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La comédie italienne

J’aime ritalie, mais j’aime aussi la France. Dans l’intérêt de l’une et de l’autre, je déplore l’incorporation de la péninsule au royaume de Piémont. Depuis trop longtemps la démocratie bâtarde égare la candeur du peuple français. 11 est temps enfin de remettre l’opinion publique sur le chemin de la vérité.

Que rilalie ait cherché à secouer la domination de l’Autriche, c’était non-seulement son droit, mais encore son devoir. Si jamais il y a eu un gouvernement, au monde, qui ait cru avoir pris Dieu à son service, et un ministre qui ait cru avoir mis l’éternité dans son portefeuille, c’étaient à coup sûr le gouvernement autrichien et le ministre Metternich.

Ils semblaient avoir résolu, d’un commun accord, le problème de tenir un peuple au repos forcé. Un succès têtu de trente années avait donné raison à leur politique

de far-nicntc. Us avaient dit à la nation polyglotte de l’Autncbe : Tais-loi, ne pense pas, nous notis chargeons de te distraire et de te garder.

Vienne pouvait passer, sans calomnie, pour la capitale la plus joyeuse de l'Europe et la place la mieux approvisionnée de musique et de galanterie. C’était là qu’on chantait, là qu’on dansait, là qu’on savait aimer vite et tourner encore plus vite la page du roman.

On demandait un jour à un empereur d’Autriche la permission de fonder à Vienne une nouvelle maison de débauche :

— Pourquoi dites-vous une nouvelle? répliqua-t-il au solliciteur; vous n’avez qu’à couvrir la ville d’un toit, et vous aurez votre maison.

Quand on ne donne pas la liberté à un peuple, il faut bien lui accorder le libertinage.

De temps à autre, cependant, une voix souterraine sortait du fond du Spielberg, qui rompait l’harmonie de cette partie de carnaval, et venait apprendre au monde que l’Autriche avait posé à tout homme né sur son territoire l’alternative de ce dilemme : 11 faut te résigner à rire ou à pourrir dans un cachot.

Malheur à l’esprit mal fait, assez stupide pour croire qu’il y avait peut-être un meilleur compte à rendre de soi-même et un meilleur emploi de son temps, que de soupirer pour la centième fois le même madrigal à une coquette dés(cuvrée, ou de gargariser son oreille d’une roulade de la (lazza lailra. La police le veillait de l’cril et, au moindre faux pas, l’envoyait refaire, en bonne tmaison, son éducation manquée de dilettante.

M. de Mettcrn’ich avait, sinon inventé, du moins per-

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feclionné ce système de gouvernement, qui consiste à dompter un peuple, comme un clieval, tantôt par le morceau de sucre et tantôt par le coup de fouet. Il y mettait je ne sais quel amour-propre d’auteur, et, sur sa lèvre souriante, le visiteur semblait toujours voir lloltcr cette question : N’est-ce pas que je sais bien régner?

C’était un vieillard spirituel, et, quand je dis un vieillard, je devrais dire un jeune homme conservé; le temps avait trop le respect de cette tête précieuse d’homme d’ttat, pour avoir osé faire autre chose que de l’ellleurer, en passant, du bout de l’aile, et tout au plus la blanchir d’une légère teinte de neige.

C’était un charmant causeur, un esprit sceptique, nullement cruel, car sur le chapitre du Spielberg il .avait su mettre sa conscience en règle : il donnait à son système de rigueur le nom respectable de défense de l’État. Quand on s.auve la société, il n’y a pas à marchander avec le moyen.

Jamais premier ministre n’eut plus que lui le droit de croire à la profondeur de son génie. Qui donc a dit que la fortune n’a p.as de sourire pour le vieillard? La fortune, au contraire, prodiguait coquetterie sur coquetterie à M. de Metternich.

11 avait porté le coup de mort à N.apoléon, il avait tenu le haut de la table au congrès de Vienne; enfin, au pillage des territoires, il avait reçu, pour sa part de butin, la Vénétie doublée de la Lombardie. 11 avait donné l’ordre de mettre un canon toujours chargé à mitr.aille sur la place de Milan, comme à la porte d’un bagne, pour montrer clairement au peuple lombard qu’on entendait le traiter en forçat.

l,A COMÉDIE ITALIENNE.

Sitôt qu’une révolution éclatait quelque part, dans la péninsule, M. de .Metternicli envoyait une armée autrichienne faire patrouille du côté révolutionné, pour rétablir l'ordre, c’est-à-dire le despotisme. 11 appelait cetle politique d’intervention éteindre le fea chez le voisin, pour empêcher sa maison de brûler.

Heureusement, ce système de compression à outrance exigeait une puissante armée ; et une nombreuse armée à son tour exige un budget impossible. L’Autriche, de plus en plus ruinée en frais de soldats ou de chevaux de remonte, marchait insensiblement à la banqueroute, au son de la musique militaire.

Certes, il n’y a pas de génie à gouverner par le despotisme. C’est l’enfance de l’art; on a facilement raison quand on a seul la parole. Il y a cependant, chez le peuple le plus sévèrement tenu au secret, un révolutionnaire qui trouve toujours le moyen d’échapper à la gendarmerie et de poser sa candidature en face du pouvoir.

Ce factieux, ai-je besoin de le nommer? c’est l’esprit du temps, c’est la force des choses, c’est la loi du progrès, c’est la conspiration universelle des intérêts, des événements, des besoins de la société; tout ce qui fait, en un mot, la vie d’une nation, et communique la durée au pouvoir. La tyrannie croit tenir un peuple parce qu’elle en tient l’extérieur ; oui, mais comme cette folle de la Bible qui crojait tenir Joseph et n’en avait à la main que le manteau.

M. de Metternich a pu voir, au mois de mars 18i8, qu’à grand effort de répression, de police, de bureaucratie, de poudre à canon, il avait habilement et silen-

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cieusement préparé une condagration universelle en Autriche. Il n’avait pas eu encore le temps de quitter la scène où il avait joué son long monologue, qu’il assistait à la liquidation sanglante de sa politique d’immobilité, tempérée par la débauche.

L’Italie entra la première en insurrection, et, par je ne sais quelle ironie du grand dramaturge de l’histoire, ce fut précisément la cloche papale de Saint-Pierre qui sonna le tocsin. La révolution de 18/iS, cette page héroïque de l’Italie, avorta cependant, par plus d’une raison sans doute, mais par celle-là surtout qu’elle avait livré la direction du mouvement au roi de Piémont. Le roi de Piémont jouait toujours double jeu dans la guerre de l’indépendance; il refusait au premier moment le secours de la République française, et il le réclamait à l’heure où la République allait tomber dans l’urne du 10 décembre; il disait à Vcni.se : Donne-toi à moi, je le sauverai; et il disait ensuite à l’Autriche ; Cède-moi la Lombardie, et je te rendrai Venise; il disait à Milan : Tiens-loi Iranquille, je me charge de te défendre; et, après avoir désarmé ainsi la population, il livrait le soir même la place à l’ennemi.

L’Autriche avait ressaisi sa proie de 1815 et refait de ritalie une succursale de son empire. Elle régnait de

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nouveau à Naples comme à Modène, sous le couvert d’un roi et d’un archiduc. Elle avait appliqué à sa conquête le droit du Vw rictis dans toute sa rigueur.

Je conçois que, sous le coup de l'injure, le peuple italien bouillonnât du dé.sir de venger la déroute de Novare. Quand ou a sur le cœur la marque encore brûlante des ignominies sans nom et des atrocités .sans nombre d’une bête brute, d’une bête féroce, comme Ilaynau, on a bien le droit d'éprouver un frisson d’impatience, et de chercher, à tout pri.x, à rcvomii l’ennemi à la frontière.

Le Piémont a cru pouvoir prendre <à forfait la délivrance de l’Italie; mais comme la vieille fanfaronnade piémontaise : Vltnlia fara da sc, avait légèrement perdu son crédit, Victor-Emmanuel emprunta cette fois l’épée de l’empereur Napoléon. C’était vouloir brusquer l’œuvre et forcer la main du destin. On n’antidate pas

11 son gré la liberté de son pays; l’iiistoirc ne donne qu’à son heure ce qu’elle doit donner.

Sans doute la politique du comte de Cavour peut passer pour un trait de génie, an point de vue militaire. Du moment qu’il avait eu le talent de mettre la France en ligne contre l’Autriche, la victoire ne ]>ouvait hésiter à prendre p.arti pour l'Italie.

La France et le Piémont marchèrent au canon avec une parfaite entente, mais après Solferino la mésintelligence éclata entre les deux alliés. Ils ne pouvaient avoir l’un et l’autre le même programme. Le Piémont avait l’arrière-pensée de réunir toute la péninsule sous la domination de la maison de Savoie. La France avait intérêt au contraire à empêcher l’éclosion d’une puissance

militaire et maritime de premier ordre, sur sa frontière et en face de Toulon.

Le traité de Villafranca, improvisé dans une matinée de gloire désenchantée, coupa court à la guerre de l’indépendance et à l'arnhition de la maison de Satoie. Victor Emmanuel reçut pour sa part de prise la Lombardie avec le duché de l’iaisance. 11 croyait avoir engage la France jusqu’à l’Adriatique ; et voici que l’événement le détrompait tout à coup de son illusion.

— Eh quoi, déjà!... soupira-l-il en apprenant le temps d’arrêt de la victoire. H parut bouder un instant cette paix impromptu; mais à la réHexion, il linit par comprendre le parti qu’ou en pouvait tirer. 11 contiesigna, de mauvaise grâce sans doute, mais enfin il contresigna le traité de Villafranca, sous la l’estrictiou mentale, toutefois, d’en avoir un jour ou 1 autre le dédit. 11 avait confiance pour cela dans la fécondité de son génie d'invention.

Après le traité de Villafranca, le Piémont pouvait choisir entre deux politiques ; la politique d’attente, ou la politique d’intrigue.

Ou bien Victor-Emmanuel exécutait h la lettre le traité, et de ce moment, roi d’un royaume considérablement agrandi, de beaucoup supérieur à tout autre souverain de son voisinage, Agamemnon constitutionnel en ([uelque sorte de l'ilalie, inviolable à 1 Autriche dans la

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