‹ La comédie libre-échangisteChapitre 25 sur 38 · II.7T · texte numérisé non relu

II.7T

siôuveraine des Indes n'a pas Tabnégation des veuves du Malabar : elle ne consentira jamais à s'immoler toute seule.

Supposez un établissement comme les Magasins du Louvre dans une ville dont la population irait sans cesse en décroissant : telle pourra bien ôlre un jour la position de l'Angleterre dans le monde économique.

En Europe, la crise, pour une grande part, est venue de TAngleterre. Elle y retourne, et c'est l'Angleterre qui sera la plus atteinte, parce qu'elle est lancée dans la voie d'une production infiniment supérieure à sa consommation ; parce qu'en dehors du trafic de sa flotte, d'où elle tire un profit énorme, elle doit le reste de sa richesse à deux ou trois sortes de produits dans lesquels elle s'est spécialisée. Or, déjà, elle se voit disputer avec succès le monopole de ces productions spéciales. Ses anciens tributaires européens deviennent peu à peu ses concurrents ; tout au moins tendent- ils à se passer d'elle pour les besoins de leur consommation.

Le bilan de l'exportation anglaise (total : cinq milliards et demi) est facile à détailler. Deux milliards sept ou huit cents millions pour les fils et tissus, un milliard deux cent cinquante millions pour la construction mécanique, trois cent cinquante millions pour la houille, un milliard et demi seulement pour les productions diverses. Ce sont donc les industries textiles et métallurgiques qui constituent le gros élément de la production en Angleterre. Actuellement encore, elle file et tisse, à elle seule, autant de coton brut que toute l'Europe, et sa production, sous ce rapport, dépasserait

de quatre-vinglHîinq pour cent les besoins de sa consommation propre. Comme ouvrages en fer, elle en fabrique le double de ce qui lui est nécessaire. Il y a donc pour elle une question de vie ou de mort à se voir ouverts ou fermés les débouchés extérieurs. Or, non seulement l'Europe, mais encore tous les peuples du monde tendent à les lui fermer. En tout cas, ils désirent pouvoir se passer des tissus anglais, et, comme c'est leur intérêt, ils y arriveront très certainement. De même pour les constructions mécaniques. L'Amérique n'envoie-t-elle pas déjà des locomotives en Angleterre ; ne lui a-t-elle pas envoyé récemment de la houille? L'Amérique vendant du charbon à l'Angleterre. Quel coup de cloche!

Mais non, s'écrient les libres-échangistes, vous tombez toujours dans cette même erreur qui vous fait croire qu'un pays doit s'appauvrir fatalement lorsque ses importations dépassent ses exportations. Or, l'Angleterre elle-même n'est-elle pas la meilleure démonstration du contraire? Personne, sans doute, ne s'avisera de parler de la détresse de l'Angleterre! Et, cependant, prenez les chiffres de ses échanges, et vous verrez que toujours les importations dépassent les exportations de plusieurs milliards. C'est le gros argument dont joue M. P. Leroy-Beaulieu dans son Précis d'Économie politique; c'est celui que ressassent, après lui, tous les écrivains de son école.

Nous demandons la permission de rappeler, à ce propos, ce que nous disions de cet argument qui, au lieu d'apporter, comme on s'en flatte, un « démenti prolongé » à la théorie de la balance commerciale, n'est qu'un simple artifice de mots, insidieusement déduit d'une observation inexacte des faits et des chiffres :

Il y a, écrivions-nous *, importations et importations, comme il y a fagot et fagot. Il y a des importations nécessaires; il y en a dont on peut se passer : les unes sont profitables, les autres sont nuisibles ; car, en même temps que le produit étranger, elles importent le chômage pour le travail national et, parmi ces dernières, nous rangeons les importations de produits dont un pays a chez lui les similaires.

M. Leroy-Beaulieu regarde, sans doute, de trop haut pour pouvoir faire ces distinctions.

Elles ont cependant leur prix; et nous ajouterons qu'en choisissant, pour démolir la balance commerciale, ce qui se passe en Angleterre, M. Leroy-Beaulieu a pris le pire des exemples, le moins probant dont on pût s'aviser. La situation de ce pays et les conditions mêmes de son trafic ne sont, en effet, comparables, dans l'espèce, avec la situation et le trafic d'aucun autre pays.

Prenons dans V Économiste ^, dans le propre journal hebdomadaire que dirige l'auteur du Précis d'Économie politique^ les chiffres du commerce extérieur du

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