‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 5 sur 181 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les précédents, exeepté Lucifer.

BELIAL.

Belzebuth, puisque tu as séjourné toute une année en Canada, tu dois connaître assez l’état de ce pays. Dis nous donc ce que tu sais.

BELzEBuTH.

Volontiers. D'abord c’est un pays tout catholique et tout dévoué au Pape.

Ces jeunes gens que j'ai vu à Rome étaient des Zouaves Canadiens.

ASTAROTH

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Cependant il ne faut pas désespérer. Carreau y gagne du terrain.

Lucifer, voyant que l’impiété ne prenait pas en Canada, puisque l’Institut Canadien, malgré l’habileté des Dessaulles, des Doutre, des Lanctot et de plusieurs célébrités semblables, n’a pu attirer dans son sein que des âmes perdues par anticipation, a conseillé à Carreau de négliger un peu la grosse artillerie, et d'attaquer avec l'infanterie légère, c’est-àdire avec le libéralisme catholique.

Comment s’y est-il pris ?

BETzEBUTH.

Tu vas voir. Il y à en Canada une grande ville, et dans cette ville une seule paroisse, un seul curé.

BeLraL.

Quelle est la population de cette ville ?

BELZEBUTH

Montréal compte 160,000 âmes.

ASTAROTH

Et il n’y a qu'un seul curé ? Ce n’est pas possible. BELZEBUTH.

Il y en a plus aujourd’hui. En attendant, Montréal il y a six ans n'avait qu'un seul curé. À Rome on a dit à l’évéque de Montréal, il faut diviser votre ville en plusieurs paroisses : le Concile de Trente vous en fait un devoir.

L’Evèque a répondu qu’il sentait bien depuis longtemps la nécessité de cette mesure, et que cependant il pressentait de grandes difficultés à l’exécuter.

Les Messieurs de $. $., ajouta-t-il, se prétendent curés perpétuels de la ville, et ils ne voudront pas.

D'ailleurs ces Messieurs ont toujours été opposés à l’au-

torité épiscopale : depuis Mgr. de Laval jusqu'à moi, tous les Evêques ont eu à lutter avec eux.

N'importe, a-t-on dit à Rome, faites votre devoir, démembrez la paroisse Notre-Dame.

L'Evêque se mit en devoir d’obéir ; cependant, prévoyant une sérieuse opposition de la part des MM. de $S.$. que j'appellerai désormais les Curés perpétuels, il voulut les avertir de ce qui allait se faire.

ASTAROTH

Se sont-ils entendus ?

BELZEBUTH

Oui, et le 22 Décembre 1865 un décret de la S. Congrégation, décret basé sur un accord mutuel de l’Evèque et des Curés perpétuels, reconnaissait à l’Evèque son droit de démembrer la paroisse Notre-Dame.

BELIAL.

Les Curés perpétuels se soumirent.

BELZEBUTH

De la soumission chez les gallicans, allons donc ! L'Evèéque de Montréal, croyant à la sincérité des Curés perpétuels et voulant leur donner des preuves non équivoques du bon esprit qui l’animait, écrivit au Supérieur des Curés perpétuels lui demandant de soumettre un plan de démembrement.

ASTAROTH

Quoi ! l’Evêque a poussé jusque-là la condescendance ? BELZEBUTH.

Sans doute, C’est le 13 Avril 1866 qu'en écrivant au Supérieur il lui disait entr’autres choses : “ Veuillez me dire s’il vous serait possible de proposer un plan de démembrement de la paroisse de Montréal, afin d’aviser aux meilleurs moyens à prendre pour l’opérer, de manière à satisfaire les besoins des fidèles.”

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