XII PRÉFACE
qu'il faille aller jusqu'aux amendements par centaines qui sont venus s'ajouter au projet de tarifs de la Commission? Il y a là bien des excès de zèle. D'aucuns même nous semblent suspects, par exemple, celui de M. Lockroy, député libre-écbangiste de Paris, qui ne demande rien moins que des mesures prohibitionnistes contre les couronnes funéraires d'origine étrangère I Dans tous les cas, il sera très curieux de le voir défendre à la tribune les intérêts de la « vitrification » parisienne, tandis qu'il immolera gaiement les grandes industries nationales et vingt millions d'agriculteurs.
Heureusement la majorité intelligente de la Chambre et du Sénat a son siège fait. Elle doit connaître toutes les ressources des Quinolas de la politique et tous les dessous de la psychologie électorale.
Elle ne saurait davantage s'illusionner sur les origines du mouvement de presse qu'on remarque depuis quelque temps et qui s'efforce de justifier l'opposition libre-échangiste, — opposition toute de surface, sans racines dans le pays, mais fort tapageuse.
Parlons un peu de ce mouvement, dussionsnous effleurer un ordre d'idées qui a cessé, d'ail-
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leurs, d'être délicat depuis certaines révélations récentes.
Je ne sais plus qui a écrit qu'un jour viendrait où on lancerait une opinion comme on lance une émission. A lire certains journaux, autrefois totalement indifférents à la question économique, on serait tenté de croire que ce jour de gloire est arrivé.
Je ne vais pas jusqu'à dire qu'il n'y ait point d'hommes sincèrement convaincus de ce qu'ils signent. Il ne viendra, par exemple, à l'idée de personne de soupçonner la bonne foi de M. Courcelle-Seneuil, de l'Institut, lorsqu'il écrit* : « Nous sommes persuadé qu'aucune branche d'industrie n'a besoin, pour vivre, d'une protection quelconque et convaincu que toute protection confère à quelques-uns. aux dépens de presque tous, des privilèges absolument injustes, nous concluons qu'il faut, sans s'arrêter aux prophéties lamentables, procéder rapidement et radicalement. Fiat jtistitia ! Ruât cœlum ! »
Un homme qui veut quand même imposer le libre-échange, dût le ciel se ruer sur nous, est évidemment convaincu I
De même, M. de Molinari qui ne veut pas céder une pierre de la forteresse libre-échangiste I
i. Journal des Économistes f février 1891.