SOUMISSION ÉCONOMIQUE DES RÉPUBLICAINS
traité de 1860, les vieilles doctrines protectionnistes; et le 2 février 1872, l'Assemblée Nationale vota une résolution engageant le Gouvernement français à dénoncer les traités de commercé faits avec l'Angleterre -et la Belgique.
Mais la majorité du pays reste fidèle à une politique de liberté commerciale. Quand le 7 avril 1875, le ministre du Commerce, M. de Meaux, consulte leô Chambres de Commerce, soixante-deux contre quatorze se prononcent pour le renouvellement des traités, et certaines déclarent même qu'elles les considèrent comme une étape vers la liberté commerciale absolue.
Le Conseil supérieur de l'Agriculture, du Commerce et de l'Industrie, composé d'intéressés à la protection, se montre timide; les chefs du protectionnisme, tous les deux îîlaleurs de coton, MM. Pouyer-Quertier et Feray, se contentaient pour le tarif général d'une majoration de 20 ou de 25 p. 100 sur le tarif conventionnel. ^ Le 9 avril 1877, M. Teisserenc de Bort, ministre de l'Agriculture et du Commerce, déposa un projet de tarif général, reproduisant à peu près le tarif conventionnel et majorant seulement de 10 p. 100 les droits sur les fils et tissus de coton. C'était donc une étape vers la liberté.
Alors a lieu la crise politique qu'on appelle le Seize Mai, Le maréchal Mac-Mahon met son ministère à la porte, sur l'ordre du Vatican, parce qu'il avait la majorité à la Chambre, et il dissout celle-ci avec le concours d'un ministère réactionnaire*.
Les grands cotonniers et les grands métallurgistes , presque tous, ont constamment été à la tête du
Yves Guyot : ïntroduction h YHistoîre de r Unité Italienne Jolton King.
parti réactionnaire, profitent de roccasion, à la fois pour affirmer leur sympathie envers le maréchal Mac-Mahon et, en échange de leur appui, pour demander un relèvement du tarif déjà déposé. Les métallurgistes se réunissent et manifestent. Quand le maréchal Mac- Mahon fait un voyage en Normandie, M. Pouyer- Quertier lui adresse une sommation protectionniste à la tète des filateurs et des tisseurs de coton.
Mais les hommes qui avaient fait le Seize Mai et leurs partisans sont battus. Cette défaite politique aurait dû entraîner logiquement leur défaite économique. Pas du tout. Les républicains victorieux se croient très habiles en adoptant leur politique protectionniste. M. Teisserenc de Bort redevient ministre de TAgri culture et du Commerce. Au lieu de s'en tenir au tarif qu'il avait déposé, il refait un nouveau tarif dans lequel il obéit aux manifestations de M. Pouyer-Quertier et de ses alliés. Au lieu de la majoration sur le tarif conventionnel de 10 p. 100 qu'il proposait sur les cotonnades, il la porte à 24 p. 100 sur presque toutes les marchandises fabriquées. Pourquoi cette concession économique à des adversaires politiques?
Quand M. Tirard, solide républicain, à aspirations libre-échangistes, succède à M. Teisserenc de Bort, que fait-il? Il ne revient pas au projet de tarif antérieur au Seize Mai, il adopte le projet de tarif postérieur. Désormais le parti républicain s'attachera à faire triompher les prétentions économiques de ses pires ennemis : grands manufacturiers, d'origine orléaniste ou bonapartiste, et faisant servir leur puissance et leur force économiques à combattre les républicains et institutions républicaines ; grands propriétaires, près tous appartenant au parti légitimiste, descendants émigrés, mariés richement par les jésuites à des jev