‹ La comédie protectionnisteChapitre 46 sur 265 · V LES BONS D'IMPORTATION · texte numérisé non relu

V LES BONS D'IMPORTATION

K>oar engager les étrangers, les Anglais en particulier, pa bien vouloir consommer du blé français.

Voici les effets qu'aurait produits ce système : En 1897, la récolte fut déficitaire ; alors, le 4 mai 1898, à la veille des élections, M. Méline, président du Conseil, fit exactement le' contraire de ce qu'on avait fait en 1885. On avait imposé le droit de 3 francs : en 1898, on suspendit le droit de 7 francs jusqu'au 1*" juillet. Il entra alors de 19 à 20 millions de quintaux de blé, dont 4 millions en sus des besoins.

En 1898, larécoUe eslde. . . i 02. 400. 000 quint, métr.

En 1899, — ... 102.200.000 —

I En 1898, l'Algérie a fourni. . 800.000 —

En 1899, — . . 988.000 —

': 211.388.000 quint, métr.

En prenant une consommation annuelle de 97 millions 600.000 quintaux, soit pour les deux années 195 millions 200.000 quintaux, il restait en 1900, au moment de la récolte, un stock de 16.188.000 quintaux. Si la loi, votée par la Chambre le 7 juillet, était devenue applicable, ces 16.188.000 quintaux eussent été exportés, el VÉtat aurait eu à payer 16.188.000 X 7 = 113.316.000 fr.

Mais, deux mois plus tard, on constata que le déficit de la récolte était de 10.400.000 quintaux. L'État aurait donc touché 72.800.000 francs. Sa perte eût été réduite à 41 millions, à moins qu'il n'eût été obligé de suspendre les droits. Et, chose admirable, c'eût été la loi elle-même qui eût ajouté le déficit du stock, s'élevantà 16 millions de quintaux, dont elle eût provoqué l'export n, au déficit de la récolte s'élevant à 10 millions. I ^commerçants avisés auraient reçu 113 millions F faire sortir du blé et n'auraient rien payé pour e ^-"e rentrer.

Le chapitre du budget consacré au paiement des « bons d'importation », ainsi appelés par antiphrase, eût été le chapitre du déficit permanent. Car son chiffre eût dépendu du bénéfice qu'aurait laissé sur le prix d'achat en France, sur les frais divers et ceux de transport, le prix de vente, majoré de 7 francs, sur les marchés étrangers. Les auteurs du projet, pour apaiser les craintes des hommes prévoyants, limitaient Texpérience à la période de 1901 à 1904.

Ce beau système, soutenu par M. Viger, ancien ministre de l'Agriculture, fut combattu par M. Durand- Savoyat au nom de la Commission des primes, par M. Couteaux, un spirituel agriculteur, et par M. Caillaux, ministre des Finances. 11 fut repoussé. Mais je l'ai cité pour montrer à quelles aberrations peut conduire l'esprit protectionniste.

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