LES 45 ET LES
à Versailles, ils avaient exprimé leurs sentiments avec plus d'énergie en criant à leurs collègues : « Allons, debout, larbins! » et en répétant : « Vive la Commune! Vive la Révolution sociale ! »
Avec leurs subterfuges et leurs malices habituelles, les députés socialistes prenaient la précaution d'imprimer au bas de leur manifeste : « Vive la République sociale! »
Les radicaux-socialistes suivent de loin, mais ils suivent, en clopinant, les socialistes. Les socialistes avaient manifesté : ils devaient donc manifester à leur tour. Seulement ils ont la décision moins prompte. Ils attendirent un mois : et, le 28 juillet sous ce titre : (c Compte rendu du groupe radical-soclaliUe^ session législative 1893-1894 », des députés publièrent un long morceau dont j'extrais les passages suivants :
Le groupe des députés radicaux-socialistes, dans sa séance du 28 juillet 1894, a adopté le compte rendu suivant :
Les députés composant le groupe radical-socialiste de la Chambre croient devoir rappeler d'abord comment se justifie le titre qu'ils ont pris.
En même temps qu'il maintient dans son intégralité l'ancien programme républicain dont les principaux articles sont: la Revision de la Constitution j la Réformedé l'Impôtj la Séparation des Eglises et de VElat, la Décentralisation et la Réforme des institutions administratives et judiciaires, le parti radical-socialiste n'est pas moins résolue poursuivre de tous ses efforts les progrès d'ordre économique et social qui peuvent améliorer la condition des classes laborieuses et garantir plus efficacement leurs intérêts et leurs droits.
A cet égard, il est d'accord avec les socialistes propre-
ment dits pour rechercher les solutions qui, en transformant le régime des grands services publics, mines, chemins de fer, Banque nationale, doivent mettre fin à ro])pressioii que le capital monopolisé exerce actuellement sur le travail. Mais il répudie nettement les doctrines collectivistes et cherche au contraire le progrès social dans Taccession rendue de plus en plus facile de tous les travailleurs^ ceux de Tindustrie comme ceux de la terre, à la propriété individuelle.
Plus loin, il parle de la transformation de Timpôtet de la nécessité d^augmenter nos charges fiscales:
La transformation de notre système d'impôt de manière à les répartir d'une façon réellement juste et proportionnelle, à grever la richesse acquise en dégrevant le travail, et â augmenter en même temps nos ressources afin de pourvoir aux œuvres d'assistance et de solidarité sociale qui sont une dette de la République envers la démocratie. Tous les procédés utilisables ont été soumis à la Commission du budget. Elle les a tous écartés, au moins provisoirement.
La majorité de la Chambre, sinon la majorité des républicains, docile aux recommandations de la Commission et à la pression du ministre des finances, vient à son tour de repousser et la proposition générale (l'impôt sur le revenu, de M. Jaurès, et les projets plus limités de MM. Doumer et Gavaignac.
Conflit entre le capital et le travail.
Cette politique, non de défense sociale comme on affecte de le dire, mais de réaction violente et inconsidérée, ne laisse plus de doute sur l'antagonisme profond qui existe entre le suffrage universel et la direction gouvernementale. Si le pays ne veut pas qu'après plus de vin^4 années de durée la République dévie définitivement vers un régime de prépotence capitaliste et bourgeoise, et que le conflit devienne insoluble entre le monde du capital et le monde du travail, il est temps que Topinion publique s'éveille, qu'elle s'affirme et se groupe, pour le? rendre plus forts, autour des dé^xiV'iç» Cvdèles au vieil
LES i5 ET LES 75 293
esprit républicain qui ont montré par leurs paroles et par leurs actes leur résolution de défendre jusqu'au bout, sans violence, mais sans faiblesse, le drapeau de la démocratie.
Les membres du groupe.
Les membres inscrits au groupe radical-socialiste sont :
MM. Abel (Var).
Barodet f Seine), Baulard (Seine), Bazille (Vienne), Beauquier (Doubs), Bepmale (Haute-Garonne), Berteaux (Seine-el-Oise), Bézine (Yonne), Bizouart-Bert (Gôted'Or), Blanc (Louis) (Drôme), Bouge (Bouches-du-Rhône), Brousse (Pyrénées-Orientales), Bruiiet (La Réunion).
Gazes (Thierry) (Gers), Gésar Laine (La Martinique), Charonnat(Aube), Ghautemps (Seine), Ghevillon (Bouchesdu-Rhône), Grémieux (Gard).
Dauzou (Lot-et-Garonne), Decker-David (Gers), Delarue (Allier), Dindeau (Ardèche), Doumer (Yonne), Doumergue (Gard), Dubief (Saône-et-Loire), Duchasseint (Puyde-Dôme), Dumaine (Ardennes), Dutreix (Aube).
Forcioli (Constantine), Frébault (Seine).
Gacon (Allier), Goblet (Seine).
Gras (Drôme), Guéneau (Gôte-d'Or), Gendre (Dordogne).
Hubbard (Seine-et-Oise).
Labussière (Haute- Vienne), Lacombe (Aveyron), Lacôte Creuse), Lagnel (Bouches-du-Rhône), Lecomte (Indre), LefoullX)n (Seine), Lesage (Cher), Leydel (Bouches-du- Rhône), Leygue (Haute-Garonne), Lockroy (Seine), Loup (Yonne).
Magnien (Saône-et-Loire), Maret (Cher), Mas (Hérault), Mathé (Allier), Maurice-Faure (Drôme), Merlou (Yonne), Mesureur (Seine), M\rman (Marne), Montant (Seine-et- Marne).
Odilon-Barrot (Ardèche).
Pajot (Cher), Pams (Pyrénées-Orientales), Pédebidou (Hautes-Pyrénées), Pelletan (Bouches-du-Rliône), Pétrot (Seine).
Rabier (Loiret), Rathier (Yonne), Reboulin (Vaucluse), Riu, général (Loir-et-Cher), Rou.'-se (Var^.
Salis (Hérault), Samary (Alger), Souket (\.o\tç,V
Yigné (Hérault), Ville (Allier), Vival (,LoVv
Ce second manifeste est signé de s^ucante-qoinze membres qui, ajoutés aux quarante-cinq premiers, nous donnent 1:20 voix. On les retrouve arec une dizaine d^autres dans la plupart des scrutins qui auraient pour résultat de conduire la France à la ré?)lution sociale.