CHAPITRE Xn
Les socialistes, à la Chambre et dand la presse, ne cessent de protester contre la tyrannie des rè^ements d'atelier.
Qu'ont fait les socialistes lorsque, ayant installé la verrerie ouvrière d'Albi, ils se sont vus en face des réalités pratiques [du fonctionnement de la verrerie ouvrière? Ils ont commencé par faire un terrible règlement dans lequel les amendes jouent un grand rôle.
Tout ouvrier qui arrivera cinq minutes en retard perdra une demi-heure. Tout ouvrier qui quittera le travail pour un motif quelconque ne pourra le reprendre que le lendemain. Les ouvriers sont prévenus qu'ils doivent tenir compte des observations qui leur sont faites par les syndics et les membres du conseil d'administration, sous peine d'une mise à pied de un à huit jours. En cas de récidive, ils sont renvoyés.
Voilà donc un fait acquis. Un établissement socialiste a besoin d'un règlement, impliquant des sanctions sévères, pour sa discipline intérieure.
Interviewés, MH. Gérault- Richard, ÂUem^ne et Jaurès ont confirmé \a ivëe^a^SX^ ^xsiX^^^mvsA.
Mais voici ce qui distingue ce règlement des autres règlements industriels. Actuellement, Tindustriel ne demande à chacun de ceux qu'il emploie que Tobservation de la discipline générale à Tatelier et l'exécution de la besogne pour laquelle il est payé ; ce que pense cet ouvrier, il ne s'en occupe pas. Il ne surveille pas ce qu'il fait au dehors. Il ne lui demande compte ni de ses pensées ni de ses paroles. Cet ouvrier en est si bien assuré qu'il parlera de son employeur souvent avec une liberté insolente : et il rentre à l'atelier plein de sécurité.
A la verrerie d'Albi, il n'en est pas de môme. Los quatre ouvriers avaient protesté contre le règlement; ils en avaient ensuite mal parlé : c'est pour avoir osé manifester leur opinion sur lui qu'ils durent comparaître devant la chambre syndicale qui, paraît-il, se compose de 210 membres. Par 4G voix sur 72 présents, il furent condamnés à une mise à pied de huit jours. N'ayant pas tenu compte de cette condamnation, ils se présentèrent au travail. Les administrateurs leur interdirent le travail et leur renvoi fut prononcé.
M. Gérault-Richard, dans son interview avec un reporter du Matin, approuva.
Il les connaît, ces ouvriers. Ils avaient « un mauvais esprit ».
Qu'eet-ce qu' « un mauvais esprit »?
C'est quelqu'un qui ne pense pas^comme vous. C'est le terme dont se sert le prêtre à l'égard de Y\i^\^\\Q^<i.*^
402 LA COMÉDIE SOCl AUSTE
c'est le terme dont se seryait jadis le magistrat qui croyait avoir en dépôt Torthodoxie sociale et politique à regard de ceux qui se permettaient d'avoir d'antres opinions que les siennes. C'est le terme qui a justifié toutes les inquisitions. Torquemada et F)uqaier-Tinville, chacun à leur point de vue, supprimaient les « mauvais esprits »; et les administrateurs de Carmaux, avec l'approbation de M. Gérault-Richàrd, les suppriment de la verrerie d'Albi.
D'après le correspondant d'Albi dû Mqtin^ l'un des expulsés lui aurailrdit :
A la suite de ces faits, ordre a été donné aux administrateurs de la verrerie d'exercer une surveillance active sur tous les camarades d*Albi connus pour leurs opinions antiparlementaires et libertaires.
Le but poursuivi par les politiciens est d'expulser de la verrerie tous ceux qui ne sont pas partisans de Faction politique.
Dans ces conditions, les condamnations prononcées la semaine dernière par MM. Baudot et Auco\iturier ne nous ont pas étonnés. C'est la chasse aux allemanistes qui commence.
Ce récit nous montre la paix sociale dont jouirait la société socialiste, alors que le comité au pouvoir aurait la mainmise absolue sur la vie économique de tous les citoyens; et comme cet acte justifie la thèse que je ne cesse de soutenir, que le socialisme substituerait à la concurrence économique la concurrence politique Ij
Cette concurrence politique serait implacable.
Les hommes de Jaurès sont au pouvoir, tant pis pour les allemanislosl \\^ iv^ ^otA, ^^^ ^\%\îiQ^ç» de faire
partie de la verrerie ouvrière. On prend un prétexte pour expulser les associés, sans tenir compte de cette qualité.
Si le conseil d'administration de la verrerie ouvrière était le gouvernement socialiste de la France, que ferait-il de ces allemanistes animés « d'un mauvais esprit »?
Aujourd'hui, il condamne ces suspects au bannissement.
Et ce fait, insignifiant en lui-même, montre quel régime d'oppression et de terreur étjibliraient les socialistes si jamais, encore tout fumants d'une guerre sociale, ils arrivaient à réaliser la conquête des pouvoirs publics!