POLITIQUE
Par conséquent, M. Chamberlain n'a point entraîné les colonies. On a vu que la Commission du coton de VImperial Tariff Committee avait repoussé ses propositions protectionnistes. Si quelques industriels se sont laissé séduire par elles, la grande majorité les rejette. M. Joseph Chamberlain n'a même pas pu entraîner M. Arthur Chamberlain, malgré toute raffection et l'admiration que celui-ci a pour son frère. A deux reprises, il a exposé pourquoi dans le Manchester Guardian,
Si M Arthur Chamberlain n'est pas protectionniste, ce n'est pas dans son intérêt.
Personnellement, je ne suis pas effrayé de la protection. Elle fait les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Donnez-nous la protection et nos manufacturiers entreront dans la voie des cartels et des trusts, contre lesquels le free trade a protégé l'Angleterre. Débarrassez-nous de la concurrence étrangère el vous au-ez une expérience qui ne vous remplira pas de joie.
M. Arthur Chamberlain explique fort bien, et avec une autorité toute particulière, en sa qualité de frère d'un ancien ministre, la transformation que la protection fait subir aux mœurs industrielles. Il s'agit r ' s de chercher à produire que d'empêcher les autre e produire et de vendre. On cesse de poursuivre 1" ^veloppement normal d'une industrie, pour dem* tr
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I des droits, des taxes, contre tel ou tel produit et des [ faveurs pour tel ou tel autre. M. Arthur Chamberlain continue :
I Je gagnerais plus, en un soir, dans les couloirs de la
Chambjre des Communes, en faisant taxer des objets nécessaires à mes concurrents et en assurant un marché libre pour moi-même, que je ne pourrais en gagner pendant un mois en pratiquant honnêtement mon industrie.
Sous le régime de la protection, il est plus important d'avoir un conseil de directeurs qui « font les couloirs du Parlement », que des hommes connaissant les meilleures méthodes industrielles.
Je ne dis pas que ma compagnie perdrait. Quand il faudrait donner le coup de pioche, je serais là. Mais quelqu'un perdrait.
Avec des industriels qui seraient placés dans Talternative de tomber demain eu faillite ou de devenir millionnaires à leur breakfast, vous verriez apparaître une nouvelle force dans les élections.
La protection remplace la concurrence économique par la concurrence politique, M. Arthur Chamberlain a cité son propre exemple. Il est président d'une société fabriquant des tubes.
Pour une certaine espèce de tubes, elle a besoin de billettes d'acier venant de Suède, mais ces billettes sont des produits qui, d'abord importés d'Angleterre, ont subi une transformation. Si elles étaient taxées pour proléger les industriels angl ais, ma société serait ruinée, ses ouvriers sans ouvrage. '
Mais beaucoup de nos concurrents n'ont pas le puissant outillage nécessaire pour tourner et percer une billette de manière à en faire un tube. Ils achètent en Suède ce que is appelons « la loupe creuse » qui est presque un tube; l'achèvent et nous font concurrence, ji j'avais affaire à un Parlement protectionniste qui admetit les billettes en franchise et taxerait les « loupes iuses », je ruinerais tous mes concurrents qui en ont be-
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soin et je ferais plus de bénéfices que je ne puis en espérer dans les conditions actuelles.
C'étaient ces pratiques communes à tous les pays protectionnistes que dénonçait lord Hugh Cecil, le fils de lord Salisbury, dans un vigoureux discours, à Sheffield, le 1^'' octobre, dans la « National Union of Conservative Conférence ».
Les tarifs protecteurs sont nuisibles au commerce. Sous prétexte de nous engager dans des représailles, je crains qu'on ne nous conduise à la protection. La protection conduirait à la corruption de noire vie publique, comme elle Ta corrompue dans d'autres pays; et la pureté de notre vie publique est le sang de l'Empire. Si les conservateurs vont à la protection, je n'ai rien à faire avec ce parti apostat. Si vous êtes déterminé à dégringoler, par le chemin du déshonneur, à la ruine de l'Empire, je tiens à garder les mains pures d'un si grand crime.
Les Anglais ont donné un nouvel exemple aux autres peuples en basant toute leur politique sur une question économique. Depuis le 15 mai 1903, elle a dominé toutes les préoccupations. On Ta trouvée dans toutes les conversations. Les journaux en ont été remplis : les discussions qu'elle a provoquées, les publications qu'elle a suscitées ont complété l'éducation économique déjà si avancée des Anglais.