LA COMÉDIE INFERNALE, SCENE III
Les précédents, sxcepté Perrier.
Les choses vont mal en Canada, Carreau m'annonce Baalbérith, dépêché en toute hâte, et poux une affaire ‘ de toute gravité. ”’
BAAL
Que pout-il se passer en Canada ?
LUCIFER
Je pressens un malheur, En tout cas continuons et hâtonsnous ; car 8i Baulbérith vient nous interrompre, je ne sais pas quand nous pourrons reprendre notre conversation,
BaAaz,
En effet, il est assez rare que les loisirs nous permettent un quart-d’heure d’entretien intime.
LucIFER.
Pressons-nous donc, et dès que Baalbérith paraîtra, reprenons notre assurance habituelle.
Ainsi, le rationalisme, notre seule ressource, cette Eglilo qui devait combler le vide des âmes, et qui se porte l’héitière du christianisme dans l'esprit des générations nouelles, cette philosophie n’a pas de symbole.
BaAAL.
Assurément, tu calomnies cette science si nécessaire et illustre dans l’histoire de l'humanité. Est-ce donc à moi e to rappeler toutes les gloires de cette fille ainée de la hison humaine ? Tu ne peux avoir si vite oublié tout ce
que le rationalisme a accompli dans ce siècle, et les triomphes qu'il a remportés sur la vieille religion du Christ, L'antique édifice n’est-1l pas tomLé sous ses coups ? Les ruines qu’il a faites ne jonchent-elles pas le sol de toute part ? Et s’il a pu détruire, ne pourra-t-il pas édifier ? Sous les efforts de tous ces gén.es créateurs qui oné travaillé avec tant de zèle à son triomphe, il ne se peut faire qu'il ne se soit élevé quelque remarquable établissement au soin duquel toutes les génératicns vont désormais puiser une nouvelle vie, et atteindre l'apogée de la prospérité et du bonheur.
LUCIFER
On a répondu depuis longtemps à ton objection qui elle-même n’est pas nouvelle,
On a détruit ; c'était le promier besoin. Après avoir détruit, on s'est moqué ; c’est le propre des vainqueurs, Mais jusque là on n'a pas songé à établir, et pourtant il faut du positif au monde et à la raison. Dans la ruine d’un dogme usé, la négation sérieuse tient d'abord lieu de foi; c’est croire quelque chose que de croire qu'un
doctrine que l’on suivait est fausse; on y met d’abord uno À ardeur, un zèle qui rempl.ssent l'âme. Mais quand hi}
chose est bien démontrée, que l'ennemi est abattu, qu'on n'a plus a faire, que rire de son absurdité, le zèle tombe faute d'opposition, et l’on se trouve à vide, détaché d'une croyance et ne tenant plus à aucune, dans une parfaite
indépendance d'esprit qui flutte, et à laquelle on se plaitg
quelque temps, mais qui ne tarde pas à fatiguer un nature dont la faiblesse ne supporte pas le doute.
Ainsi bientôt :
C’est ]
Cherc} garde ce que l’amc nent-ils ?
D te-déchir social est L jouit ; en fiers dédai connu, l’ir débordées le feu des laise de pl 2 Est-ce a8 mes sous d'espérance Et main détresses ] ell 8 ? qui tines qui spérances
Hélas ! Ne
Dans toute révolution d'idées, le scepticisme trouve sl
place ; il vient pour détruire et survit à sa victime; mak
il ne peut tenir longtemps. L'homme a besoin de crors parce qu'il sait qu'il y a ‘le la vérité. Le doute est un étal
qui ne peut lui plaire que comme l'absence d'une faussh
croyance dont il se sent délivré, Cette satisfaction goûté il aspire à une nouvelle croyance: le faux détruit l'homme veut le vrai.
Oserons-n.
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riom- Ainsi pensait le malheureux Jouffroy; ainsi penseront hrst, bientôt tous les rationalistes.
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toute Baaz.
} Sous C’est bien étrange tout cela.
vaillé
> qu'il LucIFER.
DRE Cherche, maintenant, ce qu'a fait le naturalisme. lie-
ee et D garde co qu'a produit l’égoïsme dans le monde. Depuis et au
que l’amour chrétien a fuilli chez les peuples, que deviennent-ils ? Ils chantent la liberté, la fraternité et ils s’en-
BE tredéchirent, ils s’enchaînent mutuellement. L'édifice social est rompu, En haut, l’égoïsme qui possède et qui ion qui jouit ; en bas, l’égoïsme qui n’a pas et qui souffre. Iei, les D fcrs dédains; là, de sourdes colères ; ailleurs le droit mé-
ss avoir MR Connu, l'injustice triomphante, les plus vilaines passions iqueurs. débordées ; partout, en un
tant il le feu des révolutions, les aspirations insensées et un ma- La ruine M aise de plus en plus inquiétant, €
mot, le renversement de l’ordre,
Lieu do Est-ce assez de malheurs en un jour ? Est-ce assez d'abf-
| qu'unones sous les pas chancelants des nations? Est-ce assez hot die d'espérances trompes ?
uand Et maintenant que dans leurs souffrances et leurs u, qu'on détresses les nations appellent le salut, qui viendra vers
ts tombe ell 8 ? qui leur apportera les dogmes qui élèvent, les doché d'uns nes qui fort.fient, les principes qui vivifient et les parfaite espérances qui consolent ? [st-ce nous ?
a so plait BAAL.
guer UE |
Hélas ! Non!
FOURS “| LuCIFER.
me ; mal
le cro rê
Oserons-nous même nous présenter. Qui nous croirait ? st un état
Nui aurait désormais foi en nos utopies, lorsque le temps
ne faust@Best chargé de leur donner un solennel ot décisif démenti? ab bn goûteè tout BaaL.
détruï
Ta parole a des éclairs qui foudroient.
I 216 LA COMÉDIE INFERNALE
LUCIFER
L'enfer a menti à l’homme ; l’homme a menti à l’homme: les sociétés viennent de l’apprendre par une cruelle expérience. Les sociétés ne croiront plus à ces paroles mensongères; elles croiront à la parole de Dieu, à la parole infuillible de celui qui est, sur la terre, le Vicaire du Christ, du Christ vrai sang et vraie chair de l’humanité, du Christ ciment des sociétés; du Christ indestructible lien qui tient le temps et l'éternité... :
(Comme Lucifer prononce ces dernières paroles, la porte s’ouvre précipi-
tamment ; Perrier introduit Baalbérith qui est couvert 4e 81: etde poussière. Comme Perrier veut se retirer, Lucifer In fi , 2 de rester.)