V. — M. Chamberlain et M. Balfour
Comment donc un homme comme, M. Chamberla a-t-il pu présenter à l'Empire Britannique un prc aussi mal étudié, aussi mal préparé, aussi dangere à tous les points de vue, et, aussi nul, si on comp;
les moyens au but? Un mois à peu près avant qu'il ne lançai son manifeste, un libéral anglais me disait: «Que roulez-vous ? nous sommes exclus du pouvoir pendant une période dont nous ne pouvons prévoir la durée. Nous avons tenu notre programme, fait des degrève- EDents, établi le libre-échange. On bénéficie de ce que Dous avons fait, on est satisfait, et nous n'avons plus rien à promettre. Nous n'avons pas de platform. Aux prochaines élections, la majorité, qui était de 152 voix en 1895, qui est tombée à 132 voix en 1900, se rétrécira peut-être encore un peu; mais M. Balfour continuera d'être premier ministre, M. Chamberlain secrétaire des colonies. »
Alors par son discours du 15 mai 1903, M. Chamberlain donne une platfortn aux libéraux et disloque le parti unioniste, comme Gladstone avait brisé le parti libéral par le Home Rule. Pourquoi ? Mais parce que M. Chamberlain n'admettait pas que M. Balfour restât premier ministre inamovible. Il ne pouvait essayer de prendre sa place que par une opération violente. De lài, le coup de théâtre de Birmingham.
M. Balfour l'a reçu avec un scepticisme ironique. Il a couvert de tant de fleurs M. Chamberlain qu'il a provoqué l'illusion qu'il était d'accord avec le collègue qui lui donnait ce croc-en-jambe. Seulement, M. Balfour faisait une petite réserve. « Le programme de M. Chamberlain est admirable, seulement la taxe sur le food (sur les objets d'alimentation) est impossible... » Or, tout le programme de M. Chamberlain était fondé sur les droits établis sur les blés, la viande et les produits de la lailei î venant de l'étranger, au profit des colonies et des eu] ivateurs du Royaume-Uni. C'était de l'ironie tranqu le, mais terrible. Le programme de M. Chamberlain est arfait, seulement il faut en supprimer la base. La
jument de Roland a toutes les qualités, seulement elle est morte. « M. Chamberlain est un grand esprit, un grand ministre, un grand homme d'Etat, il a une conception magnifique de la grandeur de l'Empire britannique, seulement la taxe sur le food qu'il propose est impossible. Pour des raisons historiques, si elle est possible en France, elle n*est pas applicable à l'Angleterre. »
Doucement, tranquillement, lentement, M. Balfour, a usé le projet de M. Chamberlain. Les fleurs de rhétorique dont il le couvrait n'étaient que des couronnes mortuaires.
M. Chamberlain a été obligé de se rejeter vers le protectionnisme sans pudeur, le 9 mars 1904.