SIRE
C’est certainement une grande hardiesse à un obscur écrivain tel que moi d'inscrire le nom de Votre Majesté en tête de cet opuscule, mais le nom de Votre Majesté est en politique le symbole d’un principe, d’un principe à la fois indéniable comme la Vérité, personnel comme la Conscience, universel comme l'Eglise. (C’est le principe d’Autorité; je devrais p'utôt dire le principe d’Obéissance ; et je combats pour lui en Canada dans la sphère des atteintes qu'il y reçoit.
Votre Majesté l’a dit elle-même : “ Tous les malheurs de “ ma famille et de ma patrie sont dûs au Gallicanisme de “ Louis XIV.” L'histoire enregistrera un jour cette parole comme la sentence de mort de la Révolution, et l'Eglise l'a déjà recueillie avec une de ces joies et une de ces espérances dont sa maternité divine toujours féconde et jamais découragée possède l’invincible secret.
Mais une grande loi régit les sociétés. Le Fils du Dieu vivant, en se faisant homme pour sauver l’homme, a jeté à travers les âges cette grande condition de la perpétuité de ses mérites : que l’homme doit être pour l’homme l'agent du salut. C’est ainsi que dans l’ordre spirituel, il a confié,
de générations en générations à un homme, le dépôt indé. fectible de sa doctrine ; c’est ainsi que, lorsque les nations sont malades, il leur envoie un homme afin de les guérir, Et l'Europe est malade, malade. Qui oserait le nier ? Elle s’agite comme une moribonde dans d’inexprimables maluaises, mais Dieu ne veut pas sa mort ; il veut qu'elle se convertisse et qu'elle vive, parce qu’il a dit lui-même qu'il est venu pour ceux qui souffrent et non pas pour ceux qui sont en santé. Aussi a-t-il tenu un homme en réserve pour empêcher l’Europe de mourir, et l’on n’a pas d'autre nom à donner à Votre Mujesté, Sire, qu'en Vous appelant l'Homme de l’Europe. L'avenir justifiera ce titre très chrétien.
Sans nous arrêter à de nombreuses prophéties qui s'accordent toutes à nous montrer, dans un avenir dont les bouleversements ont une analogie si frappante ves les anxiétés de l'heure présente, la fleur de Lys comn miraculeux emblême de la pacification et de la victu..…, nous avons les paroles historiques prononcées par l’apôtre des Francs, St. Rémy, quand il versa l’eau du baptême sur le front du premier Roi chrétien des Francs, Clovis :
“ Apprenez, mon fils, que le royaume de France est « prédestiné par Dieu à la défense de l'Eglise Romaine qui « est la seule Eglise véritable du Christ. Ce royaume sera “un jour grand entre tous les royaumes «le la terre, et il “ ombrassera toutes les limites de l'Empire Romain. Il « soumettra tous les autres royaumes à son sceptre; il “ durera jusqu’à la fin des temps; il sera victorieux et « prospère tant qu’il restera fidèle à la foi romaine, mais « il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle “ à sa vocation.”
A l'heure solennelle où ces paroles ont été prononcées, au moment où toute une nation naissait à la foi du Christ, Roi des nations, n'était-ce pas l'Esprit Saint qui parlait pur la bouche de l’évêque, l'Esprit Saint qui avait chanté le Christ quand l’homme envoyé de Dieu baptisait un Dieu dans les eaux du Jourdain, et qui, au baptême d’un roi, a voulu témoigner de ses complaisances pour la fille aînée de l’Epouse du Christ dont ce Roi était le chef? L'Esprit
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Saint c’est la Lumière et c'est l'Amour, c’est-à-dire la Charité; etil y a la Charité des nations. “ Les nations, dit celui qui mérita d'en être appelé l’Apôtre, sont co-héritières concorporelles et comparticipantes de la promesse évangélique.”’ Ne pouvons-nous pas dire avec St. Paul, on nous inspirant de cette charité dont il nous a tracé la plus sublime analyse qui soit jamais sortie d’une bouche humaine : Sire, de ce que nous vous disons, nous en connaissons une part, et nous on prophétisons une autre part.
Muis si la France est fille aînée de l'Eglise, le Canada, Sire, est fils de France, et il n’est pas prêt à l'oublier. Cogme il était en bas âge et que le Sauveur du monde a toujours montré une grande prédilection pour les enfants, sa maternelle Providence a épargné : notre pays la contagion révolutionnaire en l’arrachant à la maison de France, mais il n’en gardait pas moins dans ses veines le virus gallican qui lui fut inoculé à sa naissance par la fatale loi de l'hérédité consanguine. Aussi, tout en ayant conservé la loi vivace do ses pères, la piété Franque, et, si je puis m’exprimer ainsi, la blancheur Salique, le Cunada a été et est encore un sujet de tristesse pour l'Eglise en nourrissant dans son sein des prêtres rebelles à l'autorité diocésaine, à la pure hiérarchie du sacerdoce. Ma Comédie Infernale, Sire, n’a d'autre but que de démusquer les trames de cette rébellion, sous la forme éminemment catholique des deux drapeaux toujours en présence et des deux armées sans cesse aux prises: le drapeau et l'armée du Christ, le drapeau et l’armée de Satan.
Du gallicanisme doré de Louis XIV, la France est naturellement tombée dans l'oubli du principe générateur des sociétés, l’obéissance à l'Eglise, et la Révolution a trouvé ainsi le royaume de Vos pères désarmé d'avance contre les infernales sorties de la grande hérésie sociale.
Puis, le libéralisme est venu comme un loup vêtu d’habits de berger ; bien des brebis ont déjà été sa victime et le troupeau est encore dans la confusion.
Ce qui se passe en Europe à un inévitable contre-coup en Amérique. C’est une loi de transmission sociale à laquelle il est impossible d'échapper. Ce n’est pas une fatalité.
Il n’y à pas de fatalité du moment qu'il y à conscience, mais c'est un courant naturel. En déclarant donc le gallicanisme ennemi public de Votre royaume, en proclamant les doctrines romaines comme base de la régénération de la France, Vous préparez, She, un courant de bénédictions et de bienfaits dont les ondes refraîchissantes parviendront jusqu'à nous, et c’est pour cela que le nom de Votre Ma: jesté se mêle dans tout le continent américain à ces vœux ardents de tous les cœurs catholiques qui appellent à grands cris le triomphe de l'Eglise.
Telle est la mission que Dieu Vous x confiée, Sire, Vous qui fûtes baptisé du nom prophétique de “ Dieudonné.”
Vous serez le vicaire temporei du Christ pour la Frañce, et le gluive de l’Archange Michel sera dans Votre droite.
Vous vous ferez sacrer Roi par le Vicaire infaillible qui règne au Vatican converti aujourd’hui en prison.
Si, pour déblayer les alentours de ce trône captif, en ex. pulser les immon'les geiliers et faire resplendir la solennité de Votresacre par la délivrance du Pontife qui vous oindra le front, il Vous faut cent mille baïonnettes en guise de cierges, Vous les aurez; nos jeunes himmes connaissent le chomin de Rome, et un appel de l'Épiscopat américain ferait sortir de terre des lésions de braves qui s’armeraient pour défendre la liberté de leur foi catholique
Ce n'est pas avec des soldats issus de cet impôt du sang qui s’appelle la conscription, et dont la Papauté n’a jamais consacré l'établissement dans ses Domaines, que l’on peut faire une croisade : c'est seulement avec des volontuires, avec des hommes qui comprennent ce que c'est que de
prendre la croix. Or, comme la Foi est impérissable, l’idée de croisade ne sera jamais un anachronisme, et pour une croisade, il faut deux bommes : un saint pour la prêcher et un roi pour en prendre le commandement. Si Pie IX prêche, Henri V commandera. C’est le cri universel de toute conscience catholique. Ce sera le “ Dieu le veut!” de l'avenir.
Libérateur de la Papauté, sacré par la main d’un Pape Vous serez vraiment le grand Roi prophétisé, et la parole de St. Rémy sera réalisée en Votre Majesté.
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Arbitre de l’Europe, et béni du monde entier, Vous serez le tuteur des petits Etats et le lien des grandes puissances, parce que Vous serez la clef de voute politique du règne social de Jésus-Christ, dont la pierre angulaire spirituelle est à Rome.
Vous donnerez l'exemple et servirez de modèle aux gouvernements monarchiques, et Vous honorerez les républiques parce que Dieu a répandu dans le monde ‘es tempéraments dissemblables afin de faire ressortir l'unité de principe dn pouvoir public par la variété de ses formes.
Vous propagerez la foi parmi les nations intidèles ; c'est la loi de l’aumône des peuples baptisés.
Vos sujets seront heureux, car, Vous l’avez juré, Vous serez leur père, et Vous leur rendrez le secret perdu de la prospérité morale et de l'équilibre intérieur, eu rétablissant parmi eux non pas ce qu'on appelle étroitement l'Ancien Régime, mais bien le plus ancien, ie très ancien régime de France, celui de ses vieilles lois fondamentales et traditionnelles, en vertu desquelles chaque classe de la société prêtait son concours représentatif et pondérateur au gouvernement'! u pays.
Répandus sur toute la surface du globe Vos ambassadeurs seront illustres en leurs travaux et féconds en leurs influences, parce que, s'inspirant des nouveautés inconnues mais faciles à prévoir de Votre Cour, ils inaugureront, comme elle, dans leur action civilisatrice, la Modestie et là Franchise, ces deux éléments souverains de toute véritable grandeur politique.
Et c’est ainsi que sous Votre sceptre régénérateur, le monde entier chantera à l'éternel, sur un rythme rajeuni le vieil hosannah social des premiers âges de la civilisation européenne : “# Vive le Christ qui aime les Francs!”
En jetant un coup d’œil en arrière sur le passé, on trouve dans l’histoire deux souverains qui ont porté le nom d'Henri V.
L'un fut empereur d'Allemagne, persécuta le Pape Pascal IE, l'emprisonna, fut excommunié par lui, s’annexa ses domaines temporels, entra à Rome en spoliateur armé et créa un anti-pape. Napoléon Ier et Victor-Emmanuel IT ont depuis marché sur ses traces.
L'autre, roi d'Angleterre, conquit la moitié de Ia France, en usurpa la couronne et fit brûler Jeanne d'Arc. Guillaume de Prusse a été de nos jours son émule, et si la France, hélas! n’a pas mérité d’avoir une seconde fois à son service l’épée de Jeanne d’Arc, elle a eu, comme au temps de la bergère généralissime et martyre, ses combats d'Orléans et de Patay ani ont forcé l'admiration des envahisseurs eux-mêmes ; et c'était l’étendard du Christ qui y était déployé; c’est le sang des soldats de Pie IX quiena arrosé le sol.
Tels sont les deux Herri V'du passé : l’Henri V d'Al lemagne sacrilége et excommunié, l’'Henri V d’Angleterre usurpateur et félon. L’Henri V de France effacera la mémoire de leurs noms odieux à la Papauté, odieux à la France. Il seta Henri V, le Légitime et le Sauveur.
T'els sont, Sire, de l’autre côté du monde où Votre Mijesté très-chrétienne attend chrétiennement Son heure, les vœux que forme par Elle,
Un très-humble, très-obscur, et très-consciencieux,
IL LUMINÉ.
Montréal, le 30 Avril 1872.
En la féte de Ste. Catherine de Sienne, Patronne de la politique w/tramontaine Restauratrice de la Papauté à Rome, Conseillère des Papes et des Rois, Médiatrice de concorde entre Les peuples, Paciticatrice de l'Italie, Epouse illuminée de Notre Seigneur Jésus-Christ, et stigma-
tisée de ses plaies sacrées.
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