‹ La comédie socialisteChapitre 124 sur 199 · PROMESSES SOCIALISTES · texte numérisé non relu

PROMESSES SOCIALISTES

I« La totalité du produit du travail. — Difficultés de la mise

à exécution de cette promesse.

II. Le pain gratuit. — Délibération du conseil de Saint-Denis.

— M. Paul Brousse. — A quand le mouchoir de poche?

Les socialistes, MM. Jules Guesde et Jaurès en tête, répètent sur tous les tons :

Quand nous aurons aboli le régime capitaliste, tous les travailleurs, dans toutes les fonctions, recevront la totalité du produit de leur travail.

Qu'entendent-ils par là? Comment un soldat chargé de garantir la sécurité extérieure du pays recevra-t-il « la totalité du produit de son travail? » MM. Jaurès et Guesde voudraient-ils nous donner leur moyen d'évaluation ? Comment évalueraient-ils la totalité du produit du travail d'un magistrat, d'un agent de police ? Comment évalueraient-ils la totalité du produit du travail d'un conducteur de train ou d'un mécanicien dirigeant une locomotive, ou la force motrice d'une

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usine ou d'un bateau? Prière à ces messieurs d'éclairor leur lanterne.

Trouveraicnl-ils un moyen d'évaluation pour les services rendus par ces diverses personnes, que cette formule demeurerait encore fausse; car, dans la Société collectiviste, il y aurait des fonctionnaires plus nombreux que dans la nation qui en est actuellement la plus richement pourvue. Il faudrait les payer, et leur paiement serait prélevé sur quoi, sinon sur « le produit du travail »?

M. Jaurès éprouve le besoin de nous rassurer sur une crainte que, pour mon compte, je n'ai jamais eue.

L'Ktat a-t-il besoin de la conscription et de la contrainte pour assurer tous ces services? Non, ce sont les individus qui, librement, selon leurs goûts, leurs capacités constatées, les circonstances, se dirigent vers telle ou telle fonction ; et quand toutes seront également affranchies du prélèvement capitaliste, de Texcès du travail épuisant; lorsque, en toutes, le producteur gardera tout son droit, toute sa liberté, pourquoi la nation se substituerait-elle à la libre vocation, au libre choix des individus ?

Je crois volontiers que les services honorés, bien payés et agréables trouveront facilement des recrues. Mais en sera-t-il de môme de tous? Le libre choix des individus se portera sur ceux qui seront avantageux ; mais il y aura moins d'empressement pour ceux qui sont pénibles et sans chance d'avancement. M. Jaurès, fonctionnaire lui-même, sait que l'avancement ne se fait pas tout seul.

Il a été assez longtemps député pour savoir quel rôle jouent les recommandations. Il y aura de nombreux solliciteurs pour les bonnes places, moins pour leii autres; il y aura beaucov\)^ de mécontents parmi les

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éliminés : cela ne changera pas ce qui existe actuelloment. Si tout soldat commençait par être général, il n'y aurait peul-^tre pas besoin de la conscription.

Dans la société collectiviste de M. Jaurès, tout \v m)nde sera-t-il général?

— Non! Alors, on réquisitionnera, a dit M. Jules Guesde.

Au mois de juillet 1895, un confrère me demandant mon opinion sur le Pain gratuit^ je trouvai la question oiseuse ; mais comme j'ai l'habitude de répondre aux lettres qu'on m'adresse, je lui envoyait le billot suivant :

Mon cher confrère,

Le pain gratuit? C'est un non-sens. Quelqu'un le payera.

Si le consommateur ne Tachèle pas et ne le paye pas directement, il le payera indirectement comme contribuable.

Cordialement,

Yves Guyot.

Pendant quinze jours, les journaux n'en discuteront pas moins cette question du pain gratuit.

Le citoyen Pillot proposa, le 11 février 1896, au conseil municipal de Saint-Denis, le projet de délibération suivant :

Le conseil, Considérant que la société actuelle repose sur la légalité de la famine, ce qui empoche à Tindividu [aie] toute liberté de penser et d'agir, que le pain est de itous les besoins le plus urgent, et qu'il importe que ce mi^ "

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mum du droit à la vie soit la première conqaôte du communisme; Délibère,

Une commission de six meipbrés efst nommée pour s'occuper de la création, à Saint-Denis, du pain gratuit.

Cette commission aura pour bût de déposer un rapport avant le 15 avril pour que le conseil décide 'de la gratuité du pain et vote la dépeiise à Félaboration du budget ordinaire de 4897. ' . •

Le conseil, considérant avec le citoyen Lauze qu'il j!: avait urgence que cette proposition aboutit, décida d'en renvoyer Texamen à la commission des finances. '

Les électeurs de Saint-Denis continueni à payer leur pain chez le boulanger^ M. Paul Brousse^ conseiller municipal de Paris, qui pose pour un. socialiste sérieux, raisonnable, étudiant les questions pour ellesmêmes, et non par entraînement on charlatanisme, nous a ressassé aussi lui cette idée fantaisiste, qui semblait appelée à crever comme une bulle de savon au premier contact de la réalité. Il Ta développée au mois de juin 1896 dans4a Peiitç République, et il a conclu que « comme le soldat de Tarmée, le soldat de Tindustrie a le droit d'emporter ses 1,000 grammes de pain gratuit dans sa musette ».

Si la municipalité doit fournir le pain, à plus forte raison doit-elle fournir le logement. A quand la chaussure, le pantalon, la chemise et le mouchoir de poche?

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