I. — L'argument d'autorité
. Toutes les vieilleries du protectionnisme, on les a vues réapparaître, à peine rajeunies par quelques couches de fard et quelques oripeaux.
Dès que M. Chamberlain et ses amis peuvent isoler, dans les œuvres d'un économiste qui n'est pas à leur ^^ervice, une phrase de nature à donner à leur argumentation un semblant d'appui, ils s'empressent de la citer ; .et ils invoquent « les éminentes autorités » qu'ils assu- 'l^ent habituellement de leur plus profond mépris. .' Ils en sont encore à ce procédé scholastique, qui faisait trancher toutes les questions par deux lignes d'Aristote. Mais M. Chamberlain a perfectionné l'argument d'autorité. Il a inventé l'autorité anonyme. Dans $on discours du 6 octobre 1903, il affirma qu' « une des plus hautes autorités de l'Angleterre » lui avait déclaré que « l'incidence de l'impôt dépendait de la proportion entre la production libre et la production taxée ». Dans le cas actuel il entendait par la production libre la production intérieure et la production des colonies. La production taxée est la production de l'étranger, et si, comme dans le cas de la viande, deux dixièmes sont seulement importés, le consommateur ne payera le droit que sur ces deux dixièmes; pour le blé, il payera le jit sur les trois quarts de la consommation ; sur les pr lits de la laiterie, la moitié de la taxe. Je ne sais qi •! est cette « haute autorité » qui a persisté dans so •^.onymat; je ne sais si M. Chamberlain a bien
exprimé ce qu'elle lui a dit : mais elle n'a pas monll comment il y aurait, pour des qualités égales, deuxpril sur le marché [: celui du blé étranger et celui du bj produit à Tintérieur et aux colonies.
Si rincidence de la taxe se faisait de cette manièrl alors les tarifs de préférence, ne serviraient à riei puisqu'ils ne rehausseraient pas le prix des produits nationaux ou coloniaux. M. Chamberlain ajouta pru-; demment : « C'est une théorie comme une autre... » Non, ce n'est pas une théorie comme une autre. Elle est la négation de tous les faits connus.