‹ La comédie socialisteChapitre 137 sur 199 · CHAPITRE Xra · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xra

La législation du travail. — Le r6la du j^tron. — Les loit ouvrières. — Les faux inspecteurs et les vrais. — La disparition du patronat.

La politique des socialistes est extrêmement simple

à regard de la législation du travail.

Elle a pour but de mettre le patron à la porte de Tatelier.

Le patron fournira les capitaux, fournira routillage, fournira [les matières premières, trouvera les débouchés, sans lesquels le travail serait suspendu, subira les hausses et les baisses, obtiendra du crédit, fera face aux échéances, risquera la faillite, subira les injures et les menaces de ses ouvriers, les verra se mettre en grève au moment où la demande de ses produits pourrait compenser des pertes passées ; mais le patron n'aura pas le droit d'entrer dans son usine ou dans sa manufacture.

Il n'aura pas le droit de ne pas y tolérer un homme qui y mettra le désordre et le trouble ou fera des malfaçons à son caprice ; qui l'écrasera d'injures, de calomnies et dé menaces. La loi Bovier-Lapierre y pourvoira, le patron sera Ix^âLwW. ^tl ^^vî.^ ^\\^^l\Aaiielle

pour refus d'embauchage ou pour renvoi d'un syndiqué, et la Chambre Ta votée.

Il n'aura pas le droit de refuser un syndiqué, mais s'il embauche un non-syndiqué, sa maison sera mise en interdit, comme la verrerie Richarme à Rive-de- Gier.

Mais cela ne suffit pas, il faut des lois : loi sur l'hygiène des ateliers; procès-verbaux, amende et prison, s'ils ne sont pas établis d'après certains types et certaines formules; loi sur les accidents, de manière que le patron en soit toujours responsable, alors même qu'il lui sera interdit de surveiller le travail ; loi sur la limitation des heures de travail, non seulement des enfants, mais des femmes et des hommes.

Des lois, c'est bien. Mais qui les appliquera? « Des ingénieurs de l'Etat, des ingénieurs civils et des élèves diplômés de l'Ecole des arts et manufactures et de l'Ecole des mines? » Jamais. « Ils ont .toujours fait corps avec la classe patronale... Les préposés à la sursurveillance des capitalistes du fer, du coton, du sucre, etc., sont choisis par le ministre du commerce, c'est-à-dire par le gouvernement ou l'Etat aux mains de ces mêmes capitalistes. »

Les « citoyens » Jules Guesde, Chauvin, Jourde, Charpentier, Millerand, Royanet, Couturier, Vaillant, Prudent-Dervillers , Gendre , Hovelacque , Thierry - Cazes, Franconie, s'indignent et s'écrient :

On aurait voulu avoir l'air de refréner la consommation de la chair à travail tout en la laissant aussi libre et aussi impunie que devant, qu'on n'aurait pas pu procéder difiTéremment.

Et alors, il faut changer cela. C'est « le prolétariat industriel gui doit avoir la garde de nolte \^gi^\^NX^VL

sur les fabriques; au lieu du ministre du commerce, ce sont les travailleurs par région qui seront appelés à élire les inspecteurs ».

Les inspecteurs recevront un traitement fixe et mensuel et des frais de déplacement.

C'est simple et clair.

Ces inspecteurs seront choisis parmi les meneurs de syndicats. Ce seront des fonctionnaires de la guerre sociale.

Ils seront payés pour la faire en détail, en la préparant en grand.

Ils commenceront par mettre la main sur Tatelier, la manufacture ou l'usine, et l'ouvrier qui, quelquefois, a eu à se plaindre des, reproches ou des remontrances de son patron ou du représentant du patron, verra avec une satisfaction [immédiate le patron humilié sous l'autorité du délégué lui disant :

— Ce n'est pas ainsi que votre atelier doit être organisé! Vous avez violé la loi !...

— Mais elle n'est pas claire!

— Silence ! je vous déclare procès-verbal.

Et après de bonnes petites scènes de ce genre, souvent répétées, que de commentaires :

— Hein ! l'avez-vous entendu parler au patron. C'est lui qui n'était pas fier! Âh ! il a trouvé son maître!

Voilà déjà [les sentiments que produit la législation sur le travail, môme appliquée par les inspecteurs actuels pour qui M. Jules Guesde montre tant de dédain.

Il invoque l'exemple des délégués mineurs pour justifier sa proposition. J'avais prévu ce que devait devenir cette loi, j'avais dit qu'ils constitueraient les cadres des grèves. Les faits ont confirmé ces prévisions.

A la tyrannie que les meneurs de syndicats exercent en fait, moins encore à l'égard des patrons qu'à Tégard de leurs camarades, les députés socialistes, signataires de cette proposition de loi, veulent donner une autorité légale qui les installe dans l'atelier et en chasse celui sans l'initiative, l'industrie, les capitaux de qui ils n'existeraient pas.

Des lois de ce genre chasseraient certainement le patron de l'atelier, mais elles ne tarderaient pas aussi à en chasser les ouvriers, conséquence, du reste, qui ne saurait effrayer les collectivistes comme M. Jules Guesde; car, comme le dit le conseil fédéral de la Fédération des Ouvriers textiles dans son manifeste, il se trouvera ^ une grande corporation devenue apte à prendre la direction de la production dans la société communiste de demain où le salariat et le patronat auront disparu et le mot de misère à jamais plus prononcé ».

En 'attendant « cette société communiste », nous voyons les députés socialistes, par des propositions de ce genre, faire tout ce qui est de nature à provoquer aujourd'hui la misère aussi bien du patron que de l'ouvrier; car, en chassant le patron de l'atelier, elles en chassent le fournisseur de travail.

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