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LA CHARITÉ ET LA JUSTICE

Beaucoup d'agrariens se font inscrire comme donateurs aux Bureaux de bienfaisance, ils distribuent des bons de pain, ils organisent des ventes et des bals de charité, ils prennent des billets à la loterie des tuberculeux; les législateurs, qui les représentent, multiplient les lois et les œuvres d'assistance, et ils s^applaudissent de leurs généreux sentiments; ils opposent « l'école tendre à l'école dure », « la politique de la main ouverte à la politique du poing fermé » ; mais ils refusent à leurs compatriotes le droit au pain et à la viande à bon marché.

L'introduction de la charité dans les rapports économiques a pour résultat de les fausser. En faisant faire concurrence par l'ouvrier assisté à l'ouvrier qui ne doit vivre que de son travail, elle abaisse le taux des salaires; elle a pour résultat de faire supporter par la communauté des charges incombant à tel ou tel industriel. Elle est une forme de subvention. Loin d'être un élément de progrès, elle est un élément de dépression.

M. Victor Modeste, ayant dépouillé des registres de l'Assistance publique, a remarqué qu'on y trouvait toujours les mêmes familles, de générations en g', rations. Il en a conclu : « Les pauvres deviennent ] pauvres, les riches deviennent plus riches. » La

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