I.E rOKTE DU SILENCE : M. C.EORC^.ES RODEMJACII
objets évoquent des idées, des souvenirs et, pour tout dire, des sensations qui varient selon le degré d'imagination et de culture de l'observateur. M.Rodenbach vibre d'une façon surprenante. Et il se reconnaît au milieu des impressions qu'il éprouve; il les classe, il les analyse, il les décompose avec une merveilleuse lucidité. Et il trouve les mots qui traduisent exactement les nuances qu'il veut exprimer. Et ces nuances sont le plus souvent des nuances de nuances^ des reflets fuyants, des rapprochements entr'aperçus , des silhouettes presque insaisissables. Et enfin (c'est par là qu'il est poète) ce travail n'est point aride. Le vers de M. Rodenbach n'est pas un vers de logicien, c'est un vers de voyant. C'est un miroir infiniment mobile, où apparaissent les divers aspects des choses; et c'est en même temps une symphonie. Le poète nous montre des images et il nous dit, aussi, quelle émotion éveillent en lui ces images, et il nous fait partager son émotion.
Tout cela est d'une combinaison assez compliquée. Et M. Rodenbach se complaît à ces jeux de dilettante; il jouit des difficultés vaincues; il les exagère. S'il n'y prend garde, ses qualités, en s'exaspérant, se changeront en défauts. Il tombera de la précision dans la minutie, de la subtilité dans l'afféterie, et il redoutera tellement d'être banal qu'il deviendra inintelligible. (Un autre de ses recueils, les yeMa?,justifie ces craintes et renferme de fâcheuses
obscurités)... Ajoutons que M. Rodenbach est d'un voisinage dangereux pour ses confrères. Il en est de ses poèmes, comme des aliments assaisonnés d'étranges épices, auprès desquels les mets simples et sains paraissent fades.