‹ La comédie socialisteChapitre 125 sur 199 · ARGUMENTS COLLECTIVISTES · texte numérisé non relu

ARGUMENTS COLLECTIVISTES

I. Une œuvre de M. Henri Brissac. — « Que deviendrait le capital sans le travail? » — La misère et la surabondance de production. — Laissez faire, laissez passer. — Suppression de la monnaie. — Injures et néologismes.

n. Procédés de polémiques.

M. Henri Brissac, rédacteur de la Petite République^ a publié au mois de juillet 1896 une brochure dialoguée et intitulée : Leurs arguments anti-collectivistes.

L'interlocuteur que M. Henri Brissac a bien voulu chargerde représenter les arguments anti-collectivistes, c'est moi. J'en suis très flatté, car M. Henri Brissac commence par dire qu'il m'a choisi parce que « je suis le principal représentant des économistes orthodoxes ». .Te ne m'en doutais pas, car si je suis très convaincu que la science économique a dégagé certaines lois, je ne considère pas qu'elle les a toutes dégagées. J'ai opposé les faits à certaines généralisations trop hâtives qu'on a désignées sous le nom de la loi de Malthus oi de la loi de Ricardo.

Il ne peut y avoir orthodoxie que là où il y a dogme impératif et foi.

La science, au contraire, n'existe que par un examen et une critique continus. L'orthodoxie firappe d'immobilité telle ou telle croyance. La science est essentiellement mobile. Si elle ne laisse pas mettre en doute certains résultats acquis, elle est tovyours prête à montrer par quelle méthode elle les a obtenus et comment on peut les vérifier. M. Henri Brissac se trompe donc sur la qualification qu'il me donne.

M. Henri Brissac manque tout autant de méthode dans la manière dont il argumente contre moi. II commence par dire que (( je possède à un haut degré Tahondance du mal et de Terreur (!) », et que « mon argumentation est vraiment négligeable ». H. H. Brissac procède par affirmations. H ne m*a pas fait encore dire un mot qu'il prévient que ce que je dirai sera négligeable, si abondante que puisse ôtre mon argumentation en mal el en erreur.

Mais M. Henri Brissac a soin d'ajouter que mon arguniontation est « négligeable pour ceux qui savent », mais non pour ceux qui ne savent pas. M. Henri Brissac se range naturellement « parmi ceux qui savont ».

M. Henri Brissac me fait dire : — Que deviendrait donc le travail sans le capital?

11 me répond : — « Tout est mensonge systématique dans ce que vous venez de dire. »

Pardon! dans ce que vous m'avez fait dire. Mais M. Henri Brissac ne prouve pas ce que deviendrait le travail si le capital disparaissait demain. Une maison est un capital. M. Henri Brissac veut-il supprimer co capital el coucher à la belle étoile?

M. Henri Brissac ajoute : « Vous niez l'antagonisme atrons entre eux, des salariés entre eux. » Moi! concurrence! Je prie M. Henri Brissac de lire

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ma Morale de la Concurrence, que M. Paul Desjardin& vient de qualifier de monstrueuse. Je passe à M. Henri Brissac toutes les autres sottises qu'il m'a généreusement prêtées, — les ayant empruntées à son propre capital, — mais pas celle-là! Il est vrai que, dans le paragraphe suivant, il ne parle ni plus ni moins que M. Paul Desjardins de mon « épouvantable théorie »■ qu'il me faisait nier dans le paragraphe précédent. ,

Je dois cependant une justice à M. Henri Brissac. Les journaux socialistes ont eu pendant longtemps rhabitude de citer, sous mon nom, une phrase ainsi conçue : « La misère n'existe pas. » M. Henri Brissac cite, au contraire, une phrase de moi qu'il emprunte à La tyrannie socialiste et dans laquelle je dis : « La grande majorité de l'humanité est dans la misère la plus noire. » C'est cette dernière phrase qui est exacte; et alors M. Henri Brissac s'écrie : « Voilà un aveu sinistre! Oui, la misère la plus noire. C'est en pleine surabondance de production ! »

Surabondance? et où est-elle? M. Henri Brissac pourrait-il me montrer où elle se trouve? Et M. Henri Brissac me demande ; i< Que proposez-vous pour vaincre cette misère la plus noire ? »

H me fait répondre : — Rien I et en même temps il me fait dire : « La mission de l'Etat se borne à ceci : laissez faire, laissez passer! » Prend-il donc cela pour rien?

C'est quelque chose, et même une chose fort difficile : car nulle part encore TEtat n'a su comprendre ce rôle. Il n'y a qu'un seul pays dans le monde qui laisse passer librement toutes les marchandises à ses douanes. L'expérience n'a point si mal réussi; que M. Henri Brissac demande aux ouvriers anglais (\u\\)Qi\ÎLN^\A "^^ procurer tous les objets d'alimenlaVvou el \^^ o\y\<iV'^

manufacturés au plus bas prix du monde, s'ils venlant le rétablissement des droits sur les céréales abolis il y a cinquante ans, il verra s'ils considèrent comme rien — le laissez-passer qui double leurs sfilaires par le bon marché qu'il leur assure.

En ma qualité d'ancien .président de la Société de statistique, je ne saurais trop admirer la confiance de M. Henri Brissac dans la statistique. Ce seront des commissions de statistique qui détermineront les besoins de chacun et répartiront les ressources entre tous. M. Henri Brissac affirme « que les commissions de statistique ne pourront pas se tromper ».

H. Henri Brissac considère que la monnaie est aussi détestable que la concurrence, pai^ce que e^est un instrument impersonnel d'échange, Dans la société collectiviste « le moyen d'achat sera eésentiellement personnel, puisqu'il consistera en bons, représentant les heures de travail fournies par chaque travailleur », plus ou moins énergiquement réquisitionné. Après m'avoir vanté les charmes de cette société où chacun sera si étroitement surveillé, M. Henri Brissac termine par ces paroles aimables qui prouvent la politesse et Taffabilité des socialistes. S'adressant à moi, il m'apostrophe en ces termes :

Vous êtes une des coqueluches de la société bourgeoise, une sorte de pythonisse qui rend ses oracles sur un trépied de cuisine. Les économistes rebattent des rengaines odieuses, ils nomment pensées les excrétions de leur cerveau. Toute votre éthique tient dans le précepte guizotin ou gu} otin, puisque vous l'avez fait vôtre : Enrichissez-vous I Mais on voit sourdre de toutes parts les révoltes intellectuelles et morales, en attendant la révolution. Mettez de la colophane à votre archet, car les cordes de votre inslTwmeivl n^ V\Vii%.YL\ ^ère, de plus en plus on mécroil à Vé\anft\\e ëc,oivotcÀQi>\^.'ÇxiVax\>:\w\^

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