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IV. — L'industrie de la soie

L'industrie de la filature et du tissage de la soie vient, comme importance, immédiatement après l'industrie de la laine. Elle occupe environ 136.000 personnes, dont plus de 80.000 au tissage, 20.000 au moulinage et 26.000 à la filature.

Les fabricants lyonnais, engagés dans le tissage, sont libre-échangistes ; les filateurs de soie qui leur fournissent la matière première sont protectionnistes. N'ayant pu obtenir de droits de douane sur la soie grège, ils ont obtenu des primes sous prétexte de défendre le cocon national.

- Ce beau système a conduit à provoquer, en 1902, une production de 570.000 kilogr. de soie sur les 5 millions 429.000 kilogr. de soie produits par l'Europe et sur les 18.639.000 kilogr. de soie produits dans le monde. En 1903, la production de la France n'a été que de 474.000 kilogr. sur 4.366.000kilogr. produits en Europe et sur 18.037.000 kilogr. produits dans le monde entier.

En 1902, il a été mis en vçnte en France 7.558.000 kilogr., de sorte que la récolte française représente 7 p. 100 du total; en 1903, 6.932.000 kilogr., de • J que la récolte ne représente que 6 p. 100.

Le système dei primes n'a pas augmenté le noi- î des sériciculteurs. Ils étaient 148.971 en 1893, "' i

LES INDUSTRIE TEXTILES 109

mis 223.000 onces de graines àTëclosion ; ils n'étaient plus que 128.199 en 1902 ayant mis 198.427 onces de graines à l'éclosion, que 120.266 en 1903, ayant mis 262.145 onces à l'éclosion.

M. Baumlin, président du Comité de la soie, constate, dans son Rapport de la Commission des valeurs de douanepour 1902, « l'inefficacité du système des primes pour développer la production de la soie.

« Les paysans ne se sont pas laissé séduire par elles et n'ont pas planté de mûriers (p. 182).

« Les primes à la filature ont été favorables à quelques grands établissements.

« En 1898, ils étaient au nombre de 273, ayant 11.823 bassines; en 1901, ils sont au nombre de 247, ayant 11 .250 bassines. »

Mais de plus, en 1892, on a frappé d'un droit de 3 francs par kilogramme les soies moulinées, matière première du tissage.

La production des étoffes de soie en France a eu, en 1902, une valeur de 452 millions, de francs, dont 444 millions pour Lyon et ses environs; en 1903, une valeur de 420.495.000 francs, dont 413 millions pour la région lyonnaise.

L'exportation a été de 3.712.000 kilogr. valant 207.537.000 francs, dont 90.084.000 pour l'Angleterre; en 1903, de 3.771.000 kilogr. valant 209.351.000 francs, dont 139.061.000 pour l'Angleterre.

Sur les 444 millions de production en 1902, 100 mil- Hons, sur les 420 millions en 1903, 89 millions, sont des tissus mélangés de colon, dont le prix est rehaussé I es droits de douanes qui frappent, en France, les ^ '3 coton, surtout des numéros fins.

• les 3.712.000 kilogr. exportés en 1902, 2 millions ( '00 kilogr. , soit 54 p. 100, et sur les 3.771.000 kilo

dlO INDUSTRIES PROTÉGÉES ET OPPRIMÉES

logr. exportés en 1903, 2.141.000 kilogr., soit 56 p, 100, soQt des tissus mélangés, et, par conséquent, dont les prix sont augmentés, donc les débouchés diminués par la protection établie au bénéOce des filateurs de coton.

Conclusion.

Cette étude statistique des industries textiles prouve :

1*^ Que les industries, comme celle de la laine et celle de la soie, sont les tributaires de l'industrie protectionniste de la filature de coton;

2° Que les textiles étant la matière première de toutes les industries du vêtement, de la lingerie et delà mode, toute protection, établie au profit des filatures çt des tissages, l'est au détriment des industries du vêtement, de la lingerie et de la mode;

3° Que la main-d'œuvre jouant un beaucoup plus grand rôle dans ces dernières industries que dans les industries textiles, cette protection frappe spécialement les salariés des industries du vêtement, de la lingerie et de la mode, qui sont, relativement aux personnes occupées dans l'industrie du coton et du lin, comme 7 est à 1 ;

4° Que cette protection, en élevant le prix de revient des produits, resserre ou ferme leurs débouchés;

5° Que les industries protégées, poussées à la surproduction par l'appât de la protection, aboutissent, après des périodes d'activité factice, à des crises et à des chômages.

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