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LE 1" MAI

en 4892, le calendrier inscrivait le 1®'' mai au milieu des exploits de Ravachol. La terreur plana sur cette journée. Cette « fête du travail » fut lugubre.

La manifestation du 1°" mai était présentée par les socialistes comme étant une manifestation de la gênéralité des organisations ouvrières.

On lit dans le Bulletin officiel de la Bourse du Travail du 14 mai 1813 :

Sur 270 syndicats adhérents à la Bourse, 94 seulement se firent représenter aux réunions (de la commission d*organisation).

Donc, non seulement la manifestation n'était pas faite avec l'approbation de l'universalité des ouvriers, mais encore elle n'était approuvée que par la minorité .des syndicats siégeant à la Bourse du Travail, exactement par un tiers.

Notre ami M. Faubert vit un ouvrier qui lisait avec conviction les deux ou trois canards rouges qui sont lancés pour appeler les travailleurs à fêter le 1" Mai. Il lui dit :

— Vous vous préparez à fêter le l*^"" Mai.

— Oui.

— Et pourquoi ?

— C'est la fête du travail.

— Par antiphrase, sans doute : pour fêter le travail, je comprendrais qu'un jour par an les divers métiers fissent un objet unique, montrant le maximum de ce qu'ils pourraient obtenir, leur chef-d'œuvre; qu'il y eût des concours d'habileté et de promptitude dans le travail entre les ouvriers qui ne tra\^\\\ft^X cpi!'^ ^^^s^

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LA COMÉDIE SOGIAUSTE

œuvres collectives, comme les maçoas et les mineonu Ce serait là la véritable fête da trayail : car elle annit pour but de- manifester toute la puissance de rhabiletét de rintclligence et de la vigueur de lliomme» Xtia chômer pour fêter le travail, c'est commettre un «oih tresens. Honorer le -travail en ne trayaiUuit pas est une conception digne d*un lazzarone. Si un maUn v< dit que c'est pour le respecter ^ue vous ne deveipii; y toucher ce jour-là, il prouve combien il se mo<ine vous. /

— C'est égal, c'est le mot d*ordre. Il faut fêter la travail, je fêterai le travail en ne fidsant rien.

— Qu'est-ce qui vous a donna ce mot d'ordre?

— Ma foi, je n'en sais rien. D'après les joumanXi il parait qu'il vient du Congrès socialiste tenu à.Par^. en 1889.

— Si vous fermez les ateliers et les usines le 4" mai; pour fêter le travail, savez-vous qu'il y -en a d'autres que vous qui s'en réjouissent parce qu'ils ont une fête aussi eux?

— Non. Qui?

— Les monarchistes intransigeants, ceux qui refusent, avec les députés socialistes, le budget ; ceux qai ont réuni le congrès de la jeunesse royaliste de Bordeaux; ceux qui, dans le Nouvelliste y déclarent marcher avec le syndicat Guérard des chemins, de fer.

— Et qui fêtent-ils?

— Ils fêtent la Saint-Philippe, la fête de Louis^Philippe, du comte de Paris et du chef actuel de la maisoi de France, Louis-Philippe, duc d'Orléans!

Le lecteur des feuilles rouges me regarda 'avec effarement.

— Oui, mon amV, (\w%xl^ ^^'s» \xv^lms comme Mille-

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rand, ancien secrétaire de Laguerre, qui a si largement

participé aux munificences de la duchesse d'Uzès;

quand Millerand, qui a refusé de voter les poursuites j contre le général Boulanger ; quand Lafargue, élu L dans le Nord avec l'appoint des voix cléricales et réacl tionnaires, et qui se pose comme l'ennemi personnel

de la Révolution de 89; quand la jeunesse royaliste : de Bordeaux qui fait des manifestations si caractéris-

- tiques, au moment où le syndicat Guérard se réunit, quand éclatent la grève des allumettiers et la grève des omnibus, comme combats d'avant-poste, destinés à

: engager la grande bataille de la grève générale du 1*'' mai, à votre place, j'aurais de la méfiance. Rappe-

- lez-vous les démagogues de 1848, qui ont donné l'empire à Napoléon III. Rappelez-vous le mouvement boulangiste, qui n'était qu'un mouvement royaliste. Preuf>z garde d'être encore dupes des traîtres qui sont der-

: rière vous, poussent les socialistes en avant, afin de . faire de la réaction avec du désordre, vous excitent à

- insulter et à calomnier tous les républicains de gouvernement afin d'en nettoyer la place au profit des monarchistes. Quand je vois cette coïncidence de date entre la fête de la grève et la fête de Louis-Philippe, je me demande quelle a été l'intention de ceux qui l'ont établie?

Mon interlocuteur dit :

— C'est, en efTet, étonnant. J'y réfléchirai.

M. Faubert ne voulut pas insister davantage. Le lecteur de la feuille rouge s'en alla pensif. Quant à M. Faubert, il admira les républicains et les révolu- ■ tonnaires qui fêtent, avec tant de conviction, au nom de la Révolution sociale, la Saint-Philippe!

Les socialistes, à propos de rorganisation de la journée du 1'''' Mai 1894, montrèrent la concorde qu'ils feraient régner sur la terre le jour où ils auraient le pouvoir.

Les députés socialistes prirent la rèsolntion- de se tenir en permanence à la Chambre pour recevoir les' délégués ouvriers apportant leui^ revendications. Us se voyaient là bien tranquillement, à l'abri derrière les grilles du Palais-Boiirbon, attendant les délégations; et si le ministre de rintérieur^àvait le mauvais goi d'empêcher les délégations de venir, ils àttendraiei toujours, et manifesteraient le lendemain leur uidi^j gnation dans une demande d'interpellation qui sei renvoyée à un mois. Ils attendraient toujours, en pro* testant bryamment.

Mais les allemanistes, qui sont des malins, leur répondirent en adoptant la résolution suivante, dans leur réunion de la salle Léger :

Que, ce jour-là, le devoir des élus du peuple sera d*étre parmi les manifestants, afin de déjouer les provocations policières, et non au Palais-Bourbon, à Tabri de tout danger, pour y recevoir à travers une grille, portées par deux ou trois citoyens, des revendications qu'ils connaissent depuis fort longtemps, puisqu'elles sont inscrites dans leurs programmes électoraux qu'ils ont mandat de faire aboutir.

Les allemanistes n'eurent pas plus de condesceiH dance pour le syndicat des journalistes socialistes Ceux-ci, ayant eu le malheur d'adhérer au comit guesdiste qui, lui, voulait envoyer des délégués aiu pouvoirs publics, furent exclus de la nianifestatioi]

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allemaniste, ainsi que M. Rochefort, jugé indigne de j

collaborer aujburnal la Manifestation du 1" Mai, !

Des socialistes conciliants avaient voulu donner au !

1®' Mai le caractère d'une fête. Mais les allemanisles, comprenant le parti ouvrier socialiste révolutionnaire, le comité révolutionnaire central, la fédération des bourses du travail, des conseillers municipaux socialistes de France, la Maison du peuple de Paris, etc., l'entendirent autrement. La réunion de la salle Léger prit les décisions suivantes :

Que la journée du l*"* Mai, qui est également Tanniversaire des massacres de Fourmies ne revêtirait pas le caractère d'une Fête du travail, mais bien celui d'une manifestation imposante et protestataire ;

Qu'il n'y avait pas lieu, après une première expérience, de renouveler les processions et les palinodies, ni aux pouvoirs publics existants, ni aux pouvoirs publics qui n'existent pas encore;

Qu'affirmant son indifférence la plus complète pour les oripeaux, décorations et autres hochets, afin et surtout pour ne pas désigner les manifestants aux rigueurs de la police gouvernementale, le comité général a refusé de créer ou d'adopter aucun modèle d'insignes particuliers.

Cette déclaration donna au l^'' Mai son vrai caractère. C'est une revue des troupes révolutionnaires.

Au matin, « les organisations syndicales ouvrières organiseront des réunions corporatives préparatoires Qu d'entraînement pour la manifestation de la journée » dont voici le programme :

L'après-midi, grand meeting central et unique où tous les sans-travail et les chômeurs du 1" Mai sont invités à se rendre pour que la manifestation soit grandiose et imposante, afiu de montrer que tous les travailleurs, sans exception et en dehors de toute distinction d'école, sont tous unis pour revendiquer leur droit à l'existence.

Ce meeting unique aura lieu au théâtre de la Répu-

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blique (aucien théâtre du Ghàteau-d'Eau), me de Maltei, à midi et demi.

Le soir, à huit heures et demie, deux grands meetings, Tun sur la rive gauche, salle du Progrès, 36, bouleyard de rUôpital; l'autre sur la rive droite, salle du Commerce, 94, faubourg du Temple.

Il semblait résulter de ce texte que les allemanistes voulaient réunir dans un meetings, à Fancien théâtre du Ghâteau-d'Eau, « tous les sans-travail et tous les chômeurs du i'" Mai ». Les allemanistes jugeaient donc que « tous les travailleurs sans exception et sans distinction d'école, unis pour revendiquer leur droit à Texistence », pouvaient tenir dans une salle de spectacle qui contient â peu près trois mille places. En limi* tant à ce chiffre Timportance de leurs forces, ils montraient beaucoup de modestie.

Elle cachait évidemment Tarrière-pensée d'amener et de concentrer la foule, composée des gens « entraînés » le matin par « les organisations syndicales » sur ce point. Et si la police ne laissait pas former un rassemblement, ce serait une bonne occasion de mettre en avant les élus du peuple, de faire entendre des protestations contre la tyrannie bourgeoise et d'évoquer, de nouveau, « les massacres de Fourmies ». Ces psychologues s'entendent à la mise en scène et, en faisant semblant d'organiser une réunion dans un lien clos, ils donnaient un rendez-vous sur la place publique.

En 1897, M. Jules Guesde, après avoir lancé un appel fulgurant, mais prudent, déclarait le lendemain que « la manifestation s'était faite dans les cœurs ».

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