‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 6 sur 181 · LA COMEDIE INFERNALE. 9 BELIAL · texte numérisé non relu

LA COMEDIE INFERNALE. 9 BELIAL

Quelle réponse reçut-il ?

BELZEBUTH

Le 17 du même mois, le Supérieur répondit à l'Evèque : “ S'il s’agit de démembrement proprement dit, le Séminaire ne voit dans cette question qu’une source de troubles, de dissentions, de difficultés énormes, peut-être insurmontables, et il ne saurait proposer aucun plan de division.”

BELIAL.

L'Evèque s’est trouvé embarassé, je suppose ? BET.,ZEBUTH.

11 a fait son devoir: il a démembré la paroisse. Aussitôt les Curés perpétuels ont protesté sur place et à Rome.

Ils ont soulevé tous les préjugés possibles.

Ils ont dit: L'Ævéque veut nous dépouiller, il veut nous ruiner.

Toutes choses malheureusement fausses, car l’Evèque avait même sacrifié son droit de surveillance sur l’administration des biens des Curés perpétuels,

BELIAL.

Les Curés perpétüels n’ont pas pu insinuer que l’Evêque voulait les dépouiller.

BELZEBUTH

Ce que j'avance est véritable. Il n’est pas rare d'entendre à Montréal, des gens bien posés, des dames mères affirmer ces étrangetés.

Tout dernièrement encore, j'ai entendu des personnes dire : Zl parait que l'Evêque recommence son train, et veut absolument se rendre maître des biens des Curés perpétuels.

BEztAx.

Mais que sont donc ces prêtres ?

BELZEBUTH

Plusieurs, je dirai inême la plus grande partie sont de saints prêtres, très zélés, et qui ne prennent aucune part active dans cetie affaire.

Ce sont les chefs, et deux ou trois entêtés, qui font tout ce scandale.

Aussi, quand je parle, ou qui que ce soit d’entre nous parle des Curés perpétuels, il ne faut pas entendre par là tous les MM. de $.$., mais leurs supérieurs et quelques autres exceptions.

BELIAL.

Je saurai à l’avenir faire cette distinction. Pourtant je ne conçois pas que ce petit nombre renfermé dans l’appellation de Curés perpetuels puisse être animé d’assez de mauvaise foi, pour se rendre coupable de toutes ces indignités.

BELZEBUTH

As-tu perdu de vue que je suis à te raconter l’œuvre de Carreau ?

BELIAL.

En effet je comprends tout maintenant.

Carreau s’est dit: Les Curés perpétuels sont riches, puissants, ils ont des amis politiques, je vais leur faire faire une opposition à l’Evèque.

Et afin de mieux réussir il se mit à étudier les lois civiles, les titres des MM. de S. $.

Or, il trouva dans les lois certaines ambiguités qui pouvaient s’interpréter contre la division des paroisses, et dans les titres des MM. de $. $. plusieurs choses analogues.

Son affaire était belle: aussi fit-il faire protèt sur protêt.

BeLiaAL.

Quels protèts? Voyons, entre dans les détails, et conte nous cela au long.

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BELZEBUTH

D'abord, comme je viens de vous le dire, les MM. de $.S$. se prétendent curés perpétuels de Montréal, laquelle ville, selon eux, ne doit former qu’une seule paroisse.

Voilà déjà matière à protèt n’est-ce pas ?

BELIAL, C’est selon.

BELZEBUTH

Les Curés perpétuels ont dit: Nous tenons ces droits de M. Olier et d'un Evèque

Toutefois ils se sont bien gardés d’ajouter que lors de ces priviléges, M. Olier lui-même avait déclaré que l'érection de plusieurs auires paroisses deviendrait nécessaire avec le temps.

BELIAL.

/ ce Je suppose que leurs arguments n’ont pas été d’une grande force à Rome.

BELZEBUTH

Non! on leur a dit que ni M. Olier, ni un évêque, ni autre, n'avait le droit de faire des lois contraires aux Conciles

généraux, et que le mouvement perpétuel n'était pas encore trouvé.

ASTAROTH

Et alors.

BEEZEBUTH.

Alors, les Curés perpétuels ont protesté, disant: nous sommes institués pour vivre de la vie commune, si la ville est divisée il faudra nous morc2ler et former plusieurs maisons séparées, c’est contraire au but de nntre société ; nous sommes Séminaristes.

ASTAROTH

C'était fort.

Tu te trompes. Si vous êtes des Séminairistes, leur répondit-on, si vous devez vivre de la vie de communauté, vous êtes peu faits pour le ministère puroissial et vous avez doublement tort de vouloir être Curés perpétuels.

Et encore: dans une ville aussi populeuse que Montréal,

il faut des prêtres résidant dans les différents quartiers, autrement les intérêts religieux seront négligés, il arrivera souvent, par exemple, que des malades mourront sans le secours de la religion; comme aussi s'il n’y à qu’un seul curé, il ne pourra embrasser tous les besoins spirituels, car

outil 200 vicaires, ces vicaires n’ont pas la responsabilité

d'une foule de choses.

D'ailleurs, ce n’est pas l'intérêt de votre société qu'il faut

) ] Il invoquer, mais bien celui des âmes.

ASTAROTH

Ce gauche de Carreau d’avoir été inspirer ces raisons égoistes aux Curés perpétuels, comme si, à Rome, on pouvait avoir quelque révérence pour une passion aussi triste.

BELZEBUTH

N'accuse pas Carreau, son but n’est pas d'empêcher le démembrement, car il sait que ce serait perdre son temps, il a des vues plus hautes que tu vas connaitre.

ASTAROTH

C’est une autre affaire, Continue alors.

BELZEBUTH

Alors, ils ont prétendu qu’à eux seuls appartenait de juger de l'opportunité d’un démembrement et de la manière de l’opérer.

ASTAROTH

Se croient-ils les Evèques du diocèse, ou prétendent-ils être plus maitres dans l'Eglise que l’Evèque lui-même ?

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BELZEBUTH

Les Curés perpétuels ont eu toutes les prétentions possisibles et impossibles.

Ils ont toujours voulu former une puissance indépendante dans l'Eglise du Canada. C’est ainsi qu'ils ont eu des démelés avec tous les Evèques Canadiens dont ils dépendaient.

Le premier évêque de Québec a prouvé à Rome qu'ils étaient des prêtres désobéissants, opposés au St. Siége et Jansénistes.

[ls ont même refusé de recevoir Mgr. Lartigue lors de l'érection du diocèse de Montréal.

Pour empêcher la création de ce diocèse, ils ont eu l’audace de dire à Rome que Montréal étant une île, l'évêque y serait six mois de l’année à cause des glaces sains pouvoir communiquer avec son diocèse ; et quand le dernier évèque de Montréal « appelé les Jésuites, les Oblats et d’autres religieux pour travailler dans sa ville épiscopale et dans son diocèse à la vigne du Seigneur, ils n’ont pas eu honte de dire, à Rome, que l’évêque ne pouvait pas, sans leur permission, appeler d’autres prètres à Montréal.

Mais pour qui et pourquoi prennent-ils donc un évêque ? BELZEBUTH.

Pour bien peu comme tu vois.

Le Supérieur actuol des Curés perpétuels a été jusqu’à publier que l’Evêque, en se conformant au décret apostolique du 22 Décembre, agissait sans prudence, sans justice et à l'encontre de l’intérèt des âmes |

ASTAROTH

C’est incroyable ! Jamais aucun évèque Catholique ne s’est trouvé en face d’une telle insubordination, je pressens que bientot Rome sentira lo besoin de rappeler les Curés perpétuels à la discipline.

BEeLZEBUTH.

Battus sur tous ces points, les Curés perpétuels insinuèrent aux populations que si les paroisses s’établissaient, elles auraient à payer des dimes, bâtir des églises, etc.

ASTAROTH

Ces obligations n’existaient-elles pas avant ? £

BELZEBUTH

Les Curés perpétuels ont reçu des biens immenses pour l'entretien du culte et pour l’éducation de la jeunesse catholique de Montréal.

Ainsi, ils n'avaient pas le droit de réclamer de dimes, quant aux églises, lorsqu'ils en construisent, ils se font aider par les populations,

BELIAL.

S'ils ont reçu des biens pour les frais du culte, etc., ils ont donc tort de menacer les populations de payer les dimes, ete, ?

BELZEBUTH

Certainement qu’ils ont tort. Voici d’ailleurs comment, du consentement des Curés perpétuels eux-mêmes, l’Ordonnance de 1840, définissait leurs devoirs :

“ Ils doivent faire, et disposer des dits droits et titres, ou ‘“ d'aucune partie d’iceux, pour et aux fins, intentions et “ objets suivants, c’est à savoir : la desserte de la paroisse “ de Montréal, la Mission du Lac des Deux-Montagnes, pour « l'instruction morale et religieuse des Indiens Algonquins et “ [roquois, le soutien du petit Séminaire ou Collége de Mont- “ réal, le soutien d'écoles pour les enfants de la paroisse de « Montréal, le soutien des pauvres, des invalides et des orphe- « Jins, le soutien et le maintien convenable de la Corporation, « de ses officiers et serviteurs, et le soutien de telles autres « institutions religieuses de bienfaisance et d'éducation qui « pourront être de temps à autre approuvées par le Gouver- “ neur, le Lieutenant-Gouverneur ou par la personne char- “ gée de l'administration du gouvernement pour le temps

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BELiaL.

Remplissent-ils ces obligations ?

BELZEBUTH

Quelques-unes, et en partie seulement.

Malgré les revenus de l'immense paroisse de Montréal, où le casuel est très élevé, ils affirment que la paroisse leur doit $400,000 piastres.

Les membres de la Corporation et le gouvernement, paient des sommes considérables pour l’éducation.

Il est vrai, que les Curés perpétuels donnent $144.00 par tête, à un certain nombre de Frères des Ecoles Chrétiennes, et qu'ils allouent quelque chose aux Sœurs de la Congrégation, pour aider à l’entretien d’une petite classe des pauvres, dans quatre localités.

Pour les invalides, les malades, les orphelins, ils ne donnent rien ou presque rien.

Ce sont d’autres communautés et des particuliers qui font ces œuvres.

Quant aux populations, il y a un faubourg très vaste qu'ils ont laissé manquer de secours religieux suffisants pendant

longtemps, tellement qu’à la fin l’Evèque a appelé les Oblats qui ont, à force de sacrifices, bâti une Eglise, élevé des écoles, etc., sans que les Curés perpétuels aient voulu donner un SOU.

Seulement, quand les paroisses se sont établies, les Curés perpétuels ont laissé à l’Evêque les paroisses les plus pauvres, et ils ont eu la délicatesse de prendre pour eux celle qui se trouvait renfermer le quartier des Oblats.

BeLraL.

Les Oblats ! qu’est ce que cela ?

BeLzEBUTH

Des gens qu'il est naturel que tu ignores, car ils aiment assez Dieu et leur prochain.

BELIAL.

Encore ?

BeLEZBUTH.

Les Oblats sont des prètres, des religieux d’une belle science et d’une vertu plus belle encore. Ils sont soumis au Pape, ils croient à l'infaillibilité, ils sont dévoués à l'Eglise, et l'autorité épiscopale les trouve partout soumis.

BELIAL, Quelle œuvre font-ils ?

BELZEBUT:

Ils évangelisent les pauvres. Quel dévouement! quel zèle! quelle charité ils déploient! C’est incroyable! Et aussi quel tort ils nous font! À Montréal, ils ont métamorphosé une population que l’on regardait comme désespérée. Et aujourd'hui, grace à ces intrépides apôtres, le faubourg de Québec est le quartier le plus religieux, le plus dévoué, le plus généreux.

BELIAL.

Et c'est à de tels hommes, à ces Oblats que iles Curés perpétuels ont refusé des secours ?

Oui! Et ces Oblats trouvaient dans leur dévouement les ressources nécessaires pour bâtir des églises, des écoles, que les Curés perpétuels n’avaient pas voulu élever dans leur richesse.

BeLraL.

Alors, ces Curés perpétuels doivent être assez impopulaires ?

BELZEBUTH

Ça commence et c’est facheux.

Car ce sont nos ennemis les moins dangereux ; ils sont opposés à l’évêque.

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