‹ La comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 80 sur 181 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Baal et Babel.

BaaL.

ÉENNE.

GnNs Tout ce que je te rapporte est de la plus grande exac- He titude.

BABEL

Lucifer t’a dit celu !

Baar.

Oui, le 15 décembre 1871, Lucifer m'a fait part de ses D craintes et de ses inquiétudes, et ce, dans les termes mêmes et avec les hésitations que je viens de te dire.

BABEL

Ainsi notre odieux monarque n’est pas aussi serein qu'il le parait.

BaaL.

Et le ton d’assurance qu'il affecte en public cache ses défaillances intérieures. Il est comme ces poltrons qui, pour apaiser leur frayeur, chantent et crient à tue-tête.

BABEL

Ce qui m'étonne, c’est qu'il t’ait avoué les fautes de sa politique : son orgueil lui ayant toujours fait croire, qu'en toutes choses, il est la sagesse.

BaAAL.

Moi-même, je n’en croyais pas mes oreilles. 11 me semblait que tout ce que je croyais entendre, n’était qu’un

BABEL

Et comment as-tu répondu à ses ouvertures confidentielles ?

BaaAL.

D'abord, j'ai paru combattre ses vues ; je lui ai posé des objections... ...….

BABEL

Tu l’as ainsi amené à t’en dire plus qu’il ne voulait

Baar.

Probablement !

Lui as-tu au moins offert quelque consolation ?

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LA COMÉDIE INFERNALE. 327 BaaL.

Je lui ai promis un amour qu'il n'aura jamais. Et j'allais lui donner de perfides conseils, lorsque Baalberith est

qu'il venu couper court à notre conversation. Et depuis, l’as-tu revu ? :

16 86S squi, BaaL.

te. ee ; | :

Depuis, Je l'ai constamment évité. Je voulais te voir, te consulter. Je craignais de me compromettre s'il revenait sur le sujet.

de sa qu'en BareëL, Tu as bien fait.

BAAL

e sem- Fe " il r : | ; ‘ t que crois-tu qu’il convienne d'arrêter maintenant ! qu’un BABEL.

Il faut profiter des torpeurs secrètes du maître ; soulever £a & contre lui une tempête terrible afin de réaliser notre projet iden- :

F de république.

Baar.

; A Letemps me parait d'autant plus favorable, que le méosé «les : Le 4 contentement est aujourd’hui plus général.

BABEL

LS Je connais peu le sentiment des démons des autres pays, Alt : : À

mais ceux du Canada, je puis l’affirmer, font retomber sur Lucifer une partie de leurs déboires.

BaAAL.

Et ceux d'Europe que j'ai vus un moment ce matin, disent à qui veut les entendre que la politique de Lucifer

est perdue : plusieurs vont jusqu’à insinuer qu'il est temps de renverser le tyran et de se constituer en état indépendant.

BABEr.

Est-ce possible ? Quelle fortune! Ah! si nous pouvions réussir. Il y a assez longtemps que nous portons le joug de la royauté absolue. Il y a assez longtemps que, comme un vil troupeau, nous suivons, dociles, les ordres de l’orgueilleux Lucifer ! Il faut en finir!

BAAL

Oui! finissons-en !

Commençons dès aujourd’hui. Soulevons les colères; excitons les plus mauvaises passions; parlons à l’ambition et à l’orgueil, et nous aurons bientôt, pour nous, un parti puissant.

La plupart des princes infernaux, pour lever ouvertement l’étendard de la révolte, ne demandent que l’exemple des autres...

BABEL

Dès aujourd’hui je veux, en public, attaquer vertement Lucifer. Ça donnera de la hardiesse aux autres.

BaaL.

Pour moi, j'aurai l’air de prendre sa défense ; j’achèverai ainsi de gagner sa confiance: il me communiquera ses desseins, j'en profiterai pour les déjouer.

BABEr.

Mais si l’on te voit du côté de Lucifer, on hésitera à prendre part à la sédition.

Baart.

Sois sans inquiétudes. Je parlerai à plusieurs; je leur ferai connaître lee motifs de mon amitié feinte avec

Lucifer.

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BABEI..

A la bonne heure !

BaAAL.

Puis, quand le temps sera venu de frapper un grand coup, j'abandonnerai soudain l’orgueilleux monarquo; je me jetterai à corps perdu dans l'insurrection; rien ne sera plus propre à démoraliser notre odieux tyran. ..….

BABELz.

En voyant son plus ferme soutien l’abandonner et se tourner contre lui, Lucifer sera épouvanté; il en perdra la tête

Baar.

La chose sera d'autant plus facile qu’il est plus découragé, et qu’il sent davantage combien sa politique a été jusqu'ici impuissante.

BABEr.

Il n'ignore pas non plus la peine avec laquelle nous partons son autorité, et l’impatience que nous avons d’en finir avec le régime monarchique ......….

BaAL.

Cependant, il croit que jamais les jeunes aspirations de l'enfer ne se réaliseront.

BABEL

Et pourquoi ?

BaaL.

I dit qu'il a reçu son autorité de Dieu, et que, quoique nous fassions, nous ne le renverserons jamais. C’est au moins ce que j'ai recueilli de ses lèvres, il y a plusieurs années .......

BABEIL..

À quelle occasion ?

JAAL..

Lors de la proclamation du dogme de l’Immaculée Con: ception.

Le mécontentement des démons européens se manifesta hautement à la réunion qu'ils eurent ici; l’un d'eux alla jusqu'à insinuer que Lucifer étuit inhabile

BABEL

Mais que Dieu le veuille ou ne le veuille pas, il nous faut la république.

BAAL (1)

Oui !

Constituons-nous en assemblée libre et déclarons que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits des démons sont les soules causes des malheurs infernaux et de la résistance du genre humain à nos projets !

BABEL

Que dans une déclaration solennelle, les droïts naturels, inaliénables et sacrés des démons soient une bonne fois

pour toutes, reconnus, proclamés et posés !

BaAALr.

Qu'à l'avenir, cette décluration soit présente à tous les membres du corps infurnal, et qu’elle leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs !

BABEL

Que désormais les réclamations des citoyens-esprits, fondées sur des principes simples et incontestables, tournent

(1) Ce qui suit et qui se rapporte à la constitution projetée est une contrefa on dérisoire des principes de 89.—(Note de l’ Editeur).

au mai tous !

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au maintien de lu constitution infernale et au bonheur de tous |!

BAAL

Par citoyens-esprits nous n'entendons que les démons. Quant aux damnés, ce sera le peuple esclave. L'esclavage ayant été aboli par l'Eglise, il importe de le conserver et de le maintenir ici dans toute sa vigueur.

BABEL

Sans doute! Mais quelle base donner à notre constitution ?

BAAT..

Nous établirons que :

1. Les démons ont été créés et demeurent libres et égaux en droits.

BABET

Magnifique !

Baar.

‘2. Le but de toute association politique infernale, est la

conservation des droits naturels et imprescriptibles des démons. Ces droits sont la liberté, la souveraineté et l’indépendance absolue.

BaABEr.

Très-bien !

BaAALr.

3 Le principe de toute souveraineté réside essentielleent et exclusivement dans la multitude ; nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressiment.

BABEr.

Purfuit !

BAALï.

4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui n'est pas défendu par la loi.

BABEI.

Ce principe est trop ambigu. On pourra faire des lois qui gênent la liberté !

Baaïr.

5. La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les démons ont droit de concourir personnellement, ou par leur représentants, à sa formation.

BABEr.

À la bonne hsure, cet article explique le précédent

BaaAL.

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