez, sauvez l'Eglise AD CANAUD cesdo arstemuere stores entries senti desc sént |

uveur, p'rdonnez à votre peuple.......... s'il

LuctrER, les larmes aux yeux.

Que la vertu est belle! Qu'elle est touchante ? Tous pleurant.

Malédiction sur nous !

BELZEBUTH, avec désespoir.

Oui, malédiction sur nous ! Hélas ! qu’avons nous fait de la couronne qui ceignait notre front aux jours de notre bonheur ? Pourquoi sommes-nous tombés si bas.............……, Pre

PERRIER, maitrisant son émotion.

Pourquoi évoquer ces souvenirs ?

L'UCIFER

Hélas! Il chatiment est précisemen

depend pas de nous de les oublier : notre

de les heurter à chaque instant.

Nous 8 mais je p' À poin( présen tai

Ma prés On dit q

Je l’abor longternps conduite de deg polémie AT:

LVOuveau-Mo des Trois.R;

Que disait

Rien, abso que 1e progr:

rité, et que le à éloigner pi dément scrut trines, pour 1 millieu où Le:

C et ait rép

A Me Et je fas er tontenance ;

blesse des esp Je parlai «

BELZEBUTH

Nous sommes condamnés à haïr ce que nous admirons : mais je poursuis mon écrit.

À peine le saint évêque eut-il terminé sa prière que je me présentai à ses regards.

Ma présence ne parut pas l’intimider.

CARREAU

On dit que souvent les anges le visitent visiblement. BELZEBUTH.

Je l’abordai, non sans un grand embarras, et lui parlai longternps de ses luttes avec les Curés perpétuels, de la conduite de certains laïques dans l'affaire du démembrement, des polémiques sur le Code des Curés, des doctrines du Nouveau-Monde, du programme catholique que le journal des Trois-Rivières venait de publier

LUCIFER

Que disait-il de toutes ces choses ?

BELZEBUUH.

Rien, absolament rien. Seulement quand je lui insinuai que le programme pouvait compromettre la cause de la :

rité, et que les polémiques du Mouveau-Monde étaient propres

à éloigner vien des gens, il jeta sur moi un regard profondément scrutateur et me dit: Vous avez de singulières doc: trines, pour un ange. Ne savez-vous pas qu'il n’y a qu'un millieu où les intelligences s'unissent ; celui de la vérité.

LuciFrer.

C'était répondre justement.

BELZEBUTH

Et je fus embarassé. J’essayai cependant de faire bonne

contenance ; j'alléguai qu'il fallait prendre en pitié la fai-

108 E Llesse des esprits et les malheurs de l’époque.

ant. Je parlai du libéralisme, la grande erreur du temps, je

RER DE Et ARTE RCE RE D GR res has à de PER Re 6 + em 2 DÉMARRER PR a remmr Ro d

m'efforçai de le convaincre qu'en voulant désillusionner les

esprits de ces deux erreurs, on risquait de leur faire croire

à l'intolérance religieuse et à l'innovation de doctrines ais tu r

dans l'Eglise; en un mot, je répétai tous les arguments invoqués par les libéraux catholiques contre le Syllabus et C'est Bel

Pour moi

l'Infaillibilité. Je me suis même servi du fameux mot d'in-

noportunite. :

SUIS mis à | LUCIFER. des Curés e

| | au progr:

Tu ne pouvais mieux plaider ta cause. | en réussir aupr

BELZEBUTH. du pPr'ogramir

Cependant je lai perdue. Le vénérable et pieux évèque

me dit qu'il me reconnaissait à mon langage pour un ange en

| ; NE Dee k Je m'offre des ténèbres. La vérité seule. dit-il en finissant, la vérité seule donnera le repos et la quiétude aux intelligences ; car les intellisgences sont fuites pour la vérité seule et pour la ae

EN 5 ] | loi ! Eh bi vérité toute enticre.

Donnez-leur un‘semblant, un mirage de vérité et elle 5’ wareront, elles se tourmenteront, comme elles le font actuel lement. Qu'au contraire, vous leur donniez la véritc

Le ) pleine, entiere, elles seront satisfaites, elle s’uniront et rier ne pourra les séparer.

Il n’y a que l’enfer qui puisse gagner à cacher, à amoii

drir, à fausser la vérité, ‘| [l faut d’al Tu est une voix d'enfer, va-t-en ? | D lique a été for L'evèque des Trois-Rivières et le chanoine Lamarche Æ atin d'assurer m'ont tenu le même langage. É mentaires, l’e

Fume-Bovcues.

, Q ’ s ,, C'es j lôo Ils n'ont pas eu besoin d’eau bénite pour t'éprouver t l'idée à

comme voulut faire de Carreau le Curé perpétuel.

3ELZEBUTI. D'accord sur [l yaen Cu

Pour des hommes véritablement éclairés, il leur suffit de KE. 4 ! à toujours été :

esér nos doctrines: malgré le manteau trompeur dont elles sont enveloppées, ils trouvent facilement ce en quoi elles

ne sont pas orthodoxes. Très bien !

LucIFER.

Mais tu n’a rien dit des autres évêques ?

BELZEBUTH

C'est Belial qui s’est chargé d'eux.

Pour moi, ayant échoué comme je viens de le dire, je me suis mis à battre les campagnes et les villes, afin d'obtenir des Curés et des laïques un silence complet relativement au programme catholique, et j'ai été assez heureux que de réussir auprès de plusieurs, ce qui n'empêche pas que lPid du programme a triomphé.

ASTAROTH

Je m'offre à prouver le contraire.

BELZEBUTH, descendant.

Toi! Eh bien. monte!

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