PROGRAMME DE M. CHAMBERLAIN (15 MAI - 6 OCTOBRE
15 mai -6 octobre 1963. — Tarifs de faveur et tarifs de représailles. — Taxes sur les objets d'alimentation. — Cadeau de M. Chamberlain. — Les Old âge pensions, — Les salaires d'après le prix de la vie. — Un mandat général. — Le programme précis du 6 octobre. — Le montant des droits. — Adhésion au protectionnisme. — iO p. 100 sur les objets fabriqués. — Abandon des Old âge pensions.
Dans son discours de Birmingham, prononcé le même jour que celui de M. Balfour, M. Chamberlain « déclarait qu'il était certain de n'être pas protectionniste».
Mais il parlait : 1** des tarifs de faveur accordés par les colonies au Royaume-Uni ; 2° des tarifs de représailles pour répondre aux tarifs de représailles que l'Allemagne pourrait opposer au Canada ; 3° de la nécessité d'un tarif de préférence entre l'Angleterre et le Canada.
Pour donner un tarif de préférence, il faut d'abord
avoir un tarif. Or, tous les objets, produits par les colo-
5, sauf le café, le thé, le cacao, le tabac, les fruits
1 ', le vin, l'eau-de-vie et le sucre entrent dans le
aume-Uni libres de droits ; tous les objets prove-
t d'autres pays, sauf ceux-là, entrent également
libres de droits. Les taxes qui frappent les produits, que nous venons d'énuniérer, sont des taxes fiscales; elles sont du même taux pour les produits des colonies que pour les produits étrangers.
Les colonies n'exportent que deux sortes d'objets : des matières premières et des objets d'alimentation.
Les taxes destinés à donner un régime de faveur aux colonies devraient donc porter sur les matières premières et les objets d'alimentation, importés de pays étrangers.
Le 28 mai, à la Chambre des Communes, M. Chamberlain disait : « Sans me lier, je crois qu'il, ne sera pas nécessaire d'imposer les matières premières ». Restait donc le tarif sur les objets d'alimentation, le food en général, et sur le blé en particulier.
Il ajoutait : c Je suis préparé à aller dans la maison de chaque ouvrier et à lui dire : j'admets que vous payiez chaque penny du droit et je vous dirai ce qu'il vous coûtera. Je vous donnerai une table d'après laquelle vous pourrez dire vous-même combien il faudra d'excédent de salaires pour couvrir l'augmentation des dépenses de votre vie... Si le total de ce projet signifie qu'elle augmentera la cherté de la vie des travailleurs et n'augmentera pas leur revenu, alors il est voué à un échec. Mais si je puis montrer qu'en retour de ce que je demande, je donnerai plus que je ne prends, alors je puis réussir. »
Comment M. Chamberlain pouvait-il garantir une augmentation de revenu? De deux manières :
« Vous pensez, dit-il, que je vous prends quel""" chose. Au contraire, je vous apporte un cadeau.
« Je reconnais que les taxes indirectes pèsent, i les trois quarts, sur les moins aisés et sur les salar mais je vous rendrai ces trois quarts et j'y ajoulc^'
quatrième quart sans hésisation en vous donnant les Old âge pensions^ des retraites pour les vieillards. »
Gela revenait à dire : — r Je commencerai par vous prendre un morceau de votre pain et une tranche de ■votre roastbeef; mais en échange, à ceux d'entre-vous, qui, au nombre de la moitié, d'après les tables de mortalité, survivrez à soixante-cinq ans, je donnerai une I pension, dont je vous indiquerai le taux plus tard.
Comme s'il dépendait de celui qui élève le prix de la vie d'élever les salaires, il disait aux ouvriers : « Calculez votre excédent de dépenses et je vous donnerai un excédent de salaire ».
Comment? par quel procédé? M. Chamberlain ne précisait rien, il demandait aux électeurs de lui confier un mandai général pour établir tels droits qu'il lui conviendrait et pour faire des négociations à sa convenance avec les colonies. « Quand nous aurons le mandat, nous produirons le programme, dit-il le 28 mai 1903, à la Chambre des Communes. »
Cependant, avant de recevoir ce mandat, M. Chamberlain fut obligé de donner son programme dans le discours de Glasgow du 6 octobre 1903.
On avait supposé qu'il voulait frapper le quarter de blé de 5 ou 10 sh. ; même à ce taux, le droit ne pouvait pas produire d'effet utile, mais il provoquait une forte résistance. M. Chamberlain déclara alors que la taxe sur Vimperial quarter de blé ne dépasserait pas 2 sh.*.
En même temps, M. Chamberlain déclarait qu'il ne voulait pas frapper le maïs, nourriture du pauvre et, par un rapprochement choquant, il ajouta, « servant à Vi "âge du porc ».
sh. par quarter = fr. 573 pir 100 kilogr. 2 sh. par quarte ' fr. 15 par 100 kilogr.
Il continuait : « Je propose une petite taxe de 5 p. iOO sur la viande et sur les produits de la laiterie, venant de l'étranger. 11 exemptait aussi le lard, parce qu'il est « un aliment populaire », mais il donnait des tarifs de préférence aux vins des colonies et « peut-être à leurs fruits ».
Il établissait une compensation, en disant: « L'homme ne vit pas seulement de pain », et il. retenait les trois quarts des droits sur le thé, la moitié des droits sur le sucre, le cacao et le café. Alors il faisait un calcul établissant que, s'il augmentait le prix de la vie d'un ouvrier agricole de 4 pence (0,40 c), celle d'un ouvrier de métier de 5 pence (0,50 c.) par semaine, il leur donnait un dégrèvement à peu près égal aux surcharges qu'il proposait. Mais il allait plus loin : « Je ne crois pas que ces petites taxes soient payées par les consommateurs; je crois, au contraire, qu'elles seront payées par les étrangers. » Mais si elles doivent être payées par les étrangers, pourquoi donc M. Chamberlain en exemptait-il le maïs et le lard?
Puis M. Chamberlain fit une adhésion formelle au protectionnisme : « Dans la cité d'Adam Smith, je ne crains pas de combattre la liberté d'importation. » Et il demanda une taxe de 10 p. 100 sur les objets manufacturés, mais cette proportion n'exprimait à l'égard du chiffre global des importations qu'une moyenne. La taxe serait beaucoup plus élevée sur les objets, dans lesquels la main-d'œuvre compte. pour une plus grande part, que sur les autres.
Enfin M. Chamberlain, après avoir lancé cet appât aux industriels et aux ouvriers, ajoutait que cette e ne serait pas seulement une taxe protectionniste; b donnerait encore un revenu qu'il évaluait à 9.000 } de liv. sterl. Ces 9.000.000, u le chancelier de l'échir r
ne les mettrait pas dans un bas ».. Il les emploierait à quoi? Non plus à des pensions pour la vieillesse dont M. Chamberlain avait parlé tout d'abord, mais aux dégrèvements qu'il avait indiqués.
Le programme Chamberlain peut se résumer en trois articles :
1* Frapper de droits certains objets d'alimentation qui viendraient des pays étrangers, produits dans le Koyaume-Uni ou dans les colonies britanniques, de telle sorte que le prix de ces objets d alimentation soit relevé au taux de ces droits ;
2° Obtenir en échange que les colonies donnent aux objets fabriqués anglais des tarifs de faveur, comme ceux dont le Canada a pris l'initiative;
3» Frapper les objets fabriqués venant de l'étranger d'une taxe de 10 p. 100 pour donner de l'ouvrage aux I ouvriers anglais.